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Karaté

Wado-Ryu, la réunion de famille

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La première, c’était il y a quatre ans. Sous l’impulsion de Michel Muller, le coordinateur du Wado-Ryu pour la FFKaraté, et sous l’égide du père de la discipline en France, Hiroo Mochizuki sensei, les groupes qui composaient la famille du Wado-Ryu se retrouvaient pour un premier séminaire commun. Grâce à la bonne volonté des hommes, les groupes, qui courraient le risque de s’ignorer et de s’éloigner, se sont progressivement ressoudés autour du travail. En ce début de mois de mars, le Wado-Ryu français se retrouvait une nouvelle fois, pour sa Coupe de France, mais aussi pour un stage d’expert qui consacrait la continuité et l’approfondissement de ce lien entre les différentes écoles du Wado-Ryu. Ils y étaient, ils nous en parlent. Paroles d’experts « wado ».

© Denis Boulanger / FFKDA

« Aujourd’hui on peut dire que c’est fait » dit Michel Muller à propos de cette fameuse mayonnaise qui prend quand elle veut, ou pas. « Nous partions d’assez loin au départ car nos gradés venus d’horizons différents avaient un peu perdu l’habitude de se parler et de travailler ensemble. Nous avons commencé il y a quatre ans, et c’est cette année seulement que j’ai le sentiment que nous sommes vraiment devenus une famille de travail et de pensée. Les gens ne se posent plus la question de savoir d’où viennent les uns ou les autres, il travaillent et progressent ensemble avec plaisir. C’est un acquis qui nous rend plus fort. ». Ce dont il parle, ce n’est pas de la Coupe de France de Wado-Ryu, ni même du stage grand public proposé le dimanche, mais du stage expert réunissant les haut gradés de la discipline. Pas de leader technique spécifique démontrant son art, comme sur un stage classique, mais une proposition de travail – cette fois il s’agissait du bunkai sur les katas de base – et des ateliers où chacun pouvait pratiquer en petit groupes et faire sa proposition devant l’ensemble des participants. Intéressant ? Nous avons posé trois questions à Jean-Luc Vincent, 7e dan, du Treport en Normandie, à Patrick Dupeux, 6e dan du Wado Nice Lanterne, et à Denis Mettler, 6e dan, de Pontivy en Bretagne et Président de la Ligue sur leur stage et leur aventure « wado ».

FFKaraté : Que cherchiez-vous dans ce stage expert et qu’avez-vous trouvé finalement ?
À cette question, Jean-Luc Vincent évoque la rupture de l’isolement. « Dans le wado comme dans le Shotokan, nous avons nos tendances différentes. J’étais très curieux de voir le wado-ryu des autres. J’ai beaucoup travaillé sur les livres et dans les stages et maintenant j’ai le sentiment de pouvoir me raccrocher à quelque chose de fort. Avant on se regardait à peine, on est devenu une famille ». Chez Patrick Dupeux, c’était l’occasion de retrouvailles avec des amis de trente ans : « On s’était perdu de vue, chacun sur son chemin, chacun son parcours. Grâce à la Fédération, on se retrouve et c’est devenu un rendez-vous très sympa. J’ai commencé à 16 ans en Charente Maritime et Albert venait au club régulièrement. Je le voyais une fois tous les dix ans sur le bord d’un tapis, désormais on pratique ensemble une fois par an ». Et avec le plaisir, cette année, d’une formule où tout le monde peut s’exprimer. Quant à Denis Mettler, qui a suivi son chemin de karateka en assumant des voyages hors de son style d’origine, lui aussi voulait retrouver la famille. « Je n’étais pas venu depuis longtemps. J’ai adoré la confrontation des discours et la richesse de l’apport technique, mais aussi pédagogique, amenés par les uns ou les autres ».

