AITO self-défense : des méthodes d’évaluation innovantes
Discipline créée par Thierry Delhief et Guillaume Moreau et présente au sein de la FFKDA depuis 2003, l’AITO self-défense n’a de cesse de réfléchir à son contenu technique et à ses méthodes d’évaluation. L’objectif ? Être le plus en adéquation possible avec les fondements de la discipline.
Évoluer. Innover. S’adapter. Tel pourrait être la maxime de l’AITO français. Alors que sa douzième Coupe de France a eu lieu mi-mars, Thierry Delhief, fondateur de la discipline et référent au sein de la fédération, revient en effet sur la genèse de cet art martial. « Je vis entre la Polynésie française et la métropole depuis plusieurs années. Formateur à l’usage de la force et à la gestion des incivilités, pour notamment plusieurs compagnies aériennes, j’ai formalisé l’AITO à la suite de mon parcours professionnel, au début des années 2000. Rattaché au karaté jutsu, cette discipline peut se définir comme une méthode de self-défense synthétique (mains nues et avec armes, projections et travail au sol) empruntant aux techniques d’intervention des services de sécurité. Étymologiquement, la discipline a une double parenté. AITO est d’abord un acronyme pour « Armes Intermédiaires pour Techniques Opérationnelles ». Ensuite, « aito » est le nom donné à un bois très dur que l’on trouve en Polynésie, et dont la traduction est “guerrier protecteur”. Une genèse sémantique qui caractérise de manière idéale la philosophie que nous nous faisons de notre art martial. »

La progressivité comme mot d’ordre
Forte de mille-deux-cents pratiquants et de quatre-vingt-dix clubs, l’AITO français ne cesse de s’interroger sur lui-même, et en particulier sur ses méthodes d’évaluation. L’objectif ? Coller plus que jamais à la réalité de terrain et aux multiples situations potentielles que ce dernier peut proposer. Ce qui constitue, de fait, le cœur de la discipline. Dans cette optique, ses responsables ont proposé de nouveaux processus d’évaluation, tant sur la Coupe de France que sur les unités de valeur dans le cadre des passages de grade. Avec, au centre de ces réflexions, un concept clé : la progressivité.
Ainsi, pour la première qui eut lieu à Saint-Germain-en-Laye les 14 et 15 mars derniers, condition physique, observation et mémorisation, application du protocole de secours (SAFE), maîtrise des techniques de défense, connaissance du cadre légal, gestion du combat au sol et capacité à fuir et à se mettre en sécurité furent les sept compétences qui tenaient lieu de cadre de référence à la notation. À l’intérieur de celui-ci, un scénario évolutif fut proposé aux combattants, dans lequel chaque situation – il y en avait sept également – était la suite logique de la précédente : « fuite tactique face à des agresseurs armés », « observation et capacité de témoignage », « secourisme tactique », etc.

Des attendus adaptés à chaque grade
Un concept que l’on retrouve également au cœur du processus de réforme des grades, comme l’explique Thierry Delhief. « En cohérence avec ce qui a été proposé à la Coupe de France, nous avons souhaité construire un parcours de grades dont la philosophie est de proposer un examen permettant de juger la capacité à analyser et à réagir de manière cohérente et pertinente lors des différentes étapes qu’une situation d’agression ou d’affrontement potentiel peut proposer. Concrètement, pour le premier dan, il s’agira de prouver sa capacité à maintenir un opposant à distance ; pour le deuxième, de pouvoir le déséquilibrer et le désarmer ; pour le troisième, de savoir le contrôler. Enfin, pour les quatrième et cinquième dan, nous demanderons aux candidats des situations auxquelles ils auront eux-mêmes pensé et travaillé. » Deux formats innovants pour une discipline en perpétuel mouvement.