Mehdi Filali, l’état de grâce
Tonitruant en Espagne pour s’offrir sa première médaille dans un grand championnat international seniors, le Marseillais de vingt-trois ans tient enfin sa journée référence sur laquelle bâtir à l’avenir.
Et si tout s’était finalement joué avant le départ pour Guadalajara ? La question se pose à écouter le jeune gardien de la paix s’étendre sur son état d’esprit avant de monter dans l’avion pour l’Espagne. « Je suis tellement revenu sans médaille des grands rendez-vous de ces dernières années que j’en étais venu à me dire que si ça n’arrivait toujours pas cette fois, il faudrait peut-être penser à autre chose. C’était presque un ultimatum que je me posais de façon inconsciente, car je n’arrivais pas à comprendre pourquoi, alors que ce sont les mêmes adversaires que sur le circuit Premier League où je compte tout un tas de podiums (dix depuis 2017, NDLR), ça ne passait pas en championnats. Je n’avais pas le choix en fait. » C’est ainsi qu’il entra en mission le 22 mars, débutant par un percutant 7-1 contre le jeune Macédonien Stefan Stojanovikj, tout de même finaliste mondial en espoirs en octobre dernier et médaillé de bronze des championnats d’Europe espoirs début février. Luca Costa, le Belge vice champion d’Europe 2022, ne pèsera guère plus lourd face au Français, encaissant un limpide 6-0 sans trouver à y redire.
Seck, tout sauf un hasard
L’heure était alors venue de retrouver, chez lui, l’Espagnol Babacar Seck, adversaire contre qui Mehdi Filali avait bien cru l’emporter en quarts de la Premier League du Caire fin janvier avant d’être rappelé sur le tapis trois quarts d’heure après la fin de leur combat pour en redisputer les ultimes secondes avec trois points de moins au compteur. « Pendant la préparation de ces championnats, je lui avais glissé que je pressentais qu’il allait l’affronter de nouveau, raconte Nadir Benaissa, entraîneur national référent de l’athlète de l’USL Mont-Saint-Martin. Il fallait qu’il parte du principe que son tirage allait être très dur, qu’il anticipe cette grosse journée à sortir. Ce qu’il a parfaitement fait, en se donnant tous les moyens pour arriver totalement investi et concentré sur la tâche à accomplir, mais également très relâché. Il avait le sourire avant de monter sur le tapis, car il savait ce qui l’attendait, et il n’y a pas eu de surprise. »

Renouer avec l’or
Cette fois, l’accession pour le dernier carré était bien pour le tricolore, récompensé de son activité aux drapeaux alors que le score était resté nul et vierge, qui s’attaquait alors à d’autres retrouvailles douloureuses. L’Ukrainien Ryzvan Talibov n’était en effet nul autre que celui qui avait privé Mehdi Filali de demi-finale lors de l’édition 2022 de Gaziantep, après un duel à couteaux tirés conclu à 7-7. Nouvelle égalité cette fois, mais avec le senshu du bon côté, qui lui assurait un premier podium continental depuis son argent décroché en espoirs en 2018. Pas suffisant pour combler son appétit d’or. « En regardant mes statistiques à l’international, il fallait remonter jusqu’à la Premier League de Rabat en 2018 pour retrouver une première place, souligne le +84kg. Là encore, je ne me suis pas laissé d’autre alternative que de l’emporter pour mettre fin à cette éternité sans titre. Par chance, il me restait à affronter le Grec Georgios Tzanos, qui combattait déjà à l’époque de Nadir et sur qui nous disposions donc de beaucoup d’éléments pour bien préparer cette finale. » Avec désormais dix podiums européens au compteur du haut de ses trente-trois ans, le Grec est connu pour endormir ses opposants, par un faux rythme duquel il sait magnifiquement sortir pour aller marquer le point qu’il faut. « La consigne était très claire pour Mehdi : il ne fallait pas rester dans son cadre, mais bien imposer son karaté, et prendre les temps morts à son compte pour le pousser à l’erreur, précise l’entraîneur national. Mehdi a su se montrer patient, jusqu’à ce premier point qui l’a libéré pour dérouler ensuite. Du début à la fin de ces championnats, tout ce qui aura été mis en place s’est finalement déroulé comme prévu, et c’est de ça qu’il va falloir se souvenir pour appréhender les prochaines compétitions. Cet état d’esprit de conquérant, fier de combattre, a été la clé qui l’a amené à ce titre. »

Un socle sur lequel grandir
Une consécration qui est loin d’être une surprise pour les observateurs les plus attentifs de la discipline, à commencer par la légende allemande Jonathan Horne, champion du monde des poids lourds en 2018 et septuple champion d’Europe. « Lorsqu’il est venu me voir pour nous adresser ses félicitations, il m’a dit que ça faisait déjà un petit moment qu’il méritait cette victoire, ajoute Nadir Benaissa, conscient lui aussi de longue date de la valeur de son protégé. Mehdi était déjà craint avant cette médaille d’or, cela ne va pas changer de ce point de vue. En revanche, il a pu voir qu’il avait toutes les capacités de réaliser de grandes choses s’il s’engage à fond. Tout ce qu’il doit désormais mettre en place ne doit plus viser que la gagne, et je vais y veiller fermement. » Ça tombe bien, Mehdi Filali est déjà tourné vers les championnats du monde de Budapest en octobre prochain. « Ce qui est bien, c’est que l’on va avoir le temps de bien se préparer de nouveau, contrairement à toute cette période inédite de la qualification olympique où l’on a tous pris plusieurs années d’un coup à aller combattre tous les quinze jours aux quatre coins du monde. Moi qui voulais tout arrêter après avoir vu à la télévision des gars que je battais en tournoi finir médaillés à Tokyo, je suis désormais certain que l’on ne pourra jamais me retirer ce titre, et je dois m’en servir pour m’installer durablement dans la catégorie. Car il ne faut pas oublier que je n’ai encore que vingt-trois ans, et qu’il me reste encore du temps pour étoffer mon palmarès. » Le karaté français n’en attend pas moins de la part de l’un de ses prodiges.
MEHDI FILALI EST CHAMPION D’EUROPE
Mehdi Filali en mode Avengers face au Grec Tzanos! Le Français n’a jamais laissé espérer une seule seconde son adversaire, ce titre des +84kg, c’était POUR LUI ET PERSONNE D’AUTRE!
C’est le 1er titre pour l’Équipe de France … pic.twitter.com/VTfa4rEvho
— FFKarate (@ffkarate) March 25, 2023
