30 juin 2026

Guy Sauvin « Valorisons la culture martiale du karaté »

ActualitésKaraté

Champion de France et champion d’Europe toutes catégories, champion du monde par équipes en 1972, premier directeur technique national du karaté français, artisan de son développement pendant près de trente ans, Guy Sauvin appartient au cercle très fermé des pionniers qui ont construit le karaté français presque à partir de rien. Compagnon de route de Hiroo Mochizuki, contemporain de Dominique Valéra, Gilbert Gruss, Alain Sétrouk… il a traversé toutes les grandes étapes de l’histoire de la discipline : les débuts confidentiels des années 1960, l’émergence de l’équipe de France, la conquête mondiale, puis la structuration fédérale. À 83 ans, celui qui se définit comme « le dernier rescapé de la première équipe de France » continue pourtant de regarder devant lui. Loin de la nostalgie, il défend une idée exigeante du karaté : un art martial avant d’être un sport, un outil d’éducation avant d’être une fabrique de médailles, une pratique capable d’accompagner l’individu tout au long de sa vie. À l’heure où les fédérations s’interrogent sur leur avenir et leur place dans la société, sa parole, nourrie par plus de soixante ans de pratique, conserve une étonnante modernité. Parce qu’au fond, Guy Sauvin milite toujours pour la même chose : un karaté qui forme d’abord les hommes.

Changer des vies

« Pendant des années, le karaté a poursuivi l’objectif olympique. C’était logique : lorsqu’on veut entrer aux JO, on cherche à présenter une discipline qui corresponde aux attentes du mouvement sportif. Mais dans ce processus, on a progressivement gommé tout ce qui pouvait rappeler le caractère martial du karaté. Le côté guerrier, la réflexion sur le combat, l’éthique, la transformation de l’individu sont passés, me semble-t-il, au second plan. Or, pour moi, le karaté ne peut pas être réduit à une simple activité sportive. Bien sûr qu’il y a la compétition, la performance, les résultats. Mais à l’origine, le karaté est un art martial. Il porte des valeurs éducatives, une manière d’agir, une façon d’être dans la vie quotidienne. Ce sont ces dimensions qui m’ont construit et qui doivent continuer à être transmises. Le plus beau compliment qu’un professeur puisse recevoir n’est pas qu’un élève lui dise : « Grâce à vous, je suis devenu champion. » Le plus beau compliment, c’est quand quelqu’un vous dit : « Vous avez changé ma vie. » Là, on comprend que l’enseignement a dépassé la technique. À mes yeux, c’est la véritable mission du karaté et ce qu’il peut apporter à la jeunesse. »

Hiroo Mochizuki, la rencontre

« J’ai moi-même fait l’expérience de rencontres décisives dans ma vie, je peux le dire, à 83 ans (sourire). Dont une, majeure. J’avais commencé par la boxe française. J’étais attiré par les sports de combat et j’avais entendu parler du karaté, mais je n’avais pas les moyens de suivre des cours régulièrement à La Montagne Sainte-Geneviève à Paris. Puis, en 1963, Hiroo Mochizuki est arrivé en France. Cette rencontre a complètement changé le cours de ma vie. Nous nous sommes rapidement rapprochés. Nous passions des journées entières ensemble. Le matin, j’étais sur les marchés, l’après-midi, nous nous entraînions et le soir venu, je le conduisais, dans ma toute petite Vespa 400, dans les différents clubs où il enseignait. À l’époque, il n’y avait pas beaucoup de dojos, pas beaucoup de pratiquants et encore moins de moyens. Mais il y avait une passion immense. Avec le recul, je mesure la chance que nous avons eue. Hiroo Mochizuki n’était pas seulement un professeur de karaté. Il avait hérité de la vision de son père, Minoru Mochizuki, qui cherchait à construire une approche globale des arts martiaux. Cette ouverture m’a profondément marqué. Nous avons suivi des chemins techniques différents par la suite, mais nous sommes restés amis toute notre vie. Quand je regarde mon parcours aujourd’hui, je sais que cette rencontre a été l’un des grands tournants de mon existence. »

