L’esprit d’équipe
Arbitres nationaux depuis 2009, membres de la commission nationale d’arbitrage (CNA) depuis respectivement 2017 et 2018, Ils incarnent la dynamique de l’arbitrage français. Interview croisée pour comprendre ce qui a été mis en place ces derniers mois et les projets à venir.
Une équipe qui partage
Jeremy Sutera Sardo : « Responsable régional d’arbitrage pour le Grand Est, j’ai eu l’opportunité dès 2016 de porter certaines idées au niveau national, notamment sur l’aspect formation des jeunes arbitres, la filière dont je suis issu. J’y ai reçu un accueil très favorable. L’idée phare était alors de mettre en place un système de management des responsables régionaux, auxquels faire confiance pour qu’ils transmettent l’information reçue au national. Une volonté de s’appuyer sur des hommes et des femmes compétents pour rassembler et transmettre… mais aussi faire remonter des questions et des problématiques des départements et des clubs. Charge à nous de fournir des moyens, des solutions, des réponses concrètes pour soutenir ou corriger ce qui devait l’être. C’est devenu notre socle commun : une équipe qui partage. »
Sébastien Uhring : « Compétiteur, je suis venu à l’arbitrage pour poursuivre mon engagement au plus près de la compétition, et ne pas quitter cette adrénaline qu’elle procure. L’approche ludique, l’atmosphère de travail positive pour rendre le collectif meilleur, la pédagogie, ont résonné chez moi qui suis formateur (Directeur du Campus Nancy Programme Bachelors et Masters au CESI de Nancy, NDLR). Avec tout cela, et beaucoup de travail, je pense que nous avons construit, ensemble, un karaté français ambitieux, solidaire, souriant aussi. Un maillage qui fonctionne, et une relation avec les acteurs, coaches et athlètes, qui s’est améliorée également, sur la base du dialogue.»

Arbitrage mais aussi pratique quotidienne et dans les dojos chaque semaine. « Six d’entre nous viennent de passer leur 6e dan. C’est important de sentir pour ressentir, c’est à cela que sert la pratique », souligne Sébastien Uhring, par ailleurs arbitre international depuis 2020 (depuis 2017 pour Jeremy Sutera Sardo).
Trois orientations prioritaires
1.Sutera-Sardo : « Nous nous sommes attachés à développer et encourager la filière des jeunes arbitres d’abord, à travers le concours des jeunes arbitres, ce nous a permis de passer de 20 à 100 candidats par session en quelques années. Cela s’inscrit dans une logique plus large de formation des arbitres, notre deuxième grand dossier. Nous avons créé un manuel pédagogique pour former dans les clubs, des tutoriels pour les responsables régionaux afin qu’ils sachent bien accueillir les candidats et nous souhaitons aller plus loin. Ainsi, l’objectif, d’ici la fin de la saison 2024-2025, est d’aller plus loin en digitalisant nos contenus de formation comme cela existe pour le TFP, le DIF ou d’autres formations. Parce que construire notre programme de formation est une nécessité et qu’il doit être rendu accessible au plus grand nombre. »
2.Uhring : « Enfin, nous sommes aussi très attentifs à la féminisation des arbitres et cela va dans le bon sens. Nous constatons à nouveau, sur la saison écoulée, que de plus en plus de femmes nous rejoignent, notamment chez les jeunes où elles étaient d’ailleurs plus nombreuses que les garçons lors de la dernière session. Pour cela, nous avons mis en place des groupes au sein des écoles régionales, parfois déclinés au niveau départemental, voire même pour des interventions dans certains clubs. »
Bruno Verfaillie, homme clé
1.Sutera-Sardo : « Dans cette construction, dès l’accueil dans l’arbitrage, nous avons pu compter sur nos aînés, qui nous ont ouvert la voie, et sur un leader, Bruno Verfaillie, alors déjà lui-même pleinement investi dans et pour l’arbitrage. C’est un véritable chef de projet qui sait gérer les dossiers, fixer des objectifs clairs et trouver les moyens nécessaires pour les mener à bien. Tout cela nous a fait progresser. »
2.Uhring : « Oui, ce talent de meneur d’hommes, qui rassemble les compétences, sait décider mais aussi déléguer avec une grande confiance, c’est précieux pour l’institution et motivant pour tous : avec lui, quand un projet démarre, on sait que cela va aller au bout ! »
La construction d’une communauté
1.Uhring : « Dans cette exigence, il y a aussi beaucoup de bienveillance. Il s’intéresse aux autres, se préoccupe de celles et ceux qui l’entourent, écoute… C’est d’abord grâce à lui que s’est créé cet esprit d’équipe qui nous unit tous depuis quelques années. C’est ce qui a véritablement développé cette communauté, j’allais dire une famille, avec de l’intelligence et de l’attention aux autres. C’est ce qui nous donne envie de nous retrouver et de donner chaque semaine de notre temps et de notre passion sur les tatamis. Quand on parle de corps arbitral, c’est une réalité : nous sommes désormais 1700 arbitres, tous niveaux confondus, dont quatre-cents arbitres nationaux, soit quatre-cents de plus que lorsque Bruno a pris la direction de la CNA (Commission Nationale d’Arbitrage). »
2.Sutera-Sardo : « Cela aussi, c’est une belle réussite : nous avons décloisonné l’accès à l’examen national avec quatre examens par an désormais au lieu d’un (Kata et combat A et B en alternance, examen départemental et examen jeunes, NDLR), afin de mettre en place des paliers qui permettent de conserver la motivation de tous. Ce sont ainsi près de cent candidats qui se présentent à chaque session alors que le nombre était bloqué à soixante dans le passé, tout cela sans altérer ni la qualité de la formation, ni les critères d’évaluation. »
Grandir par l’arbitrage
1.Sutera-Sardo : « Nos actions se doublent d’un discours clair autour de l’arbitrage, qui est exigent, il faut le dire : c’est un parcours valorisant pour les compétiteurs qui aiment la compétition et peuvent aller vers le haut niveau via l’arbitrage, potentiellement jusqu’à un statut d’arbitre de haut niveau reconnu par le ministère des Sports pour les plus motivés. »
2.Uhring : « Il faut également rappeler que s’engager dans l’arbitrage et y évoluer, c’est la possibilité de prendre des responsabilités, une formation à savoir trancher, à prendre des décisions, à les assumer, à être dans le dialogue, à savoir gérer des enjeux, prendre des décisions fortes… Comme le grade de ceinture noire qui a de la valeur dans notre société, arbitre, c’est un parcours, je peux en témoigner, que l’on valorise au-delà de la sphère du karaté, dans le monde professionnel. »
