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Stéphane Lesoil, voyage vers l’Orient

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Des semi-remorques où il s’entraînait naguère avec maître Mi, jusqu’au Vietnam où il a rencontré sa femme Nguyen Mai Trinh, ancienne championne et maître de Vo Co Truyen, la vie de Stéphane Lesoil est romanesque. Une éducation martiale et sentimentale qui fait un joli tracé dans l’histoire des arts vietnamiens en France.

C’est le karaté qui lui assure ses premières bases solides, du côté de Taverny pour quelques belles années. « Cela remonte à loin, mais je m’en souviens bien, c’était un bon club, sous la direction technique de Pierre Montel, quelques années après son titre européen ». Stéphane Lesoil aime le sport et le sport lui rend bien. Touche-à-tout de talent, il joue au foot non sans brio, court les marathons, mais c’est toujours du côté du combat que s’oriente la pointe de sa boussole intérieure. Un peu de full contact, de close-combat… rien de totalement défini. Les quêtes elles-mêmes demandent à être découvertes avant de pouvoir s’y engager.
C’est dans le cadre professionnel, la société « Geodis France Express », que la rencontre a lieu. « La rencontre avec maître Mi. Il est devenu plus tard un ami, un professeur, un maître, mais au départ c’était un gars discret qui déchargeait, tandis que j’étais chauffeur. Un Vietnamien d’origine indonésienne, venu en France à dix-sept ans, dont on a commencé à me dire qu’il pratiquait les arts martiaux. Je l’amenais tous les soirs en voiture chez celui qui était son propre maître – ce que j’ai découvert plus tard. On a commencé à pratiquer ensemble et j’ai compris qu’il allait m’amener à quelque chose d’essentiel ». Des petites joutes amicales aux premiers conseils, puis aux entraînements… Stéphane Lesoil a trouvé son guide sur le chemin du Thieu Lam Tu, la version vietnamienne du kung fu Shaolin. Ce sera cet homme, modestement appelé « Maître Mi » pour éviter son imprononçable nom indonésien, formé dans son enfance par un ancien moine Shaolin réfugié au Vietnam et reconverti comme… aiguiseur de couteau. Un bon départ pour un scénario de John Woo ou Tsui Hark, tendance wu xia pian.

Aurélien Morissard/FFK

Maître Mi, l’initiateur
Les entraînements ont lieu le matin très tôt où à l’abri des regards dans des semi-remorques pendant une dizaine d’années, jusqu’à la naissance en 1999 de l’École du Petit Dragon – le Tieu Long Duong — à Eragny, dans l’Oise. Stéphane Lesoil est assistant à cette époque et se prépare à suivre encore longtemps le chemin tracé quand le destin frappe en 2010, année terrible, marquée par une rupture sentimentale et le décès inattendu de maître Mi. « Cela a été tendu aussi car nous étions jusque-là un groupe de pratiquants un peu informel et qu’il a fallu se donner une perspective d’école pour continuer le travail engagé. Nous étions préoccupés de combat et de dureté, il a fallu approfondir la dimension technique ». Leader forcé par le destin, Lesoil prend les choses en main. C’est la rencontre avec la FFKaraté pour fortifier la dimension structurelle, une formation d’arbitre inter-styles, la création d’un regroupement pour centraliser la dizaine de clubs qui ont poussé au fil du temps, une tenue commune à tous, un gros travail de démonstration. « On a fait quatre fois le Festival des arts martiaux à Bercy, et on devait même passer à Incroyable Talent avant que tout soit stoppé par le coronavirus ».

Trente séjours en huit ans
Mais tout cela n’est qu’armature et communication. L’essentiel est ailleurs. Puisque le maître a disparu, il faut revenir aux origines pour continuer à avancer droit. « À partir de 2012, on a organisé un voyage au Vietnam tous les deux ans. Le projet était d’y aller avec lui… J’ai commencé à partir de 2009, cela m’a permis de me former et de passer le 17e cap à l’époque et d’apprendre tous les Quy Dinh – les katas retenus par l’ensemble des écoles – mais surtout de découvrir ce que je ne connaissais que par les récits de mon maître. J’avais l’impression de ne pas être en terrain inconnu, j’ai découvert mon pays personnel ». Depuis huit ans, Stéphane Lesoil a fait pas loin de trente séjours au Vietnam avec un groupe ou un autre, pour des formations, des compétitions… La seconde rencontre qui vient combler le manque de la première est celle de Co Oanh, grande championne à l’épée connue dans tout le Vietnam, entraîneur de l’équipe du Sud et maîtresse dans l’art du Vo Co Truyen. « Avec elle, je redeviens élève. Elle est plus jeune, mais je suis son petit frère ! ». Un petit frère apprécié au point d’applaudir intérieurement sans doute à la belle rencontre qui finira en mariage, lequel est organisé par Co Oanh, avec une ancienne championne de l’équipe nationale, Nguyen Mai Trinh. « Je l’ai rencontrée sur les entraînements et on a tout de suite senti que quelque chose se passait entre nous. On a correspondu, puis on s’est fiancé et marié. Elle aurait pu faire une belle carrière d’entraîneur au Vietnam, elle m’a suivi en France. J’ai trouvé une femme, mais aussi un maître, meilleur que moi ! ». Une nouvelle dynamique qui renforce encore l’efficacité de l’école en compétition, déjà redoutable, puisque lors des premiers championnats du monde de Vo Co Truyen, trois élèves avaient ramené l’argent.

Avec sa femme Nguyen Mai Trinh – Aurélien Morissard/FFK

Six mois par an au Vietnam
Trouver le lieu rêvé est la moitié d’un accomplissement. Avec ses quatre cents élèves sur différents clubs et la responsabilité du Tieu Long Duong, Stéphane Lesoil a beaucoup accompli et encore beaucoup à faire. Mais l’avenir sera sans doute de plus en plus polarisé par cet Orient dont il a rêvé avant de le connaître. Six mois par an d’abord, entre France et Vietnam, et là-bas, participer aux entraînements de Co Oanh, rudes mais fraternels à la vietnamienne, finir devant un bon repas chez elle, comme cela se fait là-bas ? Pratiquer sur un mode de plus en plus intériorisé, méditation et Chi Kung tout en continuant à donner la direction à des élèves qui pour certains atteignent désormais le niveau des meilleurs Vietnamiens ? Une jolie perspective. « Ce qui m’intéresse maintenant, c’est le sens. Pourquoi faisons-nous les choses ainsi ? Continuer à s’ouvrir, travailler pour la santé du corps… Ce sont des subtilités qui s’acquièrent avec l’âge ». D’ici ou de là-bas, Stéphane Lesoil et sa femme Nguyen Mai Trinh creusent un magnifique sillon au cœur des arts martiaux vietnamiens en France.

Emmanuel Charlot / Sen No Sen

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