Les enjeux du karaté enfants (partie 2) : Fidéliser

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Comment pratiquer le karaté avec les enfants ? Face au rajeunissement des licenciés ces dernières années, les clubs et les professeurs ont dû adapter leur enseignement. Cette prise en compte, ces changements, la FFKaraté les accompagne et les encourage avec l’épanouissement comme valeur cardinale.

Retrouvez « Objectif plaisir », première partie de ce dossier en cliquant ici

Former les enseignants au public enfant
Pour s’occuper des enfants et mettre en place la pédagogie la mieux adaptée, les enseignants doivent être sensibilisés et formés à ces questions. « Il y a quelques années, on s’est rendu compte que certains profs faisaient du renforcement musculaire avec les enfants, déplore Jonathan Maruani, responsable du projet de développement du karaté enfants à la FFKaraté. Notre particularité au karaté, c’est qu’on a un public de tout âge, très hétérogène. Les diplômes d’instructeur fédéral (DIF) ou d’animateur fédéral (DAF) sont des formations très fournies mais on ne peut pas tout couvrir en profondeur. Derrière, il faut développer. C’est pour cela que le DTN, Dominique Charré, a souhaité mettre en place une formation continue (accessible aux titulaires du DAF). »

La saison dernière, une formation spécifique baby karaté, avec l’intervention de professionnels de la petite enfance, a dû être reportée faute de suffisamment de candidats. « Charge à nous de mieux communiquer pour que ce soit un succès cette année », poursuit le technicien. Sur le terrain, la plupart des professeurs spécialisés dans les questions liées aux enfants se sont nourris d’observations et d’échanges. « Pour enseigner, il faut avoir un certain vécu, avertit Guy Berger, septème dan et professeur au Samouraï Toulon. Il faut savoir observer aussi, observer toutes les disciplines quelles qu’elles soient et s’inspirer de ce qui y est bien fait pour l’appliquer chez nous. »

 

La compétition : plus accessible, moins hiérarchisée
Certes, la compétition ne concerne pas tous les enfants. Tous n’auront pas envie de la pratiquer et il ne faut pas les y contraindre. Souvent constatée au niveau local et fréquemment pratiquée en interne au sein même des clubs pour ceux qu’ils licencient, la confrontation intéresse pourtant souvent et sert même de levier de motivation aux enseignants. « À l’entraînement, je me sers tout le temps de petits concours pour impliquer les élèves, ils sont très demandeurs », confie Guy Berger. La compétition a aussi des vertus reconnues : gestion du stress et des émotions, apprentissage de la victoire et de la défaite, humilité…

Ailleurs, comment faire mieux ? « Les formats de compétitions sont parfois très ingrats, regrette David Chéreau, professeur à Montlouis et directeur technique d’Indre-et-Loire. Si tu es bon, tu passes les tours, tu es champion, c’est super… Mais si c’est ta première année de karaté, tu fais cent kilomètres de voiture, tu attends trois heures, tu es éliminé au premier tour, tu n’es pas repêché et tu as perdu ta journée… Le risque de casser la motivation du jeune est grand. » Pour inclure davantage de monde, il faut donc développer, à côté du système classique de compétitions, des tournois plus accessibles et attrayants pour tous les niveaux.

C’est l’esprit du challenge Berger : des poules de six remplacent les tableaux à élimination directe pour assurer à chacun plusieurs combats, une organisation millimétrée pour ne pas perdre de temps, des récompenses pour encourager tout le monde. « À la fin de la journée, les gamins sont heureux, les parents ont la banane, savoure Guy Berger, son fondateur. Surtout, c’est une procédure qui permet de fidéliser les enfants pour de nouvelles licences l’année suivante. » L’enseignant déborde d’idées de défis divers et variés, de la compétition kata intergénérationnelle, aux classements annexes par âge et par ceinture pour valoriser tout le monde. Pour la saison 2019-2020, la fédération l’a nommé chargé de mission. Guy Berger ira de ligues en comités pour expliquer ses concepts et aider les responsables à mettre en place ce type de compétitions.

Le chemin des écoliers
Depuis 2014-2015, la FFKaraté signe en parallèle des conventions avec les fédérations sportives, que ce soit dans les écoles (USEP) ou dans les collèges et lycées (UNSS). En Indre-et-Loire, David Chéreau intervient dans les écoles depuis plus de quinze ans et y rencontre un grand succès. « En classe, les instituteurs font souvent face à des problèmes d’attention. Le karaté est un outil formidable pour aider à la concentration », explique l’intéressé, qui a construit sa méthode en échangeant beaucoup avec des instituteurs. Après le rituel, le salut, les enfants découvrent une technique de poing et une de pied. Puis, dès le deuxième cours, l’intervenant met en place des petites confrontations. Les gamins en redemandent.

« Grâce à ces cours, les enfants savent désormais ce qu’est le karaté, estime David Chéreau. Avec l’arrivée des JO, ça participe à l’accroissement du poids de la discipline dans la société. » Et permet de gagner des licenciés ? « Il y a des gamins du club que j’ai récupérés grâce à mes interventions à l’école », confirme-t-il. Mais difficile à mesurer globalement. « C’est toujours délicat à mesurer, mais c’est l’ambition, explique Jonathan Maruani. En fait, tout va dépendre de la manière dont le professeur va amener le karaté à l’école. Pour faire le transfert vers l’association, il faut être bon en com’. Quand j’intervenais en maternelle, je glissais un flyer dans le carnet de correspondance, comme ça j’étais sûr que les parents étaient au courant. » Des petites astuces qui peuvent aussi prendre la forme d’une démonstration de fin d’année, où des parents découvriraient leur enfant épanoui et lui proposeraient peut-être alors de rejoindre un club à la rentrée suivante.

Gaëtan Delafolie / Sen No Sen

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