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Mehdi Filali, l’envol du minot

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Mehdi Filali a réalisé une année 2023 extraordinaire. Accomplissements personnels, professionnels et sportifs,  l’enfant de Marseille signe un incroyable doublé en montant sur le toit du Monde, après avoir conquis l’Europe en mars dernier.

« Champion du monde… Honnêtement, je ne me voyais pas à cette place-là. C’est celle des Steven, Kenji (Grillon), Alexandra (Recchia), des modèles pour moi. C’est vraiment difficile de réaliser que moi, Mehdi, le petit gamin de Marseille qui vit une vie banale, je suis sur le toit du monde. » C’est peut-être précisément cette approche, à la fois humble et ambitieuse, qui a conduit, samedi dernier, Mehdi Filali à remporter le titre mondial en +84kg. Le premier pour le karaté français depuis le regretté Alain Le Hétet, en 1994, à Kota Kinabalu, une campagne d’exception pour le karaté tricolore en terres malaisiennes.

Filali pour une filiation…

Nadir Benaïssa, qui le côtoie depuis ses jeunes années et l’a accompagné dans la box de coach à Budapest, retrace ce parcours fait de prise de conscience et de passage de cap en Hongrie. « Le point d’ancrage, c’est évidemment ce titre européen remporté en mars dernier en Espagne. Cela lui a donné de la confiance, bien sûr, mais aussi de la motivation pour aller plus loin après une course olympique qui lui a pris beaucoup d’énergie. Sur quatre ans, c’est presque deux carrières qu’il a dû faire et, en Espagne, il a réalisé qu’il pouvait faire de grandes choses. Il s’est dit que c’était cette année, lui qui a aussi trouvé une grande stabilité dans sa vie personnelle et professionnelle, un contexte qui lui a permis de se concentrer pleinement sur la recherche de performance sportive. Nous avons beaucoup discuté car il s’est dit que c’était le titre ou rien, et cela lui a mis beaucoup de pression. Mais je l’ai vu se préparer comme jamais, y compris sur le plan physique, même s’il manque un peu d’opposition au niveau national de ce point de vue. » Après un premier tour à sa portée contre le Kenyan John Kyalo dont le 8-0 final ne donnait paradoxalement pas tous les signaux d’un premier tour maîtrisé, le deuxième, face au Thaïlandais Teerrawat Kangtong, confirmait ce démarrage poussif avec une victoire aux drapeaux face au médaillé de bronze des championnats d’Asie.

« Il avait le flow »

Un mal pour un bien ? Mehdi Filali, en tout cas, a pris de la hauteur pour trouver le relâchement qui lui manquait. « Clairement, à partir de ce troisième tour contre le Croate Kvesic (double médaillé mondial et champion d’Europe 2022, NDLR), il a marché sur l’eau, dans cet état de “flow” qui permet les grandes performances », révèle Nadir Benaïssa. Un combat très âpre où il récite pourtant son karaté, pour une victoire 4-0. « Même depuis la chaise, j’ai été impressionné, confie l’ancien champion du monde par équipes. Il l’a balayé, au sens propre comme au sens figuré, c’était très impressionnant. » S’en suit une très longue attente de près de quatre heures suite à une réclamation dans l’autre demi-tableau, un potentiel point de bascule entre un Filali qui garde l’influx et l’écueil d’un rythme rompu. « À ce moment-là, c’est un peu quitte ou double, il a fallu mobiliser Mehdi sans lui couper les jambes, sans trop savoir quand il allait pouvoir disputer son quart », concède Nadir Benaïssa. Face à lui, le Néerlandais Timmermans, qui combat sous le drapeau de Curaçao, un combattant difficile à cerner mais qui allait subir le combat face à la solidité du Français, prompt à couper tous les démarrages (6-1). La demi-finale, elle, face au champion olympique Sajad Ganjzadeh avait valeur de finale. Un combattant qu’il avait déjà battu, notamment à l’Open de Paris sur un mawashi jambe arrière d’anthologie.

© Denis Boulanger

Appliquer la stratégie

Depuis, l’Iranien avait souvent pris le dessus sur lui, devenant champion olympique à Tokyo. La suite, c’est le néo-champion du monde qui le raconte. « Je me sens bien sur ce combat, je vois précisément ce que je dois faire tandis que Nadir, sur la chaise, comme sur le combat précédent, me rappelle le plan sereinement. Je n’ai pas d’autre choix que de gagner cette demi-finale : j’enquille les points, évidemment il n’abandonne rien et je me fais une légère frayeur quand il revient à 4-3, mais je ne me désunis pas et je termine sur une 8-3. Là, ça a été très fort comme sensation, une joie énorme, peut-être plus même qu’après la finale. Enfin, le cap était passé… » « Une finale, ça se gagne », dit-on. Les clés ? « C’est une nouvelle compétition, un jour, un combat, sans que l’on ne parle ni de finale ni de titre mondial, explique l’entraîneur national. Mehdi avait déjà perdu aux mondiaux jeunes au Chili en 2019 face à cet Égyptien au karaté très propre. On savait que son schéma serait d’accélérer en fin de combat, donc il fallait avoir l’ascendant d’entrée. Mais, tout de suite, j’y ai cru : quand j’ai regardé l’Égyptien, je voyais du stress, sans doute parce que son compatriote venait de l’emporter en -84kg. Je n’en ai pas parlé à Mehdi, mais je sais comment il est, je le connais bien. Sur la dernière minute se passe ce qui était prévu : l’Égyptien doit se livrer car même s’il y a 0-0, Mehdi a l’ascendant et il serait passé aux drapeaux. En s’exposant, il est tombé dans le piège. À 1-1, Mehdi a désaxé sur l’attaque adverse et lui met mawashi au corps. »

« Il répand des choses positives »

Une gestion magistrale, le Marseillais de vingt-quatre ans est champion du monde. Les deux hommes tombent dans les bras l’un de l’autre. Le nouveau champion du monde est avalé par le collectif France, les larmes coulent. « Le chemin a été long, mais il y est arrivé. Je suis fier de lui, je suis fier pour lui, insiste Nadir Benaïssa. Pour lui, pour ses parents, pour son entourage qui l’a toujours soutenu, suivi et encouragé, malgré toutes les difficultés. C’est un champion d’une grande valeur humaine et ça rend le truc encore plus fort : c’est un gars proche des gens, avec beaucoup de valeurs, qui répand des choses positives autour de lui, bien éduqué par ses parents, qui en ont fait quelqu’un qui gagne à être connu et respecté des gens. » On ne saurait mieux dire.

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