Bruce Neuffer : « Une culture commune à défendre tous ensemble »
Ce lundi 1er juin 2026, Bruce Neuffer prend officiellement ses fonctions de Directeur Technique National (DTN) de la Fédération Française de Karaté et Disciplines Associées . Un retour aux sources pour le technicien de quarante-cinq ans, vice champion du monde juniors, médaillé européen et plusieurs fois champion de France et vainqueur de la Coupe de France en kata chez les jeunes, professeur de club et conseiller technique national de la FFK. Un poste qu’il a connu aussi, du côté de la FF Squash entre 2017 et 2021, avant de rejoindre le cabinet de la ministre des Sports puis la Direction des services départementaux de l’Éducation Nationale du Val-de-Marne en tant qu’Inspecteur jeunesse et sport, et avec lequel il compte défendre une vision à 360°, ambitieuse pour l’avenir de la fédération et de toutes ses disciplines.
Dans quel état d’esprit êtes-vous à l’heure de prendre vos fonctions de DTN ?
C’est une saveur très particulière. Même si j’ai déjà été DTN par le passé, je reviens cette fois dans mon sport, là où mon cœur a toujours vibré. Je suis honoré que l’on ait pensé à moi, et j’endosse ces nouvelles responsabilités avec énormément de plaisir. À travers mon parcours d’athlète de l’équipe de France, de professeur de club pendant une quinzaine d’années et de conseiller technique national, le karaté m’a construit. Après les championnats du monde de 2012, j’ai ressenti le besoin d’aller voir ailleurs pour apprendre encore plus et bâtir mon expérience, et j’ai vraiment hâte de profiter de mon vécu pour rendre à la fédération tout ce qu’elle a pu me donner par le passé. Je vais en tout cas donner le meilleur de moi-même pour me mettre au service des équipes et des élus et, tous ensemble, faire fonctionner la fédération du mieux possible. Je veux être le rassembleur des compétences qui vont nous permettre d’ériger un projet commun afin de bâtir la fédération de 2040.

Quelles vont être vos priorités ?
Dans un tout premier temps, je vais aller à la rencontre de tous ceux qui œuvrent actuellement pour la fédération, afin d’établir un climat de confiance, de bienveillance, qui va nous permettre d’avancer main dans la main. Le travail qui a été fait jusqu’ici est vraiment de qualité, et je sais que je rejoins une grosse fédération, sans avoir besoin de renverser la table. Mais elle a vocation à devenir une très grosse fédération, et je vais mettre toute mon énergie pour apporter ma pierre à ce bel édifice. Ma vision est claire : une médaille d’or mondiale et un cours de karaté santé dans un petit village doivent défendre une culture commune, partager les mêmes valeurs d’excellence, de pratique sécurisée et de lien humain. Pour cela, j’envisage mon action autour de trois grands piliers : la formation, le développement et le haut niveau. En 2026, un enseignant de karaté ne peut plus être qu’un simple technicien. Il doit notamment savoir manager, comprendre les responsabilités juridiques de son club, maîtriser les enjeux d’inclusion, connaître les différentes possibilités de financement par les services de l’État, et être aussi à l’aise devant un maire ou un partenaire privé que devant ses élèves. Nous devons donc les accompagner dans cette professionnalisation, ainsi que les bénévoles, en diversifiant notre offre de formation, mais aussi en leur facilitant la tâche. Nous devons par exemple disposer d’outils numériques modernes pour simplifier la vie de tout le monde, du pratiquant au dirigeant. Forts du savoir-faire qui est déjà le nôtre, nous devons également redéfinir précisément le cadre de notre école française de karaté, afin que nos clubs soient systématiquement reconnus, par chaque maire de France, chaque service de l’État, chaque partenaire, comme acteurs d’utilité publique, vecteurs de lien social et de santé publique. C’est indispensable pour parvenir à développer toutes les formes de pratique, à destination de tous les publics, en karaté comme dans nos différentes disciplines associées. J’en profite pour affirmer que tout ce que nous allons mettre en place sera valable pour tous les clubs fédéraux, quelle que soit la discipline enseignée. Notre pluralité constitue une force pour répondre à de très nombreux besoins, et nous y resterons très attachés.
Quels sont les autres atouts que possède, à vos yeux, la FFKDA ?
Au-delà de son efficace structuration et de sa forte expérience, notre fédération a la chance, pour la pratique de ses différentes disciplines, de ne pas avoir de gros besoins en termes d’équipement sportif. J’y vois un énorme avantage sur lequel s’appuyer, l’infrastructure – ou plutôt son absence ou sa rareté – pouvant constituer un facteur limitant. D’autant plus dans le contexte actuel où la France ne dispose au niveau national que d’une grosse quarantaine d’équipements sportifs pour 10 000 habitants. Il faut donc profiter de toutes les opportunités pour installer nos disciplines là où il est possible de le faire. Nous regorgeons par ailleurs de bonnes pratiques un peu partout, qu’il convient de repérer, d’identifier et d’encourager par un système de labellisation que je souhaite mettre en place.

Vous avez également évoqué le haut niveau, alors que l’équipe de France rentre des championnats d’Europe de Francfort avec neuf médailles, karaté et para-karaté confondus…
En contact avec Alexandre Biamonti (DTN par intérim depuis février) et Ludovic Cacheux (directeur des équipes de France) depuis quelque temps, j’ai évidemment suivi avec intérêt ces championnats, et je tiens déjà à féliciter les athlètes, le staff national et les entraîneurs de club concernés pour tout le travail accompli en vue de ce rendez-vous important de la saison. Ce fut une belle réussite sur le plan sportif, avec de nombreuses médailles à la clé, mais aussi un total satisfaisant de finales disputées. À nous d’activer les bons leviers désormais pour transformer toutes ces médailles d’argent en or, en passant de ce que l’on pourrait appeler une culture de l’artisanat de luxe, qui aboutit au très bon travail actuellement réalisé, à une culture de la performance scientifique. Pour cela, il va falloir mettre la data au service de notre instinct de gagneur, en créant notamment des intérêts structurels avec le monde de la recherche et les universités, afin de maintenir durablement la France dans le top 3 mondial.