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Tatsuya Naka « Plus on est fort, plus on devient gentil »

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Il a le verbe rare, mais le sourire lumineux. Belle posture et geste ultra-précis, il est sans doute le plus élégant de la « JKA team ». Ce n’est pas lui qui le dit, modestie oblige, mais son ami Manobu Murakami, présent lui aussi sur le stage proposé ce week-end par Jean-Pierre Lavorato et la FFKaraté. Entretien avec Naka Tatsuya, « star » de la JKA.

Comment avez-vous commencé le karaté ?

Comme tout le monde à cet âge, je rêvais d’être fort et c’est… mon petit frère qui s’est mis au karaté au club du collège. Cela m’a motivé à le suivre. Ma mère y était favorable. Je m’y suis engagé aussi. Dès le début, et jusqu’à aujourd’hui encore, j’ai adoré. Notre professeur, Takagi sensei, enseignait le wado-ryu. Quand j’ai intégré l’université Takushoku, je suis entré dans le club shotokan dirigé par Katsunori Tsuyama. Les différences sont importantes entre les deux styles, par exemple la parade en age-uke est beaucoup plus haute en wado-ryu. Sur un seul mouvement, c’est au moins un an de travail pour modifier le geste réflexe.

© Alexis Sciard

Que vous est-il resté de cet apprentissage ?

Sans doute quelque chose d’essentiel dans les tai-sabaki et dans le concept « nagasu-inasu », l’idée d’esquiver, d’absorber et de frapper en même temps. C’est aussi l’approche plus jujutsu et sabre du wado-ryu qui m’a incité à prolonger ma pratique du karaté-do par celle de l’aïkido. Cela me permet d’approfondir l’esprit de l’esquive, celui des rotations et de pouvoir contrôler aussi bien que frapper, mais aussi d’aborder le travail avec arme.

Qu’est-ce qui vous a plu dans le karaté et qu’est-ce qui vous paraît l’essentiel dans cette pratique ?

Dès mes débuts, j’ai apprécié la dimension théorique de la discipline. J’aime la façon dont tout se met en place progressivement de façon précise, en combinant le déplacement, l’orientation du corps, la rotation des articulations, comment on parvient, pas-à-pas, à édifier tout un ensemble précis et efficace, si on travaille suffisamment dur. Et pour travailler dur, on travaillait dur à l’université sous la direction de Katsunori Tsuyama, qui nous faisait répéter les kihon jusqu’à ce qu’ils deviennent une part de nous-mêmes, comme la réponse naturelle à la situation. Et dans le travail de kumité, les sempai étaient particulièrement redoutables. J’ai eu les dents de devant cassées quatre fois ! On s’entraînait deux fois par jour, avec le travail physique, le makiwara le matin, le kihon et le kumité le soir. Au-dessus de tout cela, il y avait la figure de Tsuyama sensei qui m’inspirait un respect écrasant, comme il me l’inspire encore. Quant à répondre d’un seul mot à la dernière partie de votre question, je dirais que l’essentiel du karaté, c’est l’amour.

© Alexis Sciard

C’est-à-dire ?

Ce n’est pas du tout ce que je pensais plus jeune ni ce que je vous aurais répondu ! J’étais alors déterminé à progresser et à m’imposer, j’étais plus agressif. Mais plus on progresse, plus on devient fort, plus on a tendance à s’adoucir, à s’intéresser aux autres. Plus on est fort, plus on devient gentil. Ce qui me porte aujourd’hui, c’est essentiellement de rendre les gens heureux et c’est ce que fait le karaté dans la vie des gens. Et j’aime venir en France pour ça aussi. J’ai beaucoup de respect pour Jean-Pierre Lavorato qui est encore si présent et qui était devenu s’entraîner dans mon université alors que je n’avais que deux ans. Et, ici, la nourriture et le vin sont bons et rendent les gens heureux !

Quel est votre message lors d’un stage comme celui de ce week-end ?

Avec mon ami Manobu Murakami, nous amenons ici la technique du karaté traditionnel, que nous avons la responsabilité de transmettre, mais aussi une part de la culture japonaise, celle du budo. Nous venons ici pour dire aux Français de juste continuer à pratiquer avec la même énergie et la même sincérité. Je ne vois pas de meilleur message.

© Alexis Sciard

Vous êtes aussi une star de cinéma d’action, vous avez fait trois films. Quelle est votre motivation ?

Une star de cinéma, peut-être pas (rires) ! J’ai effectivement été sollicité pour un premier film de karaté, le producteur avait déjà visité beaucoup de dojos et j’ai finalement accepté en comprenant que cela ne déplaisait pas à l’organisation de la JKA, et même au contraire, car il est important de faire une publicité positive au karaté et le cinéma, avec sa portée mondiale, y parvient très bien. Pour moi, c’est un grand plaisir à faire et ça fait de bons souvenirs. Et ça ne me gêne pas de jouer les méchants D’année en année, j’en ai fait trois, et je vous annonce d’ailleurs que nous avons joué, Murakami-san et moi, dans un quatrième, un film américain dont le tournage vient de s’achever. Nous jouons le rôle des disciples du sensei Fumio Demura, qui était l’expert technique, je crois que c’est une sorte de Karaté Kid, mais je ne sais pas trop ! À l’origine, il y avait cinq films de prévus, mais comme Demura sensei vient de mourir, on ne sait pas. Peut-être allons-nous devoir choisir quel disciple entre nous deux va remplacer le maître ? En tout cas, c’est censé sortir cette année !

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