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France combats, périls et opportunités

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Le Directeur Technique National adjoint Olivier Beaudry le rappelait, en plus d’un beau titre à prendre, ces championnats de France 2024 étaient décisifs pour une sélection aux championnats d’Europe de Zadar au mois de mai. Certains ont trouvé la confirmation de leur statut… d’autres n’y sont pas parvenus, bousculés par une vague jeune qui ne manque pas de piquant !

C’était déjà la troisième fois que les championnats de France retrouvaient les installations professionnelles du Prado de Bourges, l’écrin habituel des exploits des « tangos », le prestigieux club de basket féminin de la ville. Un rendez-vous qui n’était sans doute pas le dernier comme l’explique Chantal Marmion, la souriante présidente de la ligue Centre-Val de Loire. « On nous dit que nous nous améliorons d’année en année ! Nous avions signé un bail tacite de trois ans avec le maire, Yann Galut, un passionné de karaté, et nous venons de nous mettre d’accord avec le président du Cher pour continuer, si la fédération nous le demande. Pour nous, c’est une façon de mettre nos licenciés en contact avec le haut niveau, c’est très formateur. » Quant à Najib Akram, le président du comité départemental du Cher et pilier de l’organisation de l’événement, il se projette lui aussi avec plaisir sur la suite, analysant les étapes franchies jusqu’ici : « Nous devions organiser ce championnat dès 2020, l’année où débutait mon deuxième mandat. C’était un de mes rêves de passionné. Je m’étais positionné auprès de Francis Didier, mais la covid nous en a empêchés en 2020, comme en 2021. Ce qui a changé depuis 2022 ? Sans doute mon niveau de stress ! Nous sommes à chaque fois plus rodés avec nos bénévoles qui viennent du département comme de toute la région. Nous avions, cette année, le projet d’être plus ouverts, meilleurs sur la communication, avec de l’affichage au niveau de l’Office du Tourisme par exemple. Nous avons voulu faire de l’animation, avec démonstrations et speaker, pour un autre type de public, avec un tirage au sort pour les enfants de quartier, des clubs de foot… Nous avons accueilli le foyer de jeunes en difficulté qui sont venus avec leurs éducateurs. C’est une façon de donner plus de sens, d’offrir des choses nouvelles, d’avoir un échange positif avec l’élite du karaté ».

©Denis Boulanger – Yann Galut, Maire de Bourges et Francis Didier, Président de la FFK

Un championnat piège
Une élite du karaté qui se retrouvait à pied d’œuvre pour un championnat piège, comme l’analysait Olivier Beaudry à la fin de la première journée : « Il y a eu beaucoup de compétitivité sur certaines catégories, des combats très tendus, car il y avait encore des enjeux de sélection pour les prochains championnats d’Europe. Mais il y a énormément de compétitions, notamment à l’international. C’est difficile d’être à son meilleur niveau toute la saison. On voit que certains sont parvenus à aller chercher ce qu’ils étaient venus trouver ici, mais pour d’autres, les organismes sont fatigués ». L’entraîneur Cécil Boulesnane faisait résonner la cloche sur une note un peu différente : « J’ai la responsabilité des jeunes alors j’ai forcément apprécié la dynamique qu’ils ont enclenchée samedi. Beaucoup de beaux espoirs ont su profiter de l’opportunité pour montrer qu’ils entrent dans le jeu des seniors ».

Garcia et Filali au rendez-vous
Exemplaires de cette éternelle bataille, le passage réussi par le niveau national de deux solides piliers de l’équipe de France, dont un en particulier avait ici un défi à relever, Nancy Garcia (+68kg), et notre illustre champion d’Europe et champion du monde Mehdi Filali (+84kg). « Ce n’est jamais facile de combattre en France, quand tu as fait une saison réussie. Tu es un peu l’homme à abattre, explique l’élégant Mehdi Filali de la Team FKA Marseille, vainqueur ce week-end de son deuxième championnat de France seniors en individuels. J’ai longtemps été immobilisé par la blessure au scaphoïde que j’ai subie au second tour des championnats du monde par équipes. Je viens tout juste de reprendre et c’était un test. Pour finir, il s’est plutôt bien passé, non ? J’ai réussi une technique de jambes à chaque tour, ça me donne confiance pour les championnats d’Europe. Il me reste à travailler ma condition physique et à mieux démarrer mes combats ». Alors que l’ancien titulaire en équipe de France Fadel Boussag restait dans les starting-blocks, c’est l’un des protégés de Cécil Boulesnane, Adam Tadjer, seize ans, champion d’Europe juniors en titre et « respirant le karaté » comme le considère son entraîneur référent en équipe de France, qui se hissait en finale en disposant au passage du futur médaillé de bronze, l’ancien rival de Mehdi Filali dans la course aux Jeux, Dnylson Jacquet, de retour aux affaires.
Quant à Nancy Garcia, frustrée de sa performance aux derniers championnats du monde et freinée par les blessures, elle parvenait cette fois à redorer son blason, en disposant au passage de la championne de France espoirs Emma Coranson Beaudu, sa partenaire de club à Sarcelles.