« La compétition n’était qu’un moyen de mesurer nos progrès »

« Contrairement à ce que l’on imagine parfois, nous ne faisions pas de la compétition comme aujourd’hui. Nous faisions du shiai. Ce n’était pas la même chose. Nous nous entraînions chacun dans notre coin pendant des mois. Puis arrivait le championnat. C’était le moment où l’on allait vérifier si notre travail personnel avait été bon ou mauvais. La compétition servait d’évaluation. Elle n’était pas une fin en soi. Aujourd’hui encore, je pense que l’enseignement devrait davantage s’appuyer sur cette idée. Ce qui compte, ce n’est pas seulement la médaille ou le classement. Ce qui compte, c’est le sentiment de progresser. Quand un pratiquant se dit : « Je fais mieux qu’il y a six mois », alors il est sur la bonne voie. Les grades sont utiles, mais ils ne doivent pas devenir l’objectif principal non plus. Le moteur de la pratique doit rester cette sensation intime d’avancer, de découvrir, de comprendre davantage son corps et son esprit. C’est cela qui entretient la motivation pendant des décennies. »

Ce qui doit nous guider

« Quand j’ai commencé, nous voulions devenir des combattants. C’était très simple. Nous étions jeunes, passionnés, parfois un peu inconscients aussi. Il convient de se souvenir que le karaté est basé sur une recherche essentielle : mettre un adversaire hors de combat sur un seul coup – même si le karaté d’Okinawa et celui du reste du Japon diffèrent quelque peu sur ce sujet. Et c’est cette recherche qui guide la progression dans la pratique. Évidemment, cela ne signifiait pas qu’il fallait être violent mais qu’il fallait mobiliser totalement son corps, son esprit, son intention pour obtenir un point en compétition. Les compétitions étaient différentes. Les moyens étaient dérisoires. Nous voyagions dans des conditions incroyables. Les hôtels étaient parfois misérables. Les équipes n’étaient pas structurées comme aujourd’hui. Mais nous avions une immense envie de nous confronter aux meilleurs. À cette époque, finir deuxième ou troisième n’avait aucune importance. Nous avions perdu, tout simplement. Cette mentalité peut sembler excessive aujourd’hui, mais elle reflétait l’esprit dans lequel nous vivions la compétition. Nous faisions d’abord du karaté. Ensuite, éventuellement, nous faisions de la compétition. »

Pratiquer pour être en bonne santé

« Pendant longtemps, nous nous sommes entraînés comme des fous. Avec le recul, je peux le dire, nous faisions parfois n’importe quoi et la modernité, en cela, a apporté beaucoup de choses positives. J’ai moi-même travaillé avec des charges énormes sur le dos pour développer certaines techniques. À l’époque, nous pensions que plus on souffrait, plus on progressait. Aujourd’hui, et depuis quelques années même, je vois les choses autrement. Le véritable objectif d’une pratique bien conduite est de permettre à quelqu’un de rester en bonne santé toute sa vie. À vingt ans, on possède naturellement l’énergie, la puissance, la vitesse. On ne se pose pas de questions. À soixante ans, les choses changent. Si l’on continue à s’entraîner comme à vingt ans, on finit à l’hôpital. Il faut donc adapter sa pratique. Je crois profondément qu’il existe un karaté pour chaque âge. On peut progresser à cinquante, soixante, soixante-dix ans et même davantage. Mais on ne progresse plus de la même manière. On apprend à utiliser son corps autrement. On devient plus intelligent dans sa pratique. C’est une dimension qui me paraît aujourd’hui essentielle et sur laquelle il nous faut peut-être plus et mieux communiquer. »

