Une saison avec… Au coeur du quotidien des clubs Episode 4

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Le temps de cette saison 2018-2019, Le Mag’ FFK va tâcher de prendre le pouls du karaté français, à travers le regard de quatre clubs répartis sur l’ensemble de l’Hexagone. Quatre quotidiens, autant d’enjeux et d’attentes qui convergent vers une seule et même espérance : transmettre la discipline.

COS Villers-lès-Nancy (Meurthe-et-Moselle)

Devenu à 74 ans le 21 février 2019 l’un des rares 8e dan du karaté français, Pierre Bichard-Bréaud aurait pu, pour ce nouvel épisode de notre feuilleton, vouloir tirer la couverture à lui. Au contraire. Attentif à mettre en lumière ceux qui, dans l’ombre, contribuent à rendre le club pérenne, il nous invite à nous intéresser à la section baby karaté et à son enseignant au parcours peu banal, David Poirot.
Élève historique du COS et de « PBB » depuis l’âge de quatorze ans, ce quadragénaire aura connu une ellipse de près de vingt ans. Deux décennies passées sous le soleil de Californie pour raisons professionnelles, où le deuxième dan en aura profité pour vivre cent vies en une. Les embouteillages de Los Angeles ? S’ils l’obligèrent un temps à réduire la voilure côté karaté, ce sont paradoxalement ses aptitudes en keikogi et sa rencontre avec le Canadien Jean Frenette qui lui ouvriront durablement, en Amérique du Nord, les portes d’autres disciplines, d’autres expériences et d’autres fédérations. Une liberté de ton et d’entreprendre bien en phase avec les vertus cardinales du rêve américain, mais qui ne sera pas sans faire grincer quelques dents à l’époque côté hexagonal. Est-il de ceux qui ont parfois raison trop tôt ? La question lui inspire un sourire de dégagement… De retour en France pour la scolarité de ses enfants, c’est tout naturellement que le Nancéien aux trois nationalités (française, américaine et suisse comme sa compagne) met sa fille et son fils au COS. À force de les accompagner et d’observer les séances, il propose à Pierre Bichard-Bréaud de créer une section baby karaté et, s’il en est d’accord, de s’en occuper lui-même. La section des 4-6 ans voit le jour le mardi soir, en lever de rideau du cours des 6-12 ans où David intervient également.
Patient comme un père voyageur, pédagogue comme ces enseignants qui n’ont jamais oublié l’élève qu’ils furent – et demeurent – eux-mêmes, David s’attache à « transmettre les bases d’une éducation du corps et de l’esprit ». Insiste sur le respect de la règle et des consignes, l’attention au groupe, aux individualités en devenir qui le composent et aux exercices, la politesse et l’implication depuis le salut d’ouverture de séance jusqu’au rangement de matériel à la fin. Accessoires de couleurs, familiarisation avec les protections, combats souples face à des peluches, « le défi du mardi » comme il l’appelle, se révèle une belle tranche de vie – et l’occasion d’enfin rendre à son club de toujours « un peu de tout ce que celui-ci [lui] a donné ».

Houdan Karaté Do (Yvelines)

Nous avions laissé le HKD et ses 167 licenciés sur la terrible mais inspirante histoire de Jessica Hugues, son emblématique Madone. Le 4 avril, nouveau rebondissement : elle et Romain Lacoste, son compagnon et entraîneur, annoncent attendre leur première fille pour octobre. « Jess a vingt-cinq ans, je vais sur mes trente-et-un et suis tonton depuis deux ans. Tout le monde autour de nous nous sentait prêts pour le grand saut. Nous y sommes ! », se réjouit l’ancien médaillé mondial par équipes.

Comme un bonheur ne vient jamais seul, le titre de champion de France kata du cadet Haron Weiss, début avril à Lille, a allumé des étoiles dans les yeux de ses camarades de club. « Ça rebooste tout le monde car son titre est le fruit d’un long travail, dit Romain. C’est la quatrième année que nous bossons ensemble et, déjà, sa deuxième place à la Coupe de France en octobre dernier lui avait permis d’être sélectionné pour les championnats d’Europe de février au Danemark. Les entraîneurs nationaux avaient prévenu en amont : les lauréats de Lille seront en bonne position pour les championnats du monde de cet automne. Cette fois, c’est son état d’esprit et sa condition physique qui ont fait la différence. »

La fin de saison ? Elle s’annonce studieuse entre les échéances de mai, les passages de grade de juin et le gala final (en attente de validation de la salle par la mairie). Un moment attendu puisqu’il offre aux parents l’occasion de voir la progression de leurs enfants, faute d’avoir été autorisés à le faire depuis septembre pour ne pas générer de conflits de loyauté aux abords du tapis. Enfin, en juillet, il sera temps comme chaque été de se rassembler autour de l’ancien champion du monde par équipes Jonathan Plagnol, le temps d’un stage mobilisant une quarantaine de karatékas. Au menu : technique, jeux de cohésion et veillées… En attendant 2019-2020 et la nouvelle vie attendue au foyer de Romain et Jessica, le premier n’excluant pas l’idée de voir un jour la seconde « repiquer ensuite au jeu comme Lolita Dona » – l’un des rares exemples de maman devenue championne du monde

Académie de Karaté et Disciplines associées de Chevigny-Saint-Sauveur (Côte d’Or)

À l’AKDC, quand le sage montre la lune, l’élève surprend. Oui, il regarde parfois le doigt et oui, il se retrouve même encouragé en ce sens, soucieux déjà de maîtriser à son tour l’art subtil de la démonstration. C’est ainsi que les millenials Nathan Géronvil, seize ans, et Matéo Moscone, vingt ans, prennent peu à peu du galon sur le chemin d’un statut d’entraîneur aux forts accents de vocation.

