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Karaté

Dans nos territoires – Ép. 6 : Kim Dao Sainte-Clotilde

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À neuf mille deux cents kilomètres de la métropole, les clubs de karaté de La Réunion, bastions de passionnés, façonnent des parcours uniques. Cent quarante clubs répartis sur les deux mille cinq cents kilomètres carrés de l’île aux huit cent soixante mille habitants… C’est presque autant de clubs que dans la capitale française. À travers le prisme du club Kim Dao à Sainte-Clotilde, et de ses acteurs clés, plongeons dans l’univers du karaté réunionnais, entre transmission des savoirs, ambitions sportives et défis logistiques.

« J’ai commencé le karaté grâce à mon meilleur ami qui était inscrit à Kim Dao. Un jour, alors que nous étions en train de nous chamailler au collège, il m’a mis par terre. Je lui ai demandé comment et où il avait appris ça. Le lendemain, j’étais déjà à l’entraînement au club, et je ne suis plus reparti depuis ». Nolan Essob, jeune élève de 18 ans, est presque ému au moment d’évoquer la genèse de son histoire, tant avec le karaté qu’avec son club, où il est inscrit depuis cinq ans. À la question « Pourquoi Kim Dao ? », sa réponse est sans équivoque. « Ici, nous ne nous sentons pas comme de simples adhérents qui viennent pour un ou deux cours dans la semaine. Nous sommes plus que ça. Nous faisons partie intégrante d’une communauté. » Ce qui fait sa force, c’est aussi sa créatrice et directrice, Natacha Randrante. Damien Techer, élève mais aussi professeur, ne tarit pas d’éloges sur sa collègue et amie « C’est extrêmement gratifiant d’avoir quelqu’un comme Natacha dans son club. C’est une grande athlète qui avait tout pour réussir à haut niveau. Elle a vécu beaucoup de bas et revient de loin. Elle n’a jamais lâché l’affaire et a toujours tout donné pour ses élèves. C’est la mentalité que tous les professeurs devraient avoir. »

Comme un déclic
Là où la plupart des enfants commencent le karaté vers l’âge de sept ans, Natacha Randrante découvre la discipline à douze, en 1987. Très vite, elle rattrape son retard, trace sa voie en compétition, et vise le haut niveau. Hélas, en 2003, après une blessure à la cheville droite, elle est contrainte d’arrêter définitivement la compétition. C’est alors que la Réunionnaise imagine un projet, alliant sa passion, toujours aussi vivace pour le karaté, et son envie d’apprendre aux autres. Le Kim Dao, la voie d’or en vietnamien, est né. « C’était la continuité logique de ma carrière. Je ne me voyais pas faire autre chose. Pendant longtemps, la compétition m’a animée. Et j’ai eu peur de ne pas retrouver les sensations qu’elle m’offrait. Puis, avec l’ouverture de mon club, j’ai vite compris ce à quoi j’allais consacrer le reste de ma vie : transmettre mon savoir et aider mes élèves à devenir meilleurs à leur tour. » Comme un nouveau déclic. Si Natacha Randrante a bien quitté le monde de la compétition, elle n’a pour autant pas arrêté de pratiquer. Elle a d’ailleurs récemment obtenu son 6e dan, devenant la première et unique femme réunionnaise haut gradée. « D’un point de vue personnel, c’est évidemment une très grande fierté. Du point de vue du club, c’est une bonne leçon. Ça montre à mes élèves qu’il faut toujours travailler dur pour atteindre le niveau supérieur, même en tant que professeur. Beaucoup me disent également que je représente un modèle pour eux, surtout les jeunes filles. » Jamais rassasiée, Natacha Randrante, en plus de ses fonctions au club, est aussi Directrice Technique Régionale de l’Île. « Ça demande beaucoup d’investissement. Mais quand on est passionné, on ne compte pas ! »

Défis insulaires
À ses débuts, Kim Dao n’accueillait que les enfants jusqu’à onze ans. Aujourd’hui, le club propose trois sessions différentes, des baby aux adultes, dont profite une cinquantaine de licenciés. Une belle évolution, malgré tout freinée par des défis financiers et logistiques très concrets. « Nous aimons notre belle île avec tout notre cœur. Mais il est vrai que la pratique du karaté et le développement d’un club sont plus compliqués qu’en métropole », admet Natacha. La structure du club est privée. « Ce n’est pas vraiment un choix, mais une obligation à cause d’un manque de structures communales et municipales. C’est aussi un coût financier important dont on aurait aimé se passer mais, pour l’instant, ce n’est pas possible. C’est dommage, car ça nous fait moins d’argent à investir ailleurs. » Parmi ces investissements, les déplacements en compétition, que le club est contraint de drastiquement rationner. Nolan Essob, qui a récemment obtenu son 1er dan, déplore cette problématique de l’éloignement « J’aime la compétition. Malheureusement, à La Réunion, il y a assez peu d’adversaires dans ma catégorie des plus de 84kg. Et nous pouvons rarement nous rendre sur les compétitions en métropole et ailleurs, car les transports coûtent très cher depuis notre île. Personnellement, je n’ai pas encore eu la chance de participer à un déplacement. Je devais me rendre à l’Open de France l’année prochaine, mais mon examen du baccalauréat m’en empêchera. Je rêve de pouvoir y aller un jour, tout comme au British Open. »

De nouvelles ambitions
Malgré ces obstacles, la cohésion et la proximité au sein du club semblent bien présents. Une relation professeur – élèves, mais peu de hiérarchie descendante, d’abord le sentiment d’une famille élargie. « Je pratique le karaté depuis l’âge de six ans, j’en ai trente et un… Et je connais Natacha depuis presque aussi longtemps. C’est une amie depuis de longues années. Ma fille s’entraîne avec elle, et j’en suis très heureux car j’ai pleinement confiance en elle et en ses qualités humaines » s’enthousiasme Damien Techer. Ici, chacun participe, à son échelle, à la vie du club. À l’image de Nolan Essob, régulièrement assistant professeur et utile pour l’organisation de la structure. « Depuis que j’ai eu mon premier dan, j’aide parfois Natacha à dispenser ses cours, de tant en tant à gérer l’administratif aussi. On essaie tous de l’aider comme on le peut. Même les petits veulent participer et là, on se dit qu’il y a ce petit quelque chose en plus qui nous unit tous. » De cet esprit d’entraide a aussi émergé l’idée d’être labellisé Karaté Santé, un objectif récemment atteint, dont Natacha Randrante est fière « L’année dernière, nous avions une personne en situation de handicap en cours, et cela nous a apporté à tous. Nous aimerions pouvoir en accueillir d’autres à partir de la saison prochaine. Nous venons de recevoir les diplômes, le projet se met donc doucement en place. Mais nous avons de belles ambitions ! ».
Kim Dao, bien plus qu’un lieu d’entraînement, incarne une communauté soudée, façonnée par la passion. Le témoin aussi de la force du karaté réunionnais. La voie d’or poursuit son ascension.