Mondiaux jeunes 2026 / La France a d’incroyables talents
Ils seront 40 Français aux 14èmes championnats du monde jeunes (cadets, juniors, U21) qui commencent demain en Pologne. Certains d’entre eux se sont déjà affirmés chez les seniors et avancent en tête d’affiche à Bielsko-Biala, notamment Monica Arzumian, Thomas Klemz et Chloé Payrot. Rencontres…

MONICA ARZUMIAN, PARÉE POUR L’OR
C’est en championne du monde junior mais aussi en vainqueur du Karate One de Rabat et de la Serie A de Salzbourg chez les « grands » que Monica Arzumian va se présenter à ces mondiaux.
Autant vous dire qu’elle ne vient pas en Pologne pour faire de la figuration. « Au vu de la préparation que j’ai effectuée et des adversaires que j’aie, auxquelles je me suis déjà confrontée, je ne pense pas rêver quand je dis que je vise le titre. J’y vais vraiment pour le titre. C’est seulement si je le décroche que je saurai si j’ai été moi-même, à 100%. Je serai très fière de moi parce que faire un doublé, quand même… ».
À tout juste 19 ans (le 4 octobre), la Poitevine, déjà titulaire en équipe de France Seniors (-61 kg et équipe), n’a pas la grosse tête, loin de là, elle est juste lucide. À Bielsko Biala, elle sera la favorite parce qu’elle est née pour gagner, elle est parée pour l’or.
La première fois, c’était à la Youth League de Porec en 2021. Elle en a remporté deux autres depuis. Elle est aussi devenue championne du monde juniors (2024) et championne d’Europe juniors (2025). Cette année, elle s’est classée 3e de l’euro espoirs avant de quasiment tout rafler, dont le titre de championne de France seniors, après deux finales perdues en 2024 et 2025.
Mais… « Le jour J, il n’y a pas que moi, il y a beaucoup de facteurs extérieurs, l’adversaire, les arbitres, l’environnement… Je sais que si je fais ce que j’ai préparé, il n’y a pas de raison que ça se passe mal. En tout cas, je suis sereine. »
Il ne lui reste plus qu’à se faire plaisir, ce qu’est le karaté pour elle. « Quand j’ai commencé à 7-8 ans, c’était contre mon gré. Mon père a insisté parce qu’il en avait fait en Arménie. Mes parents voulaient que je me canalise, j’avais trop d’énergie et il fallait me fatiguer avant que je dorme », rigole-t-elle. « Au final, j’ai trop aimé ! J’ai accroché tout de suite. Le jeu, les sensations, le fait de prendre une décision sans savoir comment la personne va réagir et ce qui va se passer. En fait, c’est cette inconnue, ce défi, cette adrénaline que j’adore. » Pour l’élève de Sébastien Castro Moreno au Stade Poitevin Karaté (SPK), y a plus qu’à !

