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Karaté

Nino Satoru : « Je remercie le Karaté »

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Il voulait être un artiste et découvrir les Etats-Unis. Il fera une brillante carrière dans le milieu de la mode en France, où il vit toujours. Le Karaté est passé par là… Rencontre avec Nino Satoru, 6e Dan Shito Ryu, né à Osaka en 1945.

Il est arrivé en France en 1970. Il ne devait rester que quelques semaines. Il venait réaliser son rêve de jeunesse, « découvrir la capitale de l’art, de la culture et de la mode », lui l’étudiant diplômé de l’école des beaux-arts d’Osaka. « Mon chemin de vie était tracé : être artiste, mais… », sourit Nino Satoru, aujourd’hui âgé de 81 ans. Mais… C’était sans compter sur le Karaté et les hasards de la vie.

Qu’il découvre le Karaté n’est cependant pas un hasard. Originaire d’Osaka, le berceau du Shito ryu, Nino Satoru s’adonne à l’art de la main vide quasi naturellement. Élève de Teruo Hayashi, il est ceinture noire à 17 ans. Lors de ses années estudiantines aux Beaux-Arts, outre être membre de l’équipe Kumite, il enseigne aux forces US.

« MON SENSEÏ NE M’A PAS DONNÉ L’AUTORISATION… »

« J’ai formé les soldats américains pendant 12 ans. C’était l’époque de la guerre du Vietnam », raconte-t-il. « L’un d’entre eux m’a proposé d’ouvrir un Dojo en Caroline du Sud. Ça m’intéressait énormément. J’étais jeune et je désirais vivre une expérience originale. Mais mon Senseï ne m’a pas donné l’autorisation. Il voulait que je trouve un remplaçant, ce que j’ai fait, puis il m’a dit que l’école était suffisamment représentée aux États-Unis. Je lui ai alors demandé de partir quelques mois en Europe avant de revenir enseigner. Il a accepté. »

Direction l’Extrême-Orient russe en bateau depuis Yokohama, puis traversée de l’Union soviétique et de l’Europe de l’Est en train, arrivée à Paris. « Dans mon plan de vie, je devais voir la France un jour », poursuit-il. « Je venais en touriste mais, avant de retourner au Japon, je voulais passer au Dojo de Maître Mochizuki. »

Devinez… On lui propose d’ouvrir un club. Il refuse. Il doit repartir au Japon. Plusieurs personnes insistent. Un deal est trouvé. Il doit rester deux mois. Il restera 13 ans. « C’était une occasion intéressante. J’ai accepté. Je me suis inscrit à l’alliance française pour apprendre la langue. Au club, on m’a parlé de l’Esmod. Je m’y suis inscrit aussi. »

« C’EST GRÂCE AU KARATÉ QUE J’AI PU RESTER EN FRANCE »

L’Esmod, c’est l’École supérieure des arts et techniques de la mode, l’une des plus anciennes écoles de mode dans le monde, fondée en 1841. Il en sortira diplômé. Pendant plus d’une décennie, il fera l’interface entre le milieu de la mode japonaise et les enseignes françaises.

En parallèle, Nino Satoru développe la pratique du Shito ryu, dont il est l’un des précurseurs en France. Il enseigne dans différents clubs, forment des élèves, dont Philippe Pivert fera partie, s’entraîne avec les références de l’époque. « Je remercie le Karaté ! », s’enthousiasme-t-il. « C’est grâce à lui que j’ai pu rester en France, être étudiant, apprendre d’autres choses. Le Karaté m’a aidé pour vivre. Et il m’a fait rencontrer beaucoup des gens. »

En 1983, ses pérégrinations professionnelles le ramènent au Japon. Il quitte la France pour fonder la première école Esmod à l’étranger, qu’il dirigera pendant dix ans. Mais, à Tokyo, il n’y a pas de Shito. Il commence alors la pratique du Goju ryu avec Senseï Morio Higaonna, 10e Dan. Dans ces mêmes années, il s’intéresse au Tai chi chuan et au Tai Ki Ken. Grâce à une élève chinoise de… l’Esmod, il se rend en Chine pour s’entraîner. Il va également à Okinawa, à la source des deux styles qu’il pratique.

« 6E DAN, C’EST MÊME TROP. JE PENSE QUE JE SUIS PLUTÔT 1ER OU 2E KYU »

En 1994, il est rappelé en France pour prendre la direction d’Esmod International qui, sous son ère, ouvrira 18 écoles dans le monde. « Je suis toujours le PDG de celle de Tokyo. Mais je ne suis plus président de l’International depuis 2025. Je voyageais beaucoup. Je travaillais beaucoup. »

Son seul petit regret ? Son métier très prenant ne lui a pas permis d’approfondir le Karaté autant qu’il l’aurait souhaité. Il a obtenu son 6e Dan en 1980. Il l’est toujours. « Je n’ai pas fait beaucoup de progrès, c’est tout à fait normal que je reste 6e Dan. C’est même un peu trop. Je pense que je suis plutôt premier ou deuxième Kyu. Je le vois quand je me fâche avec ma femme. Je me dis que je suis toujours un petit karatéka, je ne me suis pas maîtrisé », rigole-t-il. « De toute façon, à mon âge, ce n’est pas la peine de chercher un grade. »

« CHACUN CHERCHE SON CHEMIN DE VIE. TOUT LE MONDE EST DIFFÉRENT »

À 81 ans, Nino Satoru continue de s’entraîner une petite heure par jour, un kata et desassouplissements. « Il n’est plus question d’être le plus fort, mais d’être en bonne santé, d’avoir une discipline, de pouvoir se concentrer. Le Karaté est un chemin de vie (une voie). Jeune, on s’intéresse beaucoup à la compétition. Il y a des championnats. C’est motivant. Une fois que nous ne sommes plus combattants, on ajoute la voie, le Karaté Do. Chacun cherche son chemin de vie. Tout le monde est différent. Nous avons une base qu’il ne faut pas oublier, garder l’originalité de chacun et ajouter d’autres choses, d’autres méthodes. C’est le chemin. En tant que pratiquant, je pense qu’il faut ouvrir l’œil, accepter et respecter ce que font des autres et apprendre les choses intéressantes par l’échange. » Osu Senseï !

Ludovic Mauchien