FFK : Qu’avez-vous retenu sur le plan technique ?
Ce qui séduit Patrick Dupeux à ce niveau, c’est de découvrir, à travers les interventions de chacun, ce que les autres ont approfondi pendant deux à trois décennies, dans quelle direction ils sont allés. « C’était un bouillon de culture ! En trois heures, on peut percevoir l’évolution de gens qui ont trente ans de pratique et de recul derrière eux. Il y a des différences d’approche, on voit de quoi ils sont nourris, on mesure un parcours, c’est très positif et ça fait beaucoup réfléchir sur les autres, mais aussi sur sa propre pratique. Et on apprend beaucoup aussi dans les détails. Le fait de ne pas mettre les grands experts spécialement en avant, c’est unique à ma connaissance et c’était passionnant ».
Jean-Luc Vincent est particulièrement enthousiaste lui aussi sur la qualité de l’apport technique de ce stage expert. « J’ai fait de la compétition en kata pendant plus de quinze ans. On a un peu tous tendance à se consacrer aux katas supérieurs, mais notre public, pour l’essentiel, ce sont des jeunes ceintures de couleur ! Sur ce stage, nous nous sommes consacrés tous ensemble aux bunkai de kata de base, de ceux qu’on propose aux ceintures jaunes. C’était une excellente idée. Je suis revenu avec énormément d’infos et de perspective pour mon enseignement au quotidien. Pour faire comprendre à un jeune qui n’a pas encore conscience de grand chose que le kata, ce n’est pas de la gym, que derrière chaque geste, il y a une somme de connaissance et une concentration d’efficacité. J’ai aussi beaucoup aimé la façon dont a supprimé de ce stage toute la dimension un peu « show » qu’on trouve souvent quand un seul expert, aussi bon soit-il, est mis en avant ».
Même constat pour Denis Mettler qui a été impressionné par les différences d’approche et d’esprit dont il a pris conscience. « On peut rester dans le pur kata où être plus dans l’esprit, et ça m’a ouvert des champs de réflexion. Il y avait des choses passionnantes dans certaines explications, des perspectives nouvelles pour moi dans le travail fondamental du corps, la qualité des appuis dans la projection par exemple. En fait, comme à chaque fois qu’on va en stage, on revient avec quelque chose d’essentiel, un truc qui reste et qui fait progresser globalement. Des façons, des interprétations qu’on n’avait pas. Et l’échange, c’est la base ».

FFK : Etre « wado », qu’est-ce que cela veut dire pour vous ?
Une question ouverte et large pour conclure l’échange, une question qui fait sourire nos interlocuteurs. « Je vais être découvert ! » plaisante Jean-Luc Vincent. « Il y a longtemps, je suis entré dans un club et j’ai dit, voilà ce que je veux faire. C’est comme ça que je me suis retrouvé wado-ryu sans le savoir et sans avoir choisi. Au final, c’est une forme de karaté qui me va très bien. Est-ce que notre travail a eu une influence sur moi ? Je ne peux pas répondre à ça, mais je suis élu municipal depuis un an et un journaliste m’a présenté comme un homme « qui avance à pas feutrés et qu’on ne voit pas venir ». C’est un signe de fluidité ça, non ? ».
Même modestie pour Denis Mettler qui affirme être un karateka avant tout et trouver des enrichissements dans tous les styles et avec tous les experts qu’ils croisent dans les stages. « Il y a des choses que je trouve plus approfondies ailleurs, mais ce qui m’intéresse chez nous, c’est la science de l’utilisation de la force de l’adversaire. Il me semble qu’il y a là un champ d’expérience qui peut effectivement modifier notre façon de vivre au quotidien ».
Ce que retient Patrick Dupeux, c’est la compétence du fondateur du style et ce que cela implique : « Il était médecin. Et nous on absorbe, on dévie et on ne brise pas. C’est important sur le plan du corps, surtout quand on commence à vieillir. Mais est-ce que c’est propre au wado-ryu ? Ce serait déplacé de prétendre que nous exprimons mieux cet aspect de la pratique… Disons que nous sommes à l’écoute du corps, et c’est bien ».

> Retrouvez la galerie photos du 4ème rassemblement Wado-Ryu en suivant ce lien.