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Les arbitres aussi ont leurs Mondiaux !

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Si les Championnats du Monde de Karaté sont l’occasion d’avoir les yeux rivés sur les meilleurs athlètes mondiaux, on oublie souvent la place primordiale des arbitres. Pour eux aussi un événement majeur se déroulait, et ce en amont des Championnats, à savoir l’examen de juge et/ou arbitre mondial. Cette année, deux français s’y présentaient. Nous sommes allés à leur rencontre, en passant par un éclairage fourni par Bruno Verfaillie, responsable de la Commission Nationale d’Arbitrage. Interviews croisées.

Franck Chereau et Jean-Marie Granouillet entourés par H. Micholet et B. Verfaillie © Denis Boulanger / FFKDA

FFKDA : Comment se passe ce genre d’examens ?

Bruno Verfaillie :  Eh bien il est étalé sur plusieurs jours. Ici il durait du jeudi au lundi, et les résultats tombaient le mardi, veille du début du Championnat du Monde.

Concernant l’examen en lui-même il y a deux parties majeures, à savoir la théorie et la pratique. La théorie se compose d’un QCM de 50 questions pour l’épreuve kata et 70 questions pour l’épreuve combat. Si le candidat réalise 6 fautes ou plus il est alors refusé, mais ça il ne le saura qu’à la fin de l’examen, donc quoiqu’il arrive il passe également l’épreuve pratique. Cette dernière, pour les combats, consiste en l’arbitrage de 7 matches, tandis que pour les katas il faut présenter un kata au choix et ensuite répondre à deux questions de la commission. Elles peuvent porter sur le kata présenté, sur le règlement etc… On ne peut pas savoir à l’avance !

Comment les candidats sont-ils choisis pour être envoyés aux examens mondiaux ?

BV : Avant de proposer des personnes elles doivent correspondre à un profil attendu. Il ne s’agit pas d’être uniquement bon en arbitrage, j’attends d’eux qu’ils sachent redonner ce qu’ils ont reçu et appris. Une fois ce profil détecté, évidemment ils doivent être bons au niveau de la règlementation. On les teste plusieurs fois au niveau national pour observer leurs réactions.

Concernant l’inscription, cela passe par la commission nationale. On propose ensuite les candidats au président de la FFKDA puis on finalise l’inscription.

En quoi consiste la préparation des candidats ?

BV : Pour la partie théorique, c’est Hugues Micholet adjoint et secrétaire de la CNA, qui met en place des examens blancs régulièrement. Cela permet d’observer l’état de progression. Si on se rend compte, même au dernier moment, que l’un d’entre eux n’a pas fourni le travail nécessaire alors on peut décider de ne finalement pas l’envoyer. Concernant la pratique, j’observe, toujours avec Hugues, le comportement et l’arbitrage des candidats sur des finales. Cela permet de leur mentionner les points forts et faibles qu’ils ont, et d’ainsi leur faire des recommandations personnalisées et propres à chacun.

 

L’examen d’arbitrage mondial de Linz (Autriche)

Dans quel état d’esprit vous êtes-vous présentés à l’examen ?

Jean-Marie Granouillet : Pour ma part je me suis imposé une grosse préparation théorique et pratique. J’avais beau être serein sur mes capacités, j’avais quand même le stress de l’échéance. Un stress d’autant plus important quand on se retrouve au milieu de 220 candidats ! Heureusement nous avions des membres français de la Commission Mondiale d’Arbitrage à nos côtés pour nous soutenir, dont notamment Hervé Puveland.

Franck Chereau : Eh bien moi, j’ai appris la nouvelle mi-juin. J’espérais vraiment y participer, car j’avais pu officier lors de l’Euro de Montpellier et j’étais le seul arbitre non mondial à avoir cette chance… Je pense que cela a permis de m’observer et de juger si j’étais à la hauteur ou non. Moi aussi j’ai été stressé, quasiment tout l’été ! Je dormais mal, j’ai perdu du poids… C’est fou l’importance que l’on accorde à ce genre d’examens ! Je me suis donc entraîné tout l’été pour la pratique et j’ai dédié la première quinzaine d’août à la théorie.

JMG : On a vraiment bossé, et arrivé en Autriche, je me suis senti à l’aise, notamment parce que nous étions deux. Pour moi on partait à deux, on devait vivre le truc à deux et rentrer avec les diplômes à deux !

FC : Mon sentiment était similaire, d’autant plus que nous étions encadré par Raphaël Ortega, membre de la Commission Mondiale d’Arbitrage, qui connait donc bien l’encadrement et qui nous a guidé. C’était un poids en moins.

Comment se sont déroulés vos examens respectifs ?

JMG : Je me présentais à l’examen de juge B combat, et ça a été, je me sentais bien. J’ai répondu sereinement aux questions, et j’ai donné le meilleur de moi-même pour la pratique. Le plus dur c’est l’attente des résultats. On se remémore chaque combat arbitré pendant l’examen, on passe chaque détail en revue… On en devient dur avec soi-même, à se dire qu’on aurait pu faire mieux, mais les dés étaient jetés, il n’y avait plus qu’à patienter. Dans le stress !

FC : Moi je me présentais aux examens de juge B combat et juge B kata. J’ai été stressé jusqu’à ce que ça commence. Après j’ai réussi à me libérer. En combat j’étais à l’aise. Je suis resté fidèle à mon opinion, et je ne me suis pas laissé influencer. Notamment à un moment où l’arbitre central nous demandait de le suivre sur une décision avec laquelle je n’étais pas en accord. Je n’ai pas bougé, et cela a plu au jury, qui m’a dit que j’avais eu raison !

L’attente des résultats était-elle empreinte de stress ?
JMG : Oui, mais le pire c’est vraiment la toute dernière ligne droite… Quand on attend en file indienne que ce soit notre tour, et qu’on voit les précédents ressortir souriants ou dépités… Là c’est le moment le plus insupportable à mon sens. Et puis quand j’ai appris que j’étais reçu c’est une immense joie qui m’a envahie !

FC : J’étais serein. J’étais relativement sûr de moi, et surtout si j’avais échoué, cela n’aurait pas changé le cours de la vie. Mais j’étais tout même extrêmement heureux à l’annonce et à la remise de l’écusson, qui pour ma part m’a été remis pas R. Ortega.

Quelles sont vos ambitions à l’avenir ?

JMG : Continuer à tenir le rôle de responsable de tatami dans les compétitions nationales et assurer la continuité de la formation de nos arbitres. J’aime y veiller. Et puis naturellement continuer à progresser, en finissant mon parcours international, pour lequel il me reste un niveau à passer, et le parcours mondial.

FC : Finir de passer mes examens au niveau européen, à savoir arbitre B puis A et en parallèle passer les mondiaux !

 
Lorsque les candidats passent l’examen avec succès, ils sont alors impliqués directement dans le Championnat qui suit. Nos deux représentants français ont ainsi jugé activement une dizaine de matches par jour, tout au long des Championnats du Monde. Félicitations à eux !