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Loin d’être isolés dans la vallée

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C’est pour faire face à une proposition sportive très faible autour des sports de combat que Stéphane Delprat a relevé, en 2013, le défi de monter l’école de karaté-do de la Barousse, au pied des Pyrénées, là où le ski, l’escalade, le football, le VTT ou le handball faisaient la loi jusque-là. Une aventure familiale avec l’inclusion et la solidarité comme piliers.

Quarante-trois communes et sept mille habitants disséminés sur trois cents kilomètres carrés, mais pas de club de karaté à moins d’une quinzaine de kilomètres, une courte distance sur le papier, mais qui retient le temps à mesure que l’altitude s’élève et que les lacets s’enchaînent : c’est le constat qu’a rapidement fait la famille Delprat en quittant Bordeaux pour la vallée de la Barousse. Et quand fille et fils s’unissent pour tanner leurs parents à démarrer le karaté, c’est le père, diplômé d’État qui passe à l’acte.
Pour sa progéniture d’abord, mais aussi et surtout pour tout un territoire alors privé d’arts martiaux. « Armé de la présentation de mon projet approuvé par le comité départemental, de coupures de presse et de quelques vidéos, je suis parti à la rencontre des élus locaux, resitue Stéphane. Ils connaissaient davantage le judo mais m’ont tous bien accueilli, conscients de l’intérêt d’offrir une activité supplémentaire à leurs administrés. C’est ainsi qu’en janvier 2013, après quatre mois de démarches diverses et d’achats de matériel pédagogique sur mes propres deniers, je lançais la structure, avec quatre élèves et autant de dirigeants à mes côtés. »
Autour de quatre axes définis comme autant de caps pour pérenniser la démarche – développer l’activité, former des ceintures noires, former des enseignants et amener à la compétition ceux qui le souhaitent – et un leitmotiv érigé en devoir : « que les pratiquants, peu importe leur âge, viennent chercher et trouvent quelque chose qui leur sera utile dans la vie de tous les jours ». Respect, tolérance, entraide, solidarité, … rien que du bonus pour cette Zone de Revitalisation Rurale comme il en existe près de quatre mille en France.

Les parents au cœur du système
Partie prenante du projet et premier soutien de son mari, Muriel Delprat fut des premiers adhérents à venir découvrir la pratique, d’abord dans la salle des fêtes d’Izaourt. « En étant son épouse, j’avais déjà compris la place que peut avoir le karaté pour un pratiquant assidu et passionné comme Stéphane, pose la coordinatrice enfance-jeunesse du territoire. Il a parfaitement su insuffler cet esprit club à ceux qui ont osé franchir le pas de la porte. Et contrairement à ce que je pouvais craindre au départ, sa proposition d’école traditionnelle a vite trouvé son public, en recherche de ce cadre exigeant. »
Kihon, kata, kumité, tout y passe, avec une diversité d’exercices qui fait de chaque séance un moment unique comme l’apprécie Noël Sanchez, quinquagénaire passé par le kyokushinkai et revenu à la pratique après des années de coupure. « Avec Stéphane, on sait pourquoi on est sur le tapis, grâce à son expérience et ses connaissances qu’il partage volontiers et qui amènent un véritable plus. Il y a de la zénitude qui se dégage de ses cours, ainsi que des discussions qu’il engage fréquemment avec les parents. Il est toujours plein d’idées, à fond, et tu ne peux qu’avoir envie de l’aider. Du coup, j’ai décidé de passer mon DAF pour tenter de le soulager. »

Des parents qui s’engagent
Une ouverture qui a également conquis Marie-Chantal Barthe, dans le sillage de son fils. « C’est par le bouche-à-oreille que l’idée lui est venue de se mettre au karaté, précise-t-elle. Une fois, j’ai dépanné une maman en emmenant sa fille au cours, il a pu voir ce que c’était et, quand il a eu cinq ans, il a pu s’y mettre à son tour. Il a affaire à un professeur attentif, qui prend bien tout le monde en compte, avec une large place accordée à la pédagogie. Aujourd’hui ceinture orange et verte, mon fils connaît par cœur tous les termes en japonais et il a trouvé sa voie, à vouloir toujours aller plus loin. De mon côté, vu que le courant passait bien, ça ne m’a pas coûté de donner la main, et me voilà vice présidente depuis deux ans. Le fonctionnement est limpide, tout est organisé collégialement et chacun décide de la tâche dont il souhaite s’occuper sur tel déplacement ou telle manifestation. Cette solidarité fait qu’il y a toujours quelqu’un, sur n’importe quel créneau, pour pouvoir renseigner les autres. »

Tous ensemble de l’école au dojo
Désormais installée sur la commune de Sacoué, où elle dispose de cent mètres carrés de tapis grâce à sa trésorerie saine et aux aides départementales et régionales, l’école de karaté-do de la Barousse a atteint son rythme de croisière avec une bonne quarantaine de licenciés, dont une majorité de féminines. « La rencontre de la rigueur et de l’aspect soigné, très présent en kata par exemple, fait que ça plaît aux jeunes filles, estime Muriel Delprat, une fois par mois au rendez-vous du créneau self-défense avec une dizaine d’autres, pour la plupart mères de licencié(e)s. « Il me manquait un élan pour me motiver, et cette offre de créneau mensuel m’a aussitôt plu », confirme Marie