Alain Galiana : Un désir de sens peu commun

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S’il n’a découvert le karaté que sur le tard, Alain Galiana, cinquante-huit ans et 6e dan, est depuis lancé dans une quête effrénée de savoir. Un professeur qui transpire la passion, se donne sans compter et entraîne sa famille et son club du Perray-en-Yvelines dans son sillage. Vers une meilleure compréhension de la discipline et une pratique plus approfondie.

 

Si vous cherchez Alain Galiana, guettez sa silhouette élancée dans le dojo du Perray-en-Yvelines. C’est ici, au cœur de la forêt de Rambouillet, que le professeur a établi sa deuxième maison depuis vingt ans : il y dispense presque tous les jours des cours aux quelques cent-vingt licenciés de l’ESP, le club où il a débuté et qu’il a repris au milieu des années 2000. S’il ne s’y trouve pas, alors il est peut-être chez lui, le nez plongé dans un livre. « À la maison, il y a un bureau dédié au karaté, des livres qui traînent sur la table de chevet, mais j’essaie de circonscrire le tout, s’amuse sa femme Sylvie, qui partage la vie et la passion du haut-gradé, enseigne et dirige le club avec lui. C’est un féru d’histoire, il veut toujours en savoir plus pour mieux expliquer à ses élèves, leur raconter l’origine des katas par exemple. »

Incollable sur les noms et l’histoire de sa discipline, capable de dérouler l’origine d’un kata complexe, de reconnaître son style à certains détails, Alain Galiana n’est pas le genre à dérouler mécaniquement un enchaînement de techniques. « À un moment, il faut aller au-delà, comprendre le “pourquoi”. C’est ce qui m’intéresse, de tout associer, de pouvoir dire : “tel mouvement vient de telle origine, c’est tel maître qui l’a enseigné”. Ça donne plus de sens à ce que l’on fait », développe cet ancien conducteur de RER à l’enthousiasme débordant. C’est donc naturellement qu’il entraîne avec lui tous ses élèves dans cette quête de sens. « Les gens sont très intéressés, mais c’est peut-être parce que je les ai habitués », concède-t-il modestement. « Il est passionnant parce qu’il nous en apprend toujours davantage, complète Sylvie Galiana, 5e dan. À chaque cours, il distille un petit savoir supplémentaire. »

Insatiable

À l’ESP, les licenciés, des babys aux papys, sont encouragés à faire en fonction de leurs moyens, leurs envies et leurs objectifs. Mais à chaque niveau, le professeur – qui prépare minutieusement ses séances – ajoute cette dimension. Son énergie communicative et son amour du karaté font le reste. « C’est quelqu’un avec un grand cœur, qui donne tout et qui s’investit à fond pour l’ensemble de ses élèves, encense Valérie Chambi, élève devenue professeur à son tour. Il a des facilités pour apprendre, il retient facilement les choses, et il nous partage ses connaissances et sa motivation. » « Alain a atteint un certain niveau mais il ne vit pas sur ses acquis, observe Philippe Akir, élève de l’ESP depuis 2013, qui a longtemps évolué en shotokan mais est passé en shito-ryu lorsqu’il a choisi de rejoindre le club, séduit par la personnalité attachante et ouverte du prof. Quand on travaille une technique, il cherche toujours une nouvelle application, il rajoute toujours une dimension. Il se remet en question et nous pousse à faire pareil, à creuser. »

Son envie d’aller au fond des choses, Alain Galiana l’a d’abord explorée dans le rugby – quinze ans de pratique à bon niveau – le VTT où la planche à voile. À chaque fois, en procédant de la même manière : en s’investissant à 100 % et en entraînant tout son monde derrière lui. Il n’a découvert le karaté que sur le tard, à trente-sept ans. Après un an à accompagner et observer sa fille qui débutait, il a décidé de franchir le pas et de poser le pied sur le tatami. Un apprentissage rapide, des premiers diplômes d’entraîneur en 2001, puis la reprise du club avec sa femme. « Quand j’ai l’impression d’avoir touché le bout de quelque chose, j’ai besoin de changer : c’est ce qui s’est passé avec le rugby et les autres sports, explique-t-il. Après, le hasard a voulu que je pratique le karaté… et le karaté est tellement riche qu’il n’y a pas de fin, il y a toujours quelque chose à découvrir, que ce soit sur la philosophie ou la pratique. »

En famille

Cette enivrante quête sans fin, il la mène dans le sillage de Sensei Yasunari Ishimi, 10e dan shito-ryu, expert auprès de la fédération espagnole. « C’est ma principale source d’inspiration, souffle Alain Galiana. Je l’ai rencontré pour la première fois en 1999 et, depuis, je le suis dans pratiquement tous ses stages. On a une relation privilégiée, j’ai beaucoup de chance. » Portugal, Canada, Japon, Hongrie, Italie : il revendique plus de cent-dix stages au côté de l’expert japonais à travers le monde. « J’ai pas mal bourlingué, sourit-il. Quand on est prof de karaté, on est devant ses élèves, on inspire tout le monde. Mais il faut que nous soyons, nous aussi, inspirés. C’est très important de pratiquer, d’entretenir cette envie, cette soif de progresser. C’est pour ça que je fais tous ces stages, tous ces voyages. »

Des voyages qu’il partage avec sa femme Sylvie, qui a commencé le karaté peu après lui. « Il a un peu d’avance mais, à chaque étape, on se suit. Pourtant, lorsque j’ai commencé, j’avais juré que je ne passerai aucune ceinture, diplôme ou grade », sourit celle qui occupe le poste de présidente de l’ESP. Ce club, c’est donc aussi et surtout une histoire de famille. « J’ai énormément de chance d’avoir mon épouse à côté de moi dans ma pratique, savoure Alain Galiana. C’est ce qui me permet de faire tout ce que je fais aujourd’hui, de m’investir autant. » « Partager ça en couple, c’est une chance. Ça renforce nos liens », renchérit l’intéressée. Conséquence de cette ambiance, « dans le club, il y a peu de place pour l’ego, constate Philippe Akir, qui est devenu un ami et débat souvent avec Alain du sens de la pratique. Ceux qui ont de l’ego ne restent pas. » Et ceux qui restent finissent pas occuper une place particulière. « On fait plus que partager une même passion, on est plus que des amis, c’est notre famille », conclut Valérie Chambi, qui partage elle aussi sa passion avec un karatéka, Jerry… qui donne également des cours à l’ESP. Quand le mot « famille » prend tout son sens.

Gaëtan Delafolie / Sen No Sen

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