L’Afrique et le zanshin

« Lorsque j’ai quitté la fédération pour partir en Afrique en 1996, je pensais tourner définitivement la page du karaté. Je suis parti vivre dans la brousse, au milieu des éléphants, avec l’idée de réaliser un rêve d’enfance. Là-bas, j’ai découvert quelque chose de fondamental. Dans la brousse, le zanshin (la vigilance, l’esprit persistant) n’est plus un concept. C’est une nécessité quotidienne. Si vous manquez d’attention, vous pouvez vous faire piquer par un scorpion ou charger par un éléphant. La vigilance devient une question de survie. J’ai vécu plusieurs années loin du monde des arts martiaux. Puis j’ai retrouvé Maurice Portiche, que j’avais connu des années auparavant dans le milieu du karaté français. Ancien compétiteur de haut niveau devenu diplomate, il était alors ambassadeur de France au Burkina Faso. Entre-temps, il avait consacré une grande partie de ses recherches aux arts internes chinois. Son discours m’a immédiatement intéressé. Nous avons repris l’entraînement ensemble et, à travers lui, j’ai découvert une autre façon d’aborder le mouvement, l’utilisation du corps, l’énergie et la pratique martiale. Quand je suis revenu en France vers 2002, après six années passées en Afrique, j’ai découvert que mon karaté n’était plus tout à fait le même. Il avait changé. Je ne l’avais pas décidé consciemment. Il avait évolué naturellement. C’est probablement à ce moment-là que j’ai compris que le chemin du karaté ne s’arrêtait pas avec la fin de la carrière sportive. Il continuait sous une autre forme. »

« Si je peux encore être utile, ce sera au Conseil des sages »

« À mon âge, je ne représente évidemment pas l’avenir du karaté. L’avenir appartient aux jeunes générations. En revanche, je pense que ceux qui ont vécu les différentes étapes de son développement ont encore quelque chose à transmettre. La démarche engagée par Serge Chouraqui et les dirigeants actuels m’intéresse parce qu’elle vise justement à réfléchir au devenir du karaté. Comment retrouver certaines valeurs ? Comment mieux accompagner les pratiquants tout au long de leur vie ? Si je peux apporter quelque chose à travers le Conseil des sages qui est en train d’être mis en place, ce sera simplement mon expérience. Pas pour imposer des idées, mais pour participer à une réflexion collective. Après tout, j’ai connu le karaté des pionniers, celui des compétiteurs, celui des dirigeants, celui des enseignants et celui des pratiquants âgés. Si cette expérience peut être utile à mon échelle pour aider le karaté à rester fidèle à ce qu’il est profondément, alors je considérerai que ma mission n’est pas tout à fait terminée. »

Propos recueillis par Olivier Remy / Sen No Sen

Partagez cette page
L'info à chaud
☀️ Alerte Canicule
Actualités
⚠️ Information Importante : Coupe de France des Corporations
ActualitésKaraté
☀️ Canicule et fortes chaleurs : les recommandations à suivre
ActualitésFFK
Classement final Golden Wushu Series 2026
Wushu
Championnat de France Para-Karaté et Coupe handi des disciplines associées
Para-karaté
Open national wushu Saint-Etienne
Wushu
Challenge des jeunes arbitres 2026
ActualitésArbitrage
Coupe de France Combat / Kata Zone Nord Benjamins & minimes – Individuels
Karaté
Offre exclusive licenciés : -10€ pour le Festival des Arts Martiaux !
ActualitésAMSEAAMVFFKKaratéKrav-MagaWushuYoseikan Budo
Championnat de France Vétérans 2026
Karaté

Articles relatifs

26 Juin 2026 Uechi-ryu, la dynamique continue Découvrir
22 Juin 2026 Canicule et fortes chaleurs : les recommandations à suivre Découvrir
20 Juin 2026 ⚠️ Information : Coupe de France des Corporations Découvrir
16 Juin 2026 École de Karaté de Villebon-sur-Yvette : une quinqua ambitieuse Découvrir