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Valeurs – Le respect

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L’avis de trois pratiquants qui s’interrogent sur les vertus du karaté

Les valeurs ont du sens. Elles irriguent et nourrissent la pratique. Comment ? Le Mag’ a décidé de se pencher sur cet éventail de plus-values qui font le sel de la discipline. Pour ce deuxième focus, après avoir exploré le volet de la sincérité, nous vous emmenons sur le terrain du respect, vaste sujet qui imprègne chaque pratiquant dans son quotidien.

Rémy Cabon, 5e dan shotokan, Arts Martiaux Sud Bretagne (Morbihan), fondé en 1986 (211 licenciés)

« Une responsabilité collective »

« Si le respect est omniprésent dans les arts martiaux et le karaté, l’aspect qui me semble le plus fondamental concerne la relation entre les pratiquants et les enseignants. Au club depuis sa création, j’ai pu voir l’évolution du public qui fréquente nos dojos, à l’image de ce qui change dans notre société. Quand j’ai débuté, le modèle strict à la japonaise était de rigueur, avant que la tendance à laisser la parole aux enfants n’arrive. On a dû s’adapter, en se remettant en question. Selon moi, nous ne naissons pas avec le sens du respect. Il en va donc de la responsabilité des parents bien sûr, mais aussi du professeur, lui aussi là pour guider les jeunes en s’érigeant en modèle. Pour cela, il faut être respectable et respectueux. Il peut y avoir mésentente et désaccord, et il faut savoir l’accepter. Si un élève ne se comporte pas bien, il faut par exemple le prendre à part pour lui expliquer ce qui ne va pas, plutôt que de l’humilier devant tout le monde. A contrario, il faut savoir féliciter ceux qui adoptent les bonnes pratiques. Et lorsque cela vient d’eux-mêmes, c’est encore mieux. Il y a deux saisons, après une séance où il y avait eu un peu de chahut, j’ai interrogé le groupe afin qu’il liste ce qu’était selon lui un comportement convenable sur le tapis, avant de demander si c’est ce qui s’était passé lors du cours. Face à l’évidence, chacun a pris conscience d’avoir dépassé les limites et s’est engagé à s’imposer des règles validées par tous. Depuis, tout le monde s’y tient toujours, et les nouveaux venus sont orientés par ces « ambassadeurs ». Car c’est en étant entouré de gens respectueux que l’on devient respectueux. Pour l’une des plus belles récompenses pour les professeurs que celle d’avoir contribué à l’évolution de leurs anciens élèves, en tant que karatékas mais avant tout en tant qu’hommes. »

France Diallo, 5e dan shotokan, USO Mondeville (Calvados), fondée en 1986 (127 licenciés)

« Ne pas oublier le devoir de mémoire »
« N’oublie pas que le karaté commence dans le respect et finit dans le respect », tel est le premier précepte du fondateur Gichin Funakoshi dans son Nijukun. Il faut s’en souvenir. Moi qui ai débuté le karaté par curiosité, pour le côté mystérieux de l’art martial, j’ai de suite vu ce qu’une telle pratique pouvait m’apporter de plus qu’un sport classique. Rien que la discipline en elle-même, qui conditionne le karaté, inspire le respect, tout comme le fait de voir un maître pratiquer avec expertise. C’est de là que tout découle puisque chaque karatéka a eu un premier maître qui lui a transmis son savoir. Je garde énormément de respect envers ce premier « guide », même si j’ai changé par la suite pour trouver un enseignement et un style qui me convenaient, celui de l’école de Maître Kanazawa. Sur ce point, fidélité et respect se mêlent car il n’est pas question de dénaturer les mouvements, d’en ajouter pour aller plus vite, au risque d’oublier le devoir de mémoire, qui est le nôtre, et l’origine martiale qui a conduit les fondateurs à adopter tel geste à tel moment. Pour y parvenir, le caractère sacré du dojo nous aide également. On salue au début, à la fin, et tous savent qu’il faut changer d’attitude en entrant dans ce lieu symbolique. Réceptivité, concentration et calme sont requis, car il ne s’agit pas d’une cour de récréation. C’est dans ce cadre que les valeurs vont le mieux se transmettre, pour développer rigueur et droiture chez les pratiquants, qui vont ainsi se respecter en agissant au plus juste. »

Thierry Aubian, 5e dan yoseikan budo, Yamabushi Dojo Tarbes (Haute-Pyrénées), fondé en 2007 (29 licenciés)

« La règle pour socle »
« Dans mes cours, j’évoque souvent les professeurs que j’ai croisés durant mon parcours. J’y vois là une marque de profond respect puisqu’il ne faut pas oublier d’où l’on vient, et je n’ai aucun souci à dire que je leur dois la totalité de mes bases.
À mon tour, je promeus la discipline, en fixant des règles et des attitudes à observer. Et c’est là que le respect entre en jeu puisque la contrainte n’est pas toujours naturelle pour mes élèves. De manière générale, il est plus facile de tricher et d’enfreindre les consignes. Mais rien n’est précisé au hasard. Si l’exercice doit être fait en souplesse, c’est qu’il y a une bonne raison, avec un véritable objectif derrière. Tout est mesuré à l’aune du respect, on y revient, et notamment celui de son intégrité physique et de celle de son partenaire. J’ai souvent recours aux mannequins par exemple, afin de permettre à tous de se défouler à pleine puissance tout en évitant les traumatismes qui peuvent survenir au fil des répétitions à haute intensité. De même, je m’attache à changer régulièrement d’exercices, afin de ne pas créer trop d’habitudes de travail, et ainsi stimuler la concentration. Je trouve enrichissant de sortir au maximum les gens de leur zone de confort pour les pousser à progresser. La mise en difficulté par la nouveauté engendre forcément un respect nécessaire de la règle. Et pour ceux qui me suivent depuis longtemps, c’est désormais bien ancré en eux. Cela nécessite en revanche beaucoup d’explications afin que chacun comprenne l’intérêt de chaque donnée du problème. C’est l’occasion de faire passer des messages, même si le temps de discussion se poursuit aussi après le salut final, lors des étirements, du passage aux vestiaires ou à l’occasion de chaque sortie du club. »

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