©Denis Boulanger – Technique de jambe pour Mehdi Filali

Continuer d’apprendre
Si les médaillées mondiales Laura Sivert (-61kg) et Alizée Agier (-68kg) avaient la permission de se dispenser de ces championnats de France individuels, les autres leaders français étaient sur le pont et ce ne fut pas facile pour tout le monde. Niswa Ahmed (-50kg) et Jennifer Zameto (-61kg) étaient écartées au premier tour et Enzo Berthon (-75kg) au second. Assma Charif (-55kg), n’était pas repêchée, Raybak Abdesselem (-84kg) était dominé en demi-finale par Selwynn Meril, qui parvenait à marquer d’entrée au corps et à prendre le large pour gérer tranquillement le combat pour un 8-2 sans bavure… avant de devoir s’incliner en finale devant le guerrier de Sarcelles, Dany Makamata, qui, à vingt-six ans, décrochait enfin le titre national d’un énorme yoko-geri qui faisait basculer le combat. Même la féroce Thalya Sombe (-68kg), très attendue dans le rôle de suppléante dans la catégorie d’Alizée Agier, et brillante en demi-finale face à Sarah Nicollo avec un balayage de génie effectué à la main au ras du sol sur le talon adverse, laissait en finale la combattante d’Evry Imane Hassouni prendre sa plus belle médaille nationale au profit du premier point marqué (3-3), comme elle avait d’ailleurs déjà dû céder en finale de la coupe de France à l’Espagnole médaillée européenne Maria Isabel Nieto Mejias. À vingt ans, la brillante médaille d’or du « Premier League » de Paris cette année, apprendra sans doute beaucoup de ces deux frustrations dans le combat final, c’est en tout cas ce que l’on peut lui souhaiter.

Sortir de l’ombre
Les deux légers masculins, Amine Hellal en -60kg et Younesse Salmi en -67kg furent à la hauteur du défi. Champion d’Europe espoirs, Amine Hellal gérait sa journée sans grandes frayeurs, le combattant d’Argenteuil ne perdant ses premiers points qu’en demi-finale face à Tidiane Givernaud, avant de s’imposer dans une finale serrée (2-1) à Milton Boisseron, sur une frappe décisive dans les dernières secondes, validée à la vidéo. « J’ai gagné le championnat européen en espoirs, il fallait confirmer dans la catégorie seniors. C’était un peu difficile au début, comme d’habitude, parce que je suis un peu diesel, mais au fil des tours, je me suis mieux senti et c’est chose faite. J’ai bientôt vingt ans et le challenge pour moi est de m’installer parmi les meilleurs en seniors, un niveau au-dessus ». Le championnat tranquille, Younesse Salmi ne pouvait pas le revendiquer. Il était en effet mené de quatre points en finale à l’entrée de la dernière minute par Hairiss Hierso – deux beaux coups de pied au corps – avant de revenir dans le sillage d’une frappe au visage et d’un coup de pied au corps dans la foulée, et de l’emporter à trois secondes du gong d’un coup de pied qui ne levait qu’un drapeau mais était validé à la vidéo. Le meilleur combattant du Gonesse Karaté Club avait été omniprésent sur la plus haute marche du podium national avant et après le covid et avait même gagné sa place dans l’équipe nationale médaillée européenne et mondiale en 2023. Mais malgré tout cet or et ses médailles, dans l’ombre épaisse de son leader champion du monde et olympique Steven Da Costa, il avait paradoxalement montré moins de réussite depuis l’éloignement de ce dernier, laissant notamment la coupe de France au vétéran Marvin Garin. Victoire difficile ici, mais néanmoins rassurante… « Si certains me voient comme un successeur possible de Steven, je ne raisonne pas comme ça. Je m’entraîne pour prendre les meilleurs qui se présentent. Que Steven soit là, ou pas, j’ai l’impression que cela ne change rien pour moi. Aujourd’hui, mon objectif est atteint. Je garde la tête sur les épaules, j’avance un pas après l’autre. Il faudra que j’analyse ce qui n’a pas fonctionné dans mes combats aujourd’hui pour espérer faire mieux si je suis sélectionné pour les championnats d’Europe. »

Seize et dix-sept ans en finale
Quand les titulaires ne parviennent pas à prendre la main sur le championnat, les combats décisifs se jouent souvent entre le jeune du moment le plus intenable, et le plus solide des expérimentés. En -50kg, Tiphaine Bonnarde, ancienne représentante du Grand Est et de son club de Longwy, aujourd’hui licenciée au Karaté Élite Argenteuil, championne en titre et fidèle au poste depuis des années, parvenait à récidiver en s’imposant aux dix-sept ans de la Marseillaise Jade Diassinous-Mendil. En -55kg, c’était la titulaire des championnats d’Europe seniors 2022, Tylla Levacher, championne de France espoirs 2022, qui dominait en finale pour Sarcelles ce championnat seniors 2024 face à sa camarade de club Jenna Touvrey, en bronze à la coupe de France espoirs au mois de novembre dernier. En -75kg, pas de jeune loup, mais deux gâchettes survoltées, Kilian Cizo et Thanh-Liêm Lê, qui offraient l’une des finales les plus impressionnantes du jour avec une incroyable vitesse d’exécution de part et d’autre, et un vainqueur de vingt-trois ans, Kilian Cizo, l’un des quatre titres individuels de l’Amicale Sportive de Sarcelles ce samedi.

