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Le karaté contact fait le plein

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La pandémie a fait souffrir les fédérations sportives qui ont vu leur nombre de licenciés baisser. Au sein de la Fédération Française de Karaté, ce n’est pas le cas du karaté contact qui ne cesse de progresser. Nous avons demandé à Dominique Valéra, pilier de la discipline, ce qu’il retient de cette réussite.

Comment expliquez-vous que le karaté contact ait si bien résisté à la pandémie ?

Sans doute parce que que nos pratiquants sont profondément à la recherche de quelque chose pour eux-mêmes et qu’ils ne se sont pas laissés détourner. Et dans une discipline comme la nôtre, on peut toujours progresser avec un sac de frappe accroché à un plafond de garage, des paos, une corde à sauter…

Tout n’a pas été si simple pour autant, c’est aussi l’histoire d’un cheminement, d’une organisation, d’une proposition de pratique…

Notre commission recouvre le karaté contact et le karaté full contact au sein de la FFK. La différence entre les deux est une question de règles de combat. Dans le karaté contact, on peut frapper aux jambes, ce qui n’est pas le cas en full contact, lequel se pratique sur un ring. Le full contact est un héritage des boxes pieds-poings né dans les années 1970. Le karaté contact dans sa globalité est un karaté dit de plein contact avec KO possible. Pour la sécurité des combattants, ils sont protégés par des gants, un casque, des protège-tibias et pieds, une coquille, un protège-dents. Jusqu’à dix-huit ans, les frappes ne sont pas appuyées. Comme on le sait, j’ai été un pionnier du full contact en France, ce qui m’avait valu bien des soucis ! Dans les années 1985-1990, on avait tenté de mettre au point un modèle de karaté contact, mais ça n’avait pas fonctionné et nous avions arrêté. Les règles n’étaient sans doute pas abouties et les protections étaient alors bien insuffisantes.

Qu’est-ce qui a permis à ce projet de repartir et, du coup, de réussir ?

Je dirais que c’est parce que nous avons eu la chance d’avoir Francis Didier comme Président à partir de 2001 ! Il connaissait tout du karaté et, de combattant à Président, il était passé partout. Il a rapidement fait le constat que nous perdions régulièrement les pratiquants qui voulaient faire évoluer leur pratique, que ce soit vers une dimension plus « jutsu » ou justement vers les formes de plein contact qui existaient alors, mais à l’extérieur de la fédération. Il m’a contacté, nous avons passé une journée ensemble dans son bureau et nous avions les bases du projet. La différence ? Évidemment la qualité des protections, mais aussi le travail très pointu effectué sur le règlement et l’arbitrage, géré par Mohammed Messadaoui, qui nous permet de proposer une discipline de plein contact sincère, mais aussi attentive à la sécurité et à la santé de nos combattants. Nous avons par exemple un « compte de sécurité » qui permet à l’arbitre d’arrêter et de compter un combattant qui subit trop.

Il y a peut-être aussi une recherche d’efficacité à laquelle répondent la pratique et la compétition, au sein de la fédération…

Oui, c’est indéniable. La fédération a eu l’intelligence de s’enrichir de l’intérieur, en développant le karaté jutsu et le karaté contact par exemple, sur la base des parcours des experts, ce qui la rend plus riche, et permet à chacun d’évoluer dans son parcours en fonction de ses aspirations au sein de la structure. Le karaté contact ? C’est toujours la même envie de vérité, d’aller chercher des règles simples pour se situer vraiment dans une logique de combat. Dans cette forme, tu sais pourquoi tu gagnes et aussi pourquoi tu perds. Ça ne se discute pas. Le karaté sportif a beaucoup évolué ces dernières années, et en bien, mais l’idée de contrôle de la frappe avant impact ajoute beaucoup de complexité à un projet simple au départ. J’imagine ce que serait l’arbitrage d’une partie de foot sans ballon, où chacun ferait comme si ! Quand tu ajoutes le ballon, tu règles le problème. Le plein contact, c’est un peu comme le ballon d’une partie de foot, cela rend les choses évidentes.

Diriez-vous que le karaté contact possède aussi la dimension éducative que l’on reconnaît au karaté ?

C’est le cas évidemment. La vertu éducative des arts martiaux passe par l’apprentissage de la modestie, c’est-à-dire une juste appréciation de soi-même, et c’est le maître-mot chez nous. En karaté contact, l’adversaire est bien là et c’est par lui que passe l’enseignement de l’essentiel. Ce n’est la faute de personne quand on perd l’affrontement. Il faut juste se remettre au travail !

Quand vous voyez aujourd’hui cet essor, et de façon plus large celle des disciplines dites « mixtes », que vous dites-vous ? Que fallait-il à l’époque pour les faire accepter ?

De la patience ! C’est une spécificité des arts martiaux qu’on leur accorde beaucoup de crédit sur le plan éducatif et spirituel, mais qu’on a tendance à traiter ceux qui veulent s’y adonner avec sincérité comme des moins que rien. Dans les années 1980, le mot « full contact » rebutait et on nous traitait de voyous. Dans les années 1960, c’étaient les pratiquants de karaté qui étaient traités de voyous. Dans tous les cas, c’est une recherche de soi-même sans faux-semblant par des gens qui s’engagent dans le réel, jugés par des gens qui ne s’entraînent pas et ne comprennent pas de quoi il s’agit. Il est bon qu’une fédération comme la nôtre ait su trouver les bons modèles pour permettre ces pratiques tout en gardant un excellent niveau de sécurité. On a beaucoup avancé.

Propos recueillis par Emmanuel Charlot / Sen No Sen

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