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Hommage Jo Gofin, le karatéka idéal

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Joseph Gofin, dit Jo, s’en est allé. Avec lui, c’est une idée du karaté qui est partie. Immense champion des années 80-90, arbitre, professeur, expert 8e Dan, il était aussi un homme reconnu pour ses grandes qualités humaines. Hommage à un Senseï.

Il est de coutume, quand une personne décède, de lui rendre hommage, d’oublier ses travers et d’omettre ses défauts. Concernant Joseph Gofin, dont les obsèques se déroulaient aujourd’hui à l’église chrétienne de Rabat (Maroc) en présence de nombreuses personnalités du karaté français, c’est d’autant plus aisé car il faisait l’unanimité.

« Je ne l’ai jamais entendu dire de mauvaises choses, haineuses ou méchantes, sur quelqu’un », assure Hassan Fekkak, son ancien compère de club et actuel directeur du comité olympique marocain. « Quand Jo avait un différend, il disait les choses à la personne d’une façon factuelle, sans chercher à salir son image. »

« LE KARATÉ FRANÇAIS PERD UN GRAND HOMME », Serge Chouraqui

« Je ne l’ai jamais vu en colère, jamais vu énervé », enchaîne Serge Chouraqui, son entraîneur au SIK Paris dès les années 1980 et actuel secrétaire général de la FFK. « Il était très apprécié. Quand j’ai annoncé son décès à tout le club, ça a été un effondrement général. Il avait une empathie extraordinaire. Il était ce que j’appelle le karatéka idéal, aussi bien techniquement qu’humainement. Partout où il est passé, il a laissé sa marque. Le karaté français perd un grand homme. »

« Le mec adorable dans tous les sens », poursuit Jacques Tapol, champion du monde 1986 et son partenaire en équipe de France. « Une fois, j’avais paumé mon kimono. Jo m’avait appelé pour me dire qu’il l’avait récupéré. Il m’avait repassé mon kimono nickel. Il avait glissé une feuille de soie où il avait écrit « j’ai repassé comme pour moi ». C’est magnifique, non ! Jo, c’était le pote idéal, toujours joyeux, avec un rire communicatif. »

« C’ÉTAIT QUELQU’UN QUI SAVAIT TRANSMETTRE ET QUI A BEAUCOUP TRANSMIS », Marc Pyrée

Jo, c’est donc Joseph Gofin, né en 1953 en Guadeloupe, sept fois champion de France (-65 kg), vice-champion d’Europe (1983), international des années 80-90, 8e Dan à l’heure de son au revoir, plus d’un demi-siècle après avoir débuté le karaté Shito ryu dans les Yvelines.

Au milieu des années 80, il prend sa licence au SIK Paris. Avec les Serfati, Gomis, Cherdieu, Pyrée… Il gagnera (et contribuera fortement à gagner) de nombreux titres, dont celui de champion d’Europe en 1992. « Jo, c’est mon aîné de 7 ans, c’est mon grand frère, un ami cher et sincère », raconte Marc Pyrée, champion du monde 1990. « Il m’a vu débuter, il m’a tout appris. C’était quelqu’un qui savait transmettre et qui a beaucoup transmis. Il avait une technique extraordinaire, et un mental !… Il ne lâchait jamais rien ! Il méritait de gagner au moins une fois le championnat du monde. Ça ne s’est pas fait, mais cela n’enlève rien à la grande carrière qu’il a eue. Je trouve qu’il n’a pas eu la reconnaissance qu’il aurait méritée. C’est mon gros chagrin pour lui. »

« C’EST LE SEUL MEC QUE J’AI VU PLANTER EN COMBAT UN KANI BASAMI », Jacques Tapol

Le palmarès international de Jo Gofin ne reflète effectivement pas son karaté qui était techniquement très propre. « C’est le seul mec que j’ai vu planter en combat un Kani Basami (pince de crabe), un mouvement impossible à faire ! », s’enthousiasme encore Jacques Tapol. « Il avait une très belle technique, était très fort en kata. Il était élégant ».

« Il avait tout », reprend Serge Chouraqui. « Il avait cette vision du combat qui permet l’anticipation. Il avait surtout une vitesse d’exécution remarquable et un uraken de folie, qu’il suivait par un mawashi. Tout le monde adorait travailler avec lui parce qu’il était d’une propreté technique sans faille. C’était un des meilleurs -65 kg en Europe. »

« J’étais dans la même catégorie que lui. C’était le patron », se souvient Hassan Fekkak. « On s’entraînait ensemble au SIK où je suis arrivé en 1990. Je le charriais en lui disant que j’allais être son successeur. En 1991, j’étais en train de perdre ma demi-finale des championnats de France. Dans mon dos, j’entends une voix. C’était Jo qui me coachait depuis les gradins. J’ai gagné grâce à son coaching. Quand je pense à lui, je pense à ce bonhomme à qui je n’ai rien demandé et qui n’attendait rien de moi, et qui m’a donné de son temps, de ses conseils comme si on avait toujours travaillé ensemble. C’était une personne très généreuse. Il recherchait toujours à perfectionner ses techniques. Il disait : « la perfection n’existe pas, mais il faut toujours la rechercher, comme ça tu t’améliores. Par sa rigueur, Jo était un exemple pour nous ».

« JO ÉTAIT UN EXEMPLE POUR NOUS (…) C’ÉTAIT UN HOMME TRÈS DIGNE », Hassan Fekkak

Une fois sa carrière de combattant terminée, Jo Gofin se dirigera vers l’arbitrage, qu’il pratiqua plusieurs années. « Un excellent arbitre, très précis, très juste et très objectif », souligne Hassan Fekkak. Le champion s’est aussi tourné logiquement et naturellement vers l’enseignement, à l’ASPP Paris, son club pendant de nombreuses années, en Nouvelle-Calédonie, dans le Sud-Ouest où il enseignait dans les clubs de Raphaël Ortega, puis, après un deuxième séjour néo-calédonien, au Maroc, où il était devenu le DTN de la Fédération.

« Il a commencé à faire du bon travail et, malheureusement, la maladie l’a obligé à s’éloigner de sa responsabilité », reprend Hassan Fekkak, qui l’a accueilli à Rabat. « Il s’est battu contre la maladie comme un guerrier. C’était un homme très digne. Même malade, il mettait le kimono. Il était heureux ici. Ce qui me fait mal au cœur, c’est qu’il n’a pas assez profité de ce bonheur qu’il avait construit ici, au Maroc. » Salut Jo !

Ludovic Mauchien