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Valeurs – La sincérité

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L’avis de trois pratiquants qui s’interrogent sur les vertus du karaté

Les valeurs ont du sens. Elles irriguent et nourrissent la pratique. Comment ? Le Mag’ a décidé de se pencher sur cet éventail de plus-values qui font le sel de la discipline. Pour ce premier focus, nous vous emmenons sur le terrain de la sincérité, dimension cardinale sans laquelle le karatéka ne peut évoluer convenablement.

Jean-Luc Doisne, 6e dan shotokan, Karaté Gym Club Nevers (Nièvre), fondé en 1991 (100 licenciés)

« L’engagement, le salut et ne pas se mentir »
« Même si elle est évoquée de façon discrète, subtile, dans le Niju Kun de Gishin Funakoshi, la sincérité me semble omniprésente dans la pratique du karaté. On la retrouve partout. Sa première émanation qui me vient en tête est celle liée au bénévolat. Que ce soit le dirigeant, l’arbitre, le professeur, le juge de grades ou n’importe quelle personne qui donne de son temps, tout ce qui est entrepris pour le bien des licenciés et du club ne peut se faire sans sincérité. Il n’y a pas de faux-semblant dans la démarche. Comme il ne doit pas y en avoir quand on se dit bonjour dans le vestiaire du dojo. Regarder l’autre dans les yeux permet de lui affirmer que l’on va être à son écoute. Il ne faut pas vouloir être plus japonais que les Japonais, mais la sincérité ne doit pas se témoigner uniquement sur le tapis. Je le rappelle volontiers lorsque j’anime mes cours : lors du salut, il y a bien les shomen ni rei, sensei ni rei, otagai ni rei, mais il ne faut pas oublier le salut dans le vestiaire. Le premier, essentiel.
En compétition ou lors des passages de grade, la sincérité va résider dans le fait de ne pas renvoyer ses erreurs sur les autres. Il faut savoir accepter ses approximations, et admettre que l’on ne peut pas gagner être tous les jours. Cela passe par une bonne connaissance de soi et de ses capacités. À ce titre, les anciens me semblent plus sincères dans leur pratique puisqu’ils perdurent sur le chemin de la progression, conscients d’avoir toujours à apprendre, quand certains vont vite frimer en cas de « réussite ». Auprès des plus jeunes, mais aussi à tous ceux qui s’en écarteraient, il faut d’ailleurs sans cesse rappeler les valeurs qui composent notre discipline, afin que le message passe. »

Aloys Lambert, 3e dan shotokan, 2e dan de taekwondo et 1er dan de kobudo, Karaté Club Mirecourt (Vosges), fondé en 1984 (65 licenciés)

« Derrière chaque exercice »
« C’est la discipline qui règne au cœur de notre pratique et qui met de la sincérité dans notre quotidien de karatéka. Pour qu’un club fonctionne, il faut respecter un certain nombre de règles : respect et obéissance à un professeur, aux partenaires, celle qui permet à tous les pratiquants d’apprendre à vivre en communauté, dans la compréhension des codes sociaux et l’acceptation des autres, de leurs différences. Derrière, c’est à travers chaque exercice de chaque séance que se joue un moment de sincérité. Pratiquer « comme il faut », c’est comprendre qu’il n’est pas possible de faire ce que l’on veut sur un tapis, que nous ne sommes pas là pour ça, pour contourner voire tricher : nous devons respecter la vérité technique que transmet le professeur, faire l’effort donc ne pas se mentir… Ce n’est pas si facile de reproduire des mouvements exigeants, justes sur le plan technique et sur celui de l’efficacité. Parfois, on échoue. Il faut l’accepter. La sincérité implique aussi de se remettre en question et au travail pour maîtriser toutes les étapes du mouvement, de l’enchaînement ou du kata. Je participe régulièrement à des stages d’experts pour me remettre à niveau, et je n’hésite jamais à me confronter à d’autres écoles de pratique. Parce qu’en m’ouvrant à d’autres styles et d’autres démarches, je peux repérer des façons de faire différentes, plus efficaces parfois, que j’intègre dans mes cours quand ça me semble pertinent et utile. Ne pas rester sur ses acquis, voilà une forme de sincérité fondamentale. »

René Carruggi, 7e dan shito-ryu, Karaté Club Moriani Plage (Corse), fondé en 1987 (33 licenciés)

« C’est le chemin »
« Comme je le dis à mes élèves, la sincérité est de rester fidèle et d’être noble dans notre pratique. On fait du karaté pour soi, pas pour s’en servir pour se battre. Il ne faut donc jamais oublier de remercier son partenaire/adversaire, sans qui il n’est pas possible de travailler. De même, il faut respecter les arbitres qui rendent possibles les compétitions, et ce même s’ils font parfois, comme tout être humain, des erreurs. La sincérité ? Elle fait partie intégrante de ma responsabilité de professeur. C’est le chemin. Je me dois d’être honnête avec tout le monde si je veux que chacun poursuive son apprentissage et trouve sa voie dans le karaté. Quand je donne une note sur un passage de grades, pas question de mentir pour faire plaisir ou de saquer pour sanctionner. Je suis là pour rassurer, aider, accompagner, pas pour détruire ou amener sur un chemin négatif. Il y a quelque chose d’absolu dans le karaté, avec lequel on ne peut pas jouer, et cela offre une bonne mentalité et un bon équilibre à ceux qui le pratiquent sincèrement. Aux plus jeunes, je suggère d’ailleurs de penser au karaté lorsqu’ils coincent sur un devoir à l’école : il faut travailler pour progresser et trouver des solutions aux différents problèmes qui se posent. Après, ils peuvent toujours venir me trouver pendant les compétitions pour me demander conseil. Ce n’est pas pour autant que ça me monte à la tête. Si ça se trouve, à huit cents mètres de mon dojo, il y a un premier dan qui saurait très bien éduquer ces jeunes aussi. Et ce serait tant mieux ! Sans doute aussi que lui-même et son professeur pratiquent avec sincérité. »

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