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« L’escrima m’a ramené au karaté de ma jeunesse »

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Paroles de prof – Professeur, entraîneur national et expert du kali escrima au sein de la FFKaraté, Thomas Roussel a une longue histoire d’exigence personnelle et de pratique derrière lui, qui l’a amené à récolter un titre mondial et deux titres européens, mais aussi à suivre le fil du « flow » pour toujours affiner sa technique.

À douze ans, c’est à travers… un jeu vidéo, un « Donjon & Dragons » tendance Japon féodal où il jouait un ninja, un personnage dont il ne connaissait rien, que Thomas Roussel a commencé à mettre le nez dans les livres consacrés aux arts martiaux. Ce fut Georges Vallecchia qui lui fit découvrir le karaté, un premier coup de foudre. Mais avec ses quatre-vingt-dix kilos à quatorze ans, le jeune homme (qui finira à un mètre quatre-vingt-dix pour un petit cent kilos de poids de forme) a un peu de mal à se fondre dans le système strict du karaté shotokan et termine souvent les compétitions par une disqualification. C’est grâce à l’ouverture d’esprit de son professeur, qui invite des pratiquants de full-contact et n’hésite pas à organiser un stage de jeet-kune-do et kali avec Didier Trinocque – un pionnier des arts martiaux philippins qui avait appris sous la direction de Dan Inosanto – qu’il découvre l’art auquel il se consacrera toute sa vie et son professeur les dix années suivantes. « Le karaté m’avait fait toucher du doigt le potentiel de magie des arts martiaux et cette démonstration de jeet-kune-do m’avait fait l’effet d’une révélation. En fait, c’était l’illustration d’un principe, mais à l’époque, je ne comprenais pas vraiment. D’ailleurs je ne m’intéressais pas tellement non plus au kali proprement dit, que Didier Trinocque n’abordait pas sous l’angle sportif. Je m’intéressais à la castagne ! J’avais ainsi fait le choix d’aller en même temps vers le karaté shidokan, une variation autour du kyokushinkai, qui correspondait plus à mon tempérament. Au moins, on ne me reprochait pas mes fréquents contacts ! Cela dit, cela m’a valu un beau KO en compétition… ».

Le kali sportif avec Pat O’Malley
Didier Trinocque s’en va à l’étranger en 1993, laissant ses élèves devant leurs responsabilités. Thomas Roussel (qui a expérimenté aussi la boxe anglaise, ou encore le hapkido), les prend, en décidant d’aller chercher jusqu’en Angleterre un expert anglais Pat O’Malley, auquel il envoie un fax et chez qui il finit par se retrouver trois mois par an, partageant le reste de son temps entre ses métiers de « pion » et de portier de boîte de nuit, ainsi que les entraînements qu’il organise avec ses camarades pour ne rien perdre de ce qu’il a appris là-bas. « J’y allais par période d’un mois environ, le temps de refaire assez d’argent pour la suivante. Pat O’Malley fut l’homme de trente ans que j’avais rêvé d’être, et aujourd’hui l’homme de cinquante auquel je veux ressembler. Il a toujours évolué et continue à le faire. À l’époque, il y avait des cours tous les jours et une grande variété d’approches. Toutes les armes et toutes les combinaisons, le travail à mains nues et aussi une approche sportive qui ne m’a pas attiré au début car je me concentrais sur une dimension martiale. Les gars se préparaient pour les championnats du monde 1998… Et puis j’ai commencé à penser qu’être instructeur de kali escrima était une bonne direction pour moi et que je devais explorer cet aspect pour mes futurs élèves. Cinq ans plus tard, j’avais récolté un titre mondial, deux médailles d’or européennes et quatre titres de champion d’Angleterre, avant de penser que j’avais fait le tour. L’approche des Anglais, très pragmatique, avec protections et bâtons de rotin pour travailler de façon réaliste, m’a bien convenu. Paradoxalement, même si je n’ai jamais eu le sentiment de faire du sport, j’aime la dynamique sportive pour ce qu’elle apporte de vérité. On rencontre des gens que l’on ne connaît pas et il faut résoudre le problème qu’ils vous posent. En escrima, ça élimine les techniques trop sophistiquées. Il faut du praticable. Il faut que la maîtrise gestuelle serve à l’aisance dans une confrontation. Mon enjeu n’était pas tellement de me dire je vais gagner, mais : “tu ne gagneras pas sur moi” ».

À la poursuite du « flow »
En prenant progressivement de l’expérience, Thomas Roussel ne veut plus se satisfaire de la gestion efficace de son allonge et de sa puissance. Les armes sont déjà une obligation de mettre ces atouts de côté pour privilégier une approche fluide. Une rencontre inattendue avec un voisin qui finit par lui proposer un sparring amical dans la rue se termine un peu comme dans les bons films d’arts martiaux. « On m’avait dit qu’il était fort, mais il faisait un mètre soixante-dix, avait une cinquantaine d’années et moi vingt-neuf à l’époque, je n’y croyais pas trop ! J’ai pris une raclée mémorable. Jamais en face, toujours de la force en réserve, et je voyais qu’il en gardait sous la semelle. C’était un ancien boxeur thaï qui avait travaillé dans un esprit martial en faisant sa propre méthode avec une influence du taikiken de Kenichi Sawai. Il est devenu mon mentor et m’a permis d’affiner ma pratique dans le sens que je souhaitais. Je cherchais une approche plus interne, mais qui reste pragmatique. Cela m’a permis de trouver plus de “flow” dans ma forme à mains nues et j’ai l’impression, vingt-cinq ans plus tard, de mieux comprendre le karaté de mes débuts ! J’ai commencé par le karaté avant de devenir boxeur, puis désormais escrimeur, qui me ramène au karaté. J’ai même envie de refaire des stages pour réapprendre les katas. L’intérêt m’échappait, maintenant, je vois mieux ».

 

Les stars de sa jeunesse
Des stages, celui qui est devenu l’entraîneur logique de l’équipe de France de kali escrima, en fera un bientôt avec Bernard Bilicki près de Lyon le 8 mars, ce qui l’enchante. « J’ai fait de la sécurité au Festival de Cannes, mais les vedettes de cinéma, ça me laissait froid. Les stars de ma jeunesse, ce sont les pionniers du karaté français. Voir Thierry Masci me proposer un café, cela m’émeut toujours. Pour mon passage de 6e dan, Hiroo Mochizuki est venu me dire plus tard qu’il avait bien aimé mon enchaînement au bâton. Rien que cela, ça me fait ma journée, voire ma semaine ! Nous sommes encore un petit groupe de deux mille membres qui reste modeste pour cette grande fédération, même si on a déjà beaucoup progressé en nombre et que je pense qu’on a un potentiel autour de cinq à six mille licenciés. Mais nous sommes aidés avec efficacité et respect pour notre engagement. On a désormais un Open de France, qui vient d’avoir lieu, un championnat de France le 17 mai, et nous partons du 29 juillet au 2 août à Cébu, haut lieu des arts martiaux philippins, pour les championnats du monde. La discipline se développe et cela me rend heureux ».

 

Emmanuel Charlot / Sen No Sen

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