Monica Arzumian, éclosion achevée
Pour sa première participation aux championnats du monde, la pépite du Stade Poitevin Karaté s’est montrée exacte au rendez-vous, justifiant tous les espoirs placés en elle depuis des années et prendre date pour la suite.
Une nuit seulement après avoir posé ses valises chez elle avec sa médaille d’or comme joli souvenir de son épopée vénitienne, c’est en action du côté du Dojo Condorcet de Poitiers que l’on pouvait retrouver Monica Arzumian. « J’aime tellement combattre que je ne voulais pas manquer l’entraînement, lors duquel je me suis bien dépensée », souriait la jeune femme, comme si rien ne s’était passé de marquant le week-end précédent à Jesolo. Elle n’aura pourtant pas ménagé ses efforts pour accéder au toit du monde en juniors -59kg. Concentrée et précise au point de n’encaisser aucun point lors de ses trois premiers combats, il lui fallut en effet serrer le jeu en demie et en finale pour renverser la tendance et passer devant dans les ultimes secondes de combat. « Ce que Monica a réussi est la preuve d’une belle maîtrise et d’une remarquable sérénité car jamais elle ne s’est affolée, sachant pertinemment que le premier point qu’elle allait marquer la lancerait vers la victoire, note Franck Bisson, son référent national. Cela fait longtemps que nous prévoyions qu’elle s’impose sur un tel événement, du fait de son grand gabarit pour sa catégorie, de son karaté qui colle aux exigences internationales actuelles, mais aussi et surtout du niveau d’engagement qu’elle s’applique. C’est une vraie besogneuse, qui ne rechigne jamais devant la critique et qui est capable de prendre des risques à bon escient car elle se connaît parfaitement. Sans oublier son enthousiasme à toute épreuve, qui lui permet d’avoir la banane jusqu’au moment d’entrer dans son combat. Dans sa façon d’être et son discours, il y a du Alizée Agier et du Steven Da Costa… »

Prétendre à marcher dans les pas de ces deux grands champions français, c’est exactement ce que souhaite pour sa protégée Sébastien Castro Moreno, son professeur de toujours dans la Vienne. « De mon point de vue, ce titre n’est qu’un premier aboutissement pour Monica, pour qui nous avons des ambitions plus hautes élevées. Sa victoire lors de la coupe de France 2023 et sa finale aux championnats de France à Bourges six mois plus tard démontrent qu’il faut déjà compter sur elle en seniors. Sa régularité, qui lui a aussi offert de nombreuses médailles en Youth League, doit continuer de faire sa force, tandis qu’elle doit encore progresser en termes de variations techniques, sur ces petits détails qui font gagner le petit temps d’avance décisif sur l’adversaire. Au niveau physique, elle va aussi se développer car c’est encore une toute jeune fille. Ce qui ne l’empêche pas de vraiment savoir ce qu’elle veut déjà. Monica ne fait pas les choses parce qu’il faut les faire mais parce qu’elle est lucide sur ce que ça peut lui apporter. Tout chez elle se fait en conscience, car elle reste avant tout une passionnée de karaté. D’ailleurs, quand je prépare mes séances, pas le temps de lui expliquer qu’elle devine déjà le cheminement que je lui propose. Il faut la nourrir sans cesse puisqu’elle voit toujours plus loin. »
Un état d’esprit dont elle ne se départit pas en compétition, à l’écouter dérouler son parcours en Italie. « Après trois mois de préparation spécifique, je me sentais assez sereine au moment d’aborder ces mondiaux, contre des filles que je connaissais déjà pour la plupart. À chaque tour gagné, je ne réfléchissais pas à ce que je venais d’accomplir mais bien à ce qui m’attendait encore. En demie, je voulais prendre ma revanche sur cette Azerbaïdjanaise qui m’avait battue aux drapeaux à Fujairah en février, et même lorsqu’elle menait 4-0 à trente secondes de la fin, interdiction de m’affoler ! Je devais juste insister et c’est elle qui a fini par paniquer (victoire 5-4, NDLR). L’objectif du jeudi était ainsi rempli, j’ai laissé exprimer ma joie, avant de vite me remettre dans ma finale du samedi. Et quand je me suis réveillée, j’avais déjà envie de sauter partout ! Voir tous les autres Français remporter des médailles m’a motivée encore plus, et il n’y avait plus qu’à ! Je suis forcément heureuse de cette victoire, mais ça ne change rien aux objectifs de la suite de la saison. » Attention, Monica Arzumian est pressée…