©Denis Boulanger – La finale de Kilian Cizo et de Thanh-Liêm Lê

Yvon, pas de temps à perdre
C’était peut-être la plus « punchy » et la plus réjouissante à suivre : la pétillante Sydney Yvon du Karaté Elite Argenteuil, que les amateurs de kata avaient vu briller la semaine précédente avec une troisième place technique chez les seniors et un mois et demi plus tôt avec un titre de championne d’Europe juniors en combat ! C’est elle qui prenait le dessus en finale des -61kg sur une autre junior encore plus jeune, Monica Arzumian, seize ans. À dix-sept ans, Sydney Yvon a peut-être la vie devant elle, mais manifestement peu de temps à perdre. « Je veux être numéro un partout, all time ! Kata ou combat, pour moi, c’est complémentaire. Pour l’instant, je ne choisis pas, les choses se feront progressivement. Gagner ici en seniors, c’est un plus, mais je n’ai pas eu l’occasion de m’étalonner face aux meilleures, alors ça ne prouve rien. Je sais que, pour moi, le parcours de sélection va s’arrêter avec le championnat de France espoirs. C’est ce que je vise ». En attendant, elle pouvait rejoindre en tribune son grand-père pour une partie de cartes impromptue, son activité favorite des week-ends à la maison de cette Terminale STMG. Une jeune fille comme les autres… ou presque.

©Denis Boulanger – Sydney Yvon, Championne de France – 61kg

Des équipes inédites en or
Chez les féminines le dimanche, le premier gros choc avait lieu avant même le dernier carré avec l’affrontement du Sarcelles de Nancy Garcia contre le Pays Créçois de Thalya Sombe. Le combat décisif se jouait sur ces deux-là et c’est Thalya Sombe, menée, qui trouvait l’ouverture par un subtil jeu de feintes pour un mawashi décisif. Sarcelles était éliminé. Mais c’est l’entente IGKDF-SKC, fruit d’une collaboration entre l’IGKDF Vanves et le SKC Villeneuve-la-Garenne, qui emportait la demi-finale en passant le Pays Créçois, malgré le 10-0 de Jennifer Zameto d’entrée sur Chloé Breuzard (absente du championnat individuel pour une pesée mal gérée), grâce aux deux autres membres de l’équipe. C’est en effet la championne du monde espoirs pour l’Algérie Cylia Ouikene qui l’emportait sur Natanaele Flamand avant que la Franco-polonaise Eva Criou surpasse in extremis sur Thalya Sombe d’un joli coup de pied.
Les filles de l’entente IGKDF-SKC étaient rejointes en finale par le CSM Puteaux, vainqueur en demi-finale de l’Élite Argenteuil de Sydney Yvon. Cylia Ouikene dominait Djihane Menace, Chloé Breuzard perdait son combat contre Assma Charif qui marquait un mawashi au gong mais Eva Criou faisait un nouveau numéro face à Margot L’Hyver avec un mawashi plein de toucher pour conclure.

©Denis Boulanger – Dernières consignes pour l’équipe Karaté Élite Argenteuil

Pas d’échec pour Assemat
Dominé chez les féminines… Sarcelles ne se consolait pas avec ses masculins, battus sèchement en demi-finale par les Arlésiens, un 3-0 orchestré par Mohamed El-Kotby devant le champion de France Dany Makamata (3-0), Mehdi Filali de justesse devant Younesse Salmi (4-4) et l’ouragan Raybak Abdesselem, brillant devant Kilian Cizo (lui aussi champion de France la veille), avec un formidable ura-mawashi (9-6). La finale allait se jouer contre Argenteuil, qui écartait en demi-finale la belle équipe d’Évry. Malgré la présence pour les Essonniens du champion égyptien médaillé mondial Ali Elsawi, qui prenait le dessus sur Adam Tadjer,  et la disqualification pour sorties répétées d’Amine Hellal, alors qu’il menait pour Argenteuil devant Thanh-Liêm Lê, Argenteuil surmontait tout grâce au joli final d’Hugo Assemat contre Adrien Marques et d’Adam Jacqueray, épuisé à la fin de son combat contre Alexandre Martin Nunes, mais victorieux. En finale, Raybak Abdesselem prenait d’entrée le dessus sur Amine Hellal d’un point qui valait cher et le 9-2 d’Hugo Assemat sur Ilyes Klouz allait suffire à mettre le club d’Argenteuil à l’abri d’un retour.
Dans les deux cas, une belle finale.

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