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Stage des experts japonais, le geste juste est précieux 

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Le souriant maître de cérémonie et efficace organisateur de l’événement, Claudio Pettinella, ne se souvient même plus du moment où tout cela a commencé – en 2005 à Paris, avant d’être dédoublé en zone nord et sud – mais que c’était un projet du président Francis Didier, qui souhaitait permettre aux experts japonais alors présents sur le sol français de mieux se connaître et d’échanger. Une bonne idée se juge à ses effets bénéfiques à long terme, qui n’étaient pas forcément envisagés au départ. Bientôt vingt ans plus tard, il est clair que celle-là était excellente. « Ce projet a créé entre eux un esprit de groupe. Et cette relation a eu un impact positif sur le karaté français. Ils sont constamment ensemble sur ce stage, attentifs à ce que présentent les autres. Ils aiment transmettre l’étendue de leur maîtrise, toute une vie consacrée à l’excellence dans la pratique du karaté formidablement intéressante pour les stagiaires. C’est une journée très forte pour eux car ils peuvent les voir et les toucher, ils sont au milieu d’eux pour démontrer, corriger, encourager ». Un souvenir qui reste effectivement gravé. Hélène, venue avec un camarade de son club de Saint-Ismier, près de Grenoble, a honoré ce rendez-vous malgré une blessure qui l’empêche de pratiquer. « Rien que de les voir, j’en ai les larmes aux yeux ».

Meilleur à plusieurs

Pour beaucoup, c’est une expérience collective, partagée chaque année avec les membres du club, comme un enseignement spécifique. Cette fois, c’est même une petite aventure familiale pour le professeur du Karaté Shotokan Traditionnel de Marseille, Nguyen Hong-Son, qui enseigne aussi le yoseikan budo, puisque son fils de quatorze ans est pour la première fois du voyage. Nam Hugo s’applique à bien faire. Plus tard, en se remémorant ces moments, il aura peut-être l’occasion de discerner quelque chose de fondamental pour sa jeune pratique, dans les conseils subtils prodigués ce week-end. Le décalage de la prise d’appui et de la frappe, sur lequel insiste Kawanishi sensei ? Le travail de parade et de mobilité du buste que propose le souriant Zenei Shimabukuro, très applaudi ? La capacité de déplacement vers l’avant par transfert du poids de corps décortiqué par l’intimidant Naoki Omi ? Après plus de cinq heures de karaté ce samedi et une dizaine d’experts, les stagiaires étaient autant ravis que « rincés », et il faudra du temps pour mûrir ses apports extrêmement riches, identifiés par chacun d’eux comme le message à faire passer ce jour-là. L’expérimentée et élégante Lamya Bay, élève à Paris de Yukinobu Shimabukuro, ne s’y trompe pas : « ce stage des experts japonais, c’est un rendez-vous incontournable. Ils cherchent à donner quelque chose, et plus ils avancent en âge, plus c’est un enjeu important pour eux. Il me semble que cela vaut vraiment le coup d’être là pour le recevoir ». Et elle est là en effet, après la prise d’un bus de nuit qui la fit arriver à sept heures du matin, une bonne marche d’un quart d’heure… et une troisième semaine de ramadan à gérer. La profondeur et la valeur du cadeau, Yuichi Sato, intervenant lui-même, avoue en faire bon profit, mais à son rythme lui aussi, avec la gaîté qui le caractérise : « Maître Mochizuki approfondit beaucoup les choses et, parfois, je me rends compte que je n’ai pas compris ! Mais d’année en année, je m’applique à suivre ce qu’il dit, et progressivement, je commence à comprendre ».*

Intensité et impact

Hiroo Mochizuki. Unique dixième dan du karaté français, présence puissante, posture ferme et élastique malgré ses quatre-vingt-six ans, a tenu à être là, bien que des obligations familiales l’ont obligé à repartir dès la fin de son intervention. Celle-ci est accompagnée d’un appel chargé d’intensité à comprendre et à défendre toute la dimension du karaté et des arts martiaux japonais. Un message qui nourrit la pensée et la pratique pour longtemps. Un exemple aussi. Pascal Ollive, quarante-deux ans, débutant juste avant le covid, a eu la chance de subir une clé du patriarche de l’illustre famille Mochizuki et n’en « revient toujours pas de découvrir que l’homme qui vient de le mettre à genoux en une seconde a plus du double de (mon) âge. »

André Navaud, lui, est venu de Ballaruc avec cinq élèves. « C’est une remise à niveau qu’il faut faire régulièrement. Les stages, c’est toujours passionnant parce qu’il y a plus d’intensité et d’impact. Et ce qui est appréciable avec ces experts japonais, c’est leur façon de revisiter constamment les bases avec beaucoup de précision et de richesse. On retrouve chez eux ce que montrent Valéra, Bilicki et les autres, dans des formes qui paraissent au départ très différentes ».

Christian Cabantous, tout récent septième dan, pouvait conclure sur la valeur profonde de cet enseignement. « Je suis venu pour moi, pour retrouver leur humilité, leur bienveillance, mais aussi leur extrême compétence. Je travaille avec un département universitaire sur le lien du sport et le traitement du cancer. On propose aux malades une approche très anatomique et à ceux qui sont en rémission de continuer le karaté. Les statistiques montrent qu’il y a une diminution potentielle de cinquante pour cent des rechutes des cancers du sein, du colon, de la prostate. Évidemment, il est essentiel que ce travail du corps pour le corps, soit totalement pertinent dans l’approche du placement, des appuis, du travail des hanches… Le geste juste est très précieux, et c’est ce que je viens aussi chercher ici. »

Emmanuel Charlot / Sen No Sen

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