LA NOUVELLE VIE DE THOMAS KLEMZ
Une nouvelle vie commence pour Thomas Klemz. Depuis l’été dernier, il a quitté son Angleterre natale pour venir s’installer à Paris. À 18 ans, il entame un cursus en maths informatique à l’université Gustave-Eiffel pour devenir soit ingénieur, soit pour « creuser plus profondément dans l’analyse des stocks market avec des machines », explique-t-il. « J’ai toujours beaucoup aimé les maths. J’aime le côté raisonnement et il y a toujours une réponse ».
Sa vie d’athlète a aussi connu un énorme changement. Jusqu’alors, hormis des stages et des regroupements équipe de France, le jeune franco-anglais s’entraînait seul chez lui. « Mon club, à Bournemouth, était orienté combat. Je faisais d’ailleurs les deux jusqu’en cadet. Et mon prof m’a dit que je ne devais pas me disperser et m’a conseillé de choisir le kata. Mais j’étais seul. J’avais un dojo chez moi. Je faisais toujours cours à distance. »
Désormais, il s’entraîne en présentiel à l’IGKDF Vanves avec Nirina Rakotozafiminahy, Francky Rampanana et Cynthia Randriamialison et, en équipe de France, avec Yves Ruelle. Formé au wado ryu, passé par le shotokan, Thomas Klemz s’est désormais tourné vers le shito ryu. « C’est le style qui me convient le mieux morphologiquement. J’ai commencé à apprendre en faisant des stages avec Sandra Sanchez Jaime et d’autres grands champions à partir de 11-12 ans. »
Il n’a pas de kata préféré, mais cinq qui lui apparaissent « très importants, ils ont chacun leur rôle dans ma compétition et une émotion différente à dégager ». Des katas qui lui ont permis de commencer à écrire son histoire : deux Youth League en 2023, une médaille d’argent continentale en cadet ainsi qu’une 3e place aux championnats du monde juniors en 2024, un titre de champion d’Europe juniors en 2025 (3e en 2026).
2025 correspond aussi à sa prise de pouvoir national. Champion de France juniors et seniors, il est sélectionné en individuel aux championnats d’Europe à Erevan et aux mondiaux au Caire où il est (logiquement) éliminé prématurément. Cette année, il réalise même le triplé juniors-U21-seniors, à seulement 18 ans.
Qu’attend-il de ces mondiaux en Pologne où il sera aligné en U21 ? « Prendre du plaisir ». Qui dit prendre du plaisir dit gagner évidemment mais pas seulement pour Thomas Klemz qui est réellement un fervent passionné de kata. « Quand on voit les meilleurs athlètes… Ils racontent une histoire. On sent l’énergie jusqu’au bout des doigts, on sent des émotions qui ressortent dans tous les gestes, dans le regard, je trouve ça très puissant et très captivant. Quand je fais un kata, j’aime bien sentir, imaginer le combat, comprendre l’utilité des mouvements, mettre de l’intensité dans chacun d’entre eux et, moi-même, raconter une histoire. Le kata, c’est raconter une histoire ». Espérons pour lui que la sienne s’écrira en or lors de ces championnats du monde.

CHLOÉ PAYROT, LA BLEUE DES BLEUS
Il y a encore six mois, elle n’avait jamais connu les joies d’une sélection en équipe de France. Lors de sa grande première, cela ne s’est pas vu. C’était aux championnats d’Europe seniors à Francfort en mai dernier. À 18 ans, Chloé Payrot intégrait l’équipe kumite qui va seulement être dominée en finale par les Allemandes.
« Les filles, Thalya (Sombe), Clémence (Péa), Monica (Arzumian), Zera Jade (Ozserttas), je les aime trop », lâche-t-elle dans un cri du cœur. « Elles sont trop sympas. Elles te poussent tout le temps, c’est trop cool. Ces championnats d’Europe, c’était incroyable. La dimension dans cette compétition, c’était hyper impressionnant. Malheureusement, on perd en finale mais, bon, on est jeune et on sait que ça va forcément passer à l’avenir. »
Depuis, elle s’est engaillardie. Elle est devenue vice-championne du monde universitaire en juin, a été finaliste en seniors et U21 à l’open de Liège avant de remporter l’open de Scandinavie dans ces mêmes catégories d’âge en septembre.
En Pologne, du haut de ses 19 ans (depuis le 30 août), elle sera à nouveau alignée en U21. Et alors ?… « J’aimerais gagner, vraiment, ça me ferait trop plaisir », sourit-elle. « Notamment pour mes parents qui sont toujours là pour me soutenir. Après, il me manque beaucoup de choses. Comment dire ? Je suis un peu nouvelle dans le milieu du haut niveau ».
Les parents, notamment le père, ont voulu inscrire leurs filles au Karaté pour qu’elles puissent se défendre. Chloé avait 6 ans, c’était à Nans-les-Pins, « mon petit village dans le sud de la France. Ma sœur aînée a voulu faire de la compétition. J’ai suivi. Et j’ai commencé à gagner. Ça m’a donné goût. »
Après un passage dans un club marseillais, Chloé Payrot se licencie à l’AS Brignoles Karaté en 2024. Sous l’égide d’Axel Joao, elle parfait son karaté. Dès sa première saison, à 16 ans, surclassée, elle remporte la Youth League juniors à Venise, finit 5e des Championnats de France seniors et devient championne de France U21.
Deux ans plus tard, cette année donc, elle remporte les championnats de France U21 et seniors. Venue au Karaté pour apprendre à se défendre, l’étudiante en 1ère année d’école d’audioprothésiste à Montpellier, n’a qu’une envie désormais : attaquer, surtout avec les ura mawashi jodan. Hajime !
Ludovic Mauchien