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Nohan Dudon, tel un aigle impérial

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En progression constante, le Varois de vingt-deux ans a décroché l’or européen en para-karaté catégorie déficience visuelle. Une trajectoire peu commune pour un compétiteur qui se projette loin.

C’est à l’âge de trois ans que Nohan Dudon, atteint du syndrome de Lyell, perd la vue. Ses parents l’inscrivent un an plus tard au karaté. Sur les tatamis, il crée du lien et trouve son terrain d’expression. « Pour moi, le karaté a longtemps été un simple loisir. En revanche, dès le début, j’ai pratiqué avec les valides. Je ne pensais même pas à faire des compétitions para, d’autant que ce n’était alors pas développé. Je m’adaptais à mes partenaires, ils s’adaptaient à moi, et il n’y avait plus de différence entre eux et moi. » Un plaisir simple de pratiquer qui prend une tout autre dimension au début des années 2010. Le néo-champion d’Europe raconte. « J’ai participé à mes premières compétitions nationales au collège, puis à mes premiers championnats de France kata en 2016. Je me mesurais encore aux valides. Quand j’arrivais sur le tatami avec ma casquette et mes lunettes de soleil, il y avait des regards évidemment, sans doute quelques réticences, il a fallu expliquer, mais ça a été accepté au fur et à mesure. En parallèle, le para-karaté commençait à se développer. » Lui trouve la clé de l’apprentissage. « Quand j’ai commencé, je travaillais avec des élastiques, des poids, des mannequins, pour sentir la position. J’ai un petit peu de vision, donc je pouvais aussi me baser sur des vidéos, les grossir, les regarder au ralenti. Je travaille avec des gens performants, qui savent me transmettre les bonnes informations à l’oral pour m’expliquer, par exemple, quel muscle contracter pour tenir telle posture. »

©Denis Boulanger
©Denis Boulanger – Gankaku de Nohan Dudon en finale

Trop jeune pour les Europe 2018

L’adolescent se fait petit à petit un nom, et trouve sa place. « En 2018, je suis devenu champion de France para. Étant mineur, je n’ai pourtant pas pu participer aux championnats d’Europe. Alors j’ai attendu mon tour, je me suis préparé, j’ai pris part à d’autres compétitions, j’ai fait des médailles, et j’ai progressé dans ma pratique. » Si la covid-19 prive Nohan de plusieurs occasions, il peut finalement participer à ses premiers mondiaux en 2021. « J’en suis reparti avec une médaille d’argent, et ça a été le début d’une belle série. J’ai enchaîné avec tous les championnats internationaux les années suivantes, avec un podium à chaque fois. J’ai aussi eu la sensation de m’améliorer de compétition en compétition, d’arriver plus fort à chaque fois… Une nécessité parce que tous mes adversaires progressent aussi régulièrement. »

Un bond dans la préparation

Pour enfin accrocher son titre continental après deux médailles de bronze en 2022 et 2023 et une nouvelle médaille mondiale en octobre dernier, le karatéka s’est préparé à tous les niveaux, montant d’un cran tous les curseurs de l’exigence. « Ces derniers mois, j’ai changé de club, d’entraîneur, d’université, de ville. J’ai signé à l’AAS Sarcelles, et j’ai commencé à travailler différemment avec Ahmed Zemouri, Manon Spennato et Lucas Jeannot. J’ai toujours eu beaucoup de puissance et de force dans mes katas, mais je pêchais en technique. J’ai donc travaillé sur la finesse de mes trajectoires et de mes positions. » La clé, c’est aussi cette préparation mentale mise en place pour aborder la compétition dans un bon état d’esprit. « Pour pouvoir m’exprimer pleinement, poser mes appuis, être précis dans les gestes, je devais gagner en sérénité. Avec l’équipe, nous nous sommes concentrés sur une ambition : être impérial. »

©Denis Boulanger
©Denis Boulanger – Manon Spennato et Nohan Dudon après la victoire de Nohan

Dans sa catégorie à Zadar, Nohan Dudon a fait face aux meilleurs. « Ma poule était restreinte. Je n’ai eu qu’un tour éliminatoire que j’ai passé sans accroc, ce qui m’a envoyé directement en finale. Je suis resté à l’écoute de mes sensations, sans penser aux petits problèmes, aux bruits dans la salle. Je me devais de confirmer ma place. J’étais prêt pour ça, et je savais que c’était mon moment. » Un état d’esprit qui l’a porté jusqu’à la victoire, avec un écart de presque quatre points sur son adversaire. « Je me suis senti bien tout du long. Et quand les Français ont crié très fort à l’annonce des résultats, j’ai compris que j’avais gagné. À ce moment-là, j’étais dans un état second. Vraiment une très belle sensation… » Un moment partagé avec sa famille, qui l’a soutenu à distance. « Ils étaient tous devant la télévision pour m’encourager, et ont crié de joie à l’annonce de ma victoire. Ils ont même tiré des feux d’artifice dans mon quartier de Vins-sur-Caramy. »

©Denis Boulanger
©Denis Boulanger – Célébration de Nohan Dudon après sa victoire

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