Valeurs – La politesse

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Les valeurs ont du sens. Elles irriguent et nourrissent la pratique. Comment ? Nous vous proposons de nous pencher sur cet éventail de plus-values qui font le sel de la discipline. Pour ce nouvel épisode, après avoir exploré les notions de sincérité, de respect, de courage, d’honneur, et l’humilité, échanges avec trois pratiquants passionnés qui placent cette vertu au centre du jeu.

Corine Petit, 6e dan, KC Penly (Seine-Maritime)
« Miser sur la pédagogie »
« La politesse est indissociable d’une autre valeur pour moi : le respect. Être poli, c’est être respectueux du professeur et de ses camarades. Mais elle ne se limite pas aux traditionnels « bonjour », « au revoir », « s’il vous plaît » et « merci ». Car la politesse dépasse justement le cadre de mots. C’est aussi une attitude, un comportement. Et chez les plus jeunes, moi qui suis professeur depuis plus de trente-cinq ans, je dois malheureusement constater que la politesse est une valeur de moins en moins évidente. Si je le déplore, je sais que c’est aussi mon rôle, en tant que professeur, de cultiver en permanence cette valeur au sein du club et sur le tatami. Voilà pourquoi, dès le début de la saison, j’impose des règles précises pour faire vivre les valeurs du karaté, dont la politesse, dès qu’ils passent la porte du dojo. Ainsi, ils attendent dans le couloir et ne montent sur le tatami, en devant le saluer bien sûr, que quand je leur en donne l’autorisation.
Dans mon enseignement, je mise bien plus sur la pédagogie que sur les petites punitions pour faire respecter les règles de politesse. En effet, j’utilise des exercices soit par groupe, soit en réunissant tous les enfants pour leur apprendre à travailler de manière collective. Dans cette configuration, la politesse et le respect sont le fondement, la base de tout travail constructif. Chez les adolescents, plus que l’impolitesse, c’est l’intolérance contre laquelle il faut parfois sévir, comme les moqueries par exemple. La politesse est aussi synonyme de tolérance. »

Laurent Boutouiller, 6e dan, US Beaumont Karaté (Puy-de-Dôme)
« La politesse silencieuse »
« La politesse est l’essence même du karaté. Cela passe par plusieurs choses : d’abord, il y a la politesse orale, c’est dire « bonjour », « merci », ce sont des acquis que nous partageons tous. Et puis, il y a la politesse silencieuse : celle du salut convenable, de la tenue adaptée, de la posture et de l’attitude correctes. Par ces actes qui n’attendent pas de réponse, ne réclament rien, on rayonne vers l’autre. C’est en cela que notre culture occidentale diffère de la culture japonaise, peut-être plus attentive à autrui. Au-delà d’une politesse du quotidien, ces efforts de comportement permettent d’unir les karatékas. On ne s’en rend pas toujours compte, mais la politesse martiale est particulière, unique, c’est un service rendu à celui qui agit mais aussi à celui qui reçoit. C’est pourquoi selon moi, dans la notion de politesse, il y a aussi cette idée de retenue, de lutte contre les pulsions. La politesse protège la pratique martiale parce que chacun est amené à tendre vers l’autre. Les plus anciens, gardiens du savoir, ont la responsabilité de la transmission, de faire des jeunes de véritables citoyens conscients de leurs actes et de leur comportement. Je ressens d’ailleurs une forme de gratitude de la part de mes élèves : ils savent recevoir les enseignements et s’en montrer reconnaissants. C’est, peut-être, la plus belle des politesses. »

Nathalie Laplaige, ceinture orange, KC Fagnières (Marne)
« C’est notre richesse ! »

« Si je devais définir ce qu’est la politesse, je dirais que c’est d’abord une manière de montrer son respect à l’autre et aux lieux que l’on fréquente. Elle est indispensable à un bon échange social et au fonctionnement global et harmonieux de la société, en s’exprimant ou en se comportant selon des codes. Elle marque la considération que l’on porte à son interlocuteur et permet de poser les bases d’un rapport pacifique avec lui. Dans notre club, la politesse se traduit avant tout par le salut du professeur lorsqu’on arrive puis aux autres pratiquants. Au karaté, le salut me paraît être la forme la plus commune mais la plus profonde de la politesse. Vis-à-vis du professeur, cela marque le respect que nous avons pour celui qui est là, de manière bénévole le plus souvent, pour nous apprendre et nous enrichir. Ce rapport basé sur la légitimité par l’expertise est fondamental. Ce respect vis-à-vis de l’autorité de celui qui sait et la façon de lui montrer, en étant justement poli, sont en train d’évoluer dans notre société, comme on peut le voir à l’école où la politesse, qui est l’application d’une forme de respect, n’est plus une évidence. La relation à l’autorité et à la hiérarchie, incarnée par le maître, est une donnée clé des arts martiaux. Il faut donc absolument que le karaté insiste pour que la politesse et le respect au professeur restent une des logiques au cœur de notre pratique. C’est notre richesse ! Dans notre club, l’impolitesse est sanctionnée souvent par des exercices physiques. Une « punition » – des tours de tatami en marche en canard – assez efficace (rires). Sans politesse, il ne peut y avoir de respect. Et s’il n’y a pas de respect, il ne peut y avoir de relations sociales constructives. Dans mon travail, je dirige une équipe et il arrive bien entendu que nous ne soyons pas tous d’accord. Mais je suis très attentive à ce que les divergences exposées le soient dans un cadre d’échanges qui restent respectueux… grâce à la politesse. »

Propos recueillis par Éléonore Disdero, Olivier Remy et Thomas Rouquette / Sen No Sen

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