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Valeurs – La modestie

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Les valeurs ont du sens. Elles irriguent et nourrissent la pratique. Comment ? Nous vous proposons de nous pencher sur cet éventail de plus-values qui font le sel de la discipline. Pour ce nouvel épisode, après avoir exploré les notions de sincérité, de respect, de courage, d’honneur, d’humilité, de politesse et de contrôle de soi, échanges avec trois pratiquants passionnés qui placent la modestie au centre du jeu.

Franck Monnet, 2e dan, ASAMV Qwankido Saint-Memmie (Marne)
« Trouver le point d’équilibre »
« La modestie fait partie de ces règles fondamentales de bonne conduite qui régissent notre art martial. Elle est le contraire de la vantardise, de l’humiliation, de la moquerie. Elle implique, selon moi, le respect de la personne qu’est notre partenaire, surtout s’il est moins gradé. Je pense pouvoir dire que mes parents m’ont inculqué cette valeur dès l’enfance. Voilà pourquoi je me suis tout de suite retrouvé dans les valeurs martiales et le qwankido. Pratiquer une discipline où je retrouvais des valeurs qui me tenaient à cœur était une chose importante. Sur le tatami, j’essaie ainsi de toujours mettre l’accent sur les points positifs avec des partenaires plus jeunes, tout en faisant preuve de pédagogie et d’empathie sur les points à améliorer. La modestie, c’est aussi un moteur de motivation : devant, il y a toujours le progrès. Être conscient des qualités mais aussi de ses insuffisances, permet de repousser ses limites, d’être en permanence dans la recherche du mieux, à la fois dans sa pratique mais aussi sur soi-même. Dans notre vie quotidienne, nous sommes parfois amenés à rencontrer des personnes qui voient parfois la modestie comme une faiblesse. Une vision évidemment préconçue et erronée de cette valeur. La modestie, Car la modestie, c’est le point d’équilibre, celle qui amène à prendre en considération le point de vue de l’autre, à faire des concessions, à vivre mieux ensemble. »


Hervé Mialon, ceinture orange, Self Défense Krav Maga du Pays Saint-Pourçinois (Allier)
« Se remettre en cause et garder la tête froide »
« Je comprends la modestie comme une attitude, une posture consistant à ne pas se valoriser aux yeux des autres… ni de soi-même, sans pour autant se dévaloriser. Se sous-estimer, c’est aussi l’écueil à éviter, la ligne peut être fine. La modestie, avec l’humilité, sont des valeurs très présentes au quotidien dans mon club : nous avons tous une tenue identique. Certes, chacun connaît le grade du partenaire mais ce choix d’uniformité, je pense, nous sert pour adopter une posture humble car la hiérarchie est moins marquée. De plus, notre professeur, Abdelkrim Moujniba, cultive cette valeur par son attitude durant les séances : il ne se met pas en position de surplomb. Il se mêle à nous, ne met pas une distance entre lui et les pratiquants. Il guide bien plus qu’il ordonne. En tant que professeur, il incarne la figure d’autorité. Mais avec cette modestie qui le caractérise, il devient encore plus un exemple à « copier ». De mon côté, le krav-maga m’aide car à chaque séance, cela me rappelle que je pars de loin vis-à-vis de certains autres pratiquants. C’est mon chemin, de progression technique, de valeur aussi. La modestie, c’est aussi une valeur fondamentale de ma vie professionnelle. En tant que représentant commercial, la performance est un principe essentiel de mon travail. Or, comme dans le sport et sa pratique, la modestie est une attitude que l’on doit garder constamment à l’esprit lorsqu’on pense performance. Car l’échec et la victoire peuvent alterner très vite ! Aussi ma ligne de conduite est la suivante : se remettre en cause quand j’échoue, garder la tête froide quand je réussis. »


Hélène Martin, ceinture verte, ACL Anetais (Eure-et-Loir)
« Retenue et discrétion »

« Dans la modestie, je vois une forme de retenue, de discrétion. En clair, être modeste ce n’est pas crier sur tous les toits quand on a réussi quelque chose dont on est fier. Une valeur que la pratique du karaté m’a permis de travailler. Mon caractère fait que je ne suis pas naturellement quelqu’un de spécialement discret (rires). Or, cette discipline m’apporte de la rigueur, des repères, par son cadre, par ses principes. Un exemple concret : quand on s’entraîne sur des sacs de frappe, j’arrive à appliquer les consignes et me sens donc fière de moi. Mais quand on travaille avec partenaire, là, c’est déjà plus compliqué. Ce qui me fait dire dans ma tête : « heureusement que tu n’as pas fanfaronné tout à l’heure ! ». Et je pense que plus on devient fort, plus la modestie doit être de rigueur. J’imagine que c’est cela la maîtrise d’un pratiquant expérimenté, dans le geste et l’attitude justes. Le karaté m’a permis d’être plus calme, plus à l’écoute, plus modérée, plus modeste sans doute dans mon rapport aux autres. J’arrive à prendre davantage de recul sur moi-même et dans différentes situations du quotidien, notamment dans ma vie professionnelle. Je suis professeur en collège et cultiver cette valeur de la modestie auprès de mes élèves est l’une de mes missions d’éducation. Ainsi, pour ceux qui se moquent de leurs camarades (parce qu’ils mettent plus de temps qu’eux à réaliser un exercice), je les mets dans une situation fictive d’empathie : s’ils avaient eux-mêmes des difficultés, aimeraient-ils voir les autres plastronner ou se moquer d’eux ? Je leur demande aussi d’aller aider leurs camarades, de leur expliquer ce qu’ils ne comprennent pas. En leur disant que peut-être demain, ce sont eux qui auront besoin d’aide. En fait, je pense que l’apprentissage ou la culture de la modestie se fait bien plus par l’exemple ou le discours que par la sanction. La pratique du karaté me le rappelle à chaque séance. »

 

Thomas Rouquette / Sen No Sen

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