Bachelier en 2018, Matéo Moscone voulait à l’époque intégrer la filière STAPS (Sciences et techniques des activités physiques et sportives). N’ayant pu y parvenir, il est parti à l’automne pour deux années de DEUST AGAPSC (Diplôme d’études scientifiques et techniques en Animation et gestion des pratiques sportives et culturelles) à la Faculté des sciences du sport de Dijon-Le Creusot, avec l’idée d’intégrer la filière STAPS en troisième année. Déjà soucieux de « rendre au karaté un peu de ce qu’[il] lui doit », ce jeune senior arrivé en 2013 à l’AKDC en provenance de l’ASPTT Dijon a soudain vu les planètes s’aligner : outre certains créneaux au club sur lesquels il intervenait déjà depuis une paire d’années comme assistant d’Alexis Dépée, le voici inscrit en option karaté dans le cadre de son DEUST. Une aubaine quasi unique en France, d’autant que les cours à la fac lui sont dispensés par le très investi Franck Picard, directeur sportif de l’AKDC et président du comité de la Côte d’Or. « Les enseignements théoriques de la fac, je peux les mettre en pratique chaque semaine au club dans le cadre des cours pour débutants âgés de dix à seize ans. C’est un vrai plus pour quelqu’un comme moi qui vient d’arriver dans la cour des grands chez les seniors et qui a, par ailleurs, vraiment envie de multiplier les profils d’élèves pour prendre ce chemin pour la suite. »
Âgé de quatre ans de moins, le vice-champion de France cadets 2018 Nathan Géronvil – frère cadet de Lilian, autre espoir prometteur – en est déjà à sa onzième saison sous les couleurs chevignoises. Lui aussi, c’est à force de voir ses mentors Franck Picard et Alexis Dépée au four et au moulin soirs et week-ends que le lycéen, qui prépare un baccalauréat en quatre ans au sport-études de Dijon, a senti croître en lui une tenace envie d’accompagner les minots à son tour. « Or, avant de coacher, si possible à haut niveau, il faut déjà apprendre à enseigner », nuance, avec une précoce lucidité, ce junior première année qui a – acte quasiment d’un autre siècle pour cette génération jouisseuse qui s’enorgueillit souvent de « vivre le moment » – d’ores et déjà « donné [sa] parole » qu’à dix-huit ans il passera l’examen national pour « devenir l’un des entraîneurs du club ». Cours à une dizaine de jeunes compétiteurs le jeudi soir, en mode front contre front et tapes sur l’épaule chaque samedi-dimanche ou presque, le 1er dan engrange une expérience précieuse. Sa soif d’apprendre est d’autant plus décuplée que les médecins lui ont confirmé en avril 2019 qu’il était atteint du rarissime syndrome de Kleine-Levin, une maladie neurologique qui se manifeste notamment par des crises récurrentes d’hypersomnie. « Du lithium m’a été prescrit pour les quatre prochaines années. L’idée est d’espacer de plus en plus les crises et de diminuer leur intensité. » Lorsque tout cela sera derrière lui, Nathan Géronvil n’aura que vingt ans. Et tout l’avenir devant lui

Association Culturelle et Sportive Chuong Qwan Khi Dao La Seyne-sur-Mer (Var)


Dans la grande famille de l’ACS, Sydney M’Roivili fait solidement partie des murs seynois. Avec son frère jumeau Idriss, il avait six ans en 1997 lorsque, sur les traces de leur sœur aînée, il se lance à son tour à la découverte des arts martiaux vietnamiens. Pieds, poings, projections : le côté complet de la discipline l’enchante, sur fond de véritable esprit club et de « déplacements en bus à cinquante ». Avec son frangin, Sydney comprend vite qu’en vivant intelligemment leur gémellité martiale, 1 + 1 pouvait donner 3. « À deux, nous avons toujours progressé plus vite. Une fois rentrés à la maison, nous pouvions répéter nos kuens, nous corriger mutuellement, etc. » Investis sur le tapis et en dehors, c’est tout naturellement qu’au bout d’une dizaine d’années de pratique et l’obtention successive de leur ceinture noire puis du DIF, les deux frères commencent peu à peu à prêter main forte côté encadrement au binôme composé de Maximilien Cartelle et de Serge-Emmanuel Chaudy. Cours enfants, cours ados, cours adultes, les soirées et les week-ends sont bien remplis. D’autant que, titulaire du BPJEPS, Sydney est éducateur sportif en journée et Idriss agent de sécurité sur le port autonome de Marseille… et que ni l’un ni l’autre n’ont fait de croix sur leur carrière de compétiteur. Au contraire ! Adeptes de la formation permanente, ils mettent peu à peu un pied puis l’autre dans deux disciplines honnies par les puristes mais dont eux assurent à vingt-huit ans qu’elles en ont fait des combattants et des enseignants meilleurs : le K1 et le MMA. « Pour bien faire, il nous a fallu trouver d’autres salles et d’autres sparrings pour progresser en grappling et en boxe anglaise. Les AMV, eux, nous ont donné de solides fondamentaux dans la gestion de la distance et dans l’art de toucher sans se faire toucher. Tous ces aspects se complètent et, en étant réguliers, ouverts d’esprit et soucieux de combler nos lacunes en liaisons debout-sol ou d’élargir notre palette d’options techniques, nous progressons en tant que combattants comme en tant qu’enseignants. Tout concilier demande une organisation millimétrée au quotidien mais c’est aussi cela les arts martiaux. Lorsque nous y parvenons, c’est extrêmement gratifiant pour nous et stimulant pour nos élèves qui arrivent derrière.

Anthony Diao / Sen No Sen

 

Anthony Diao / Sen No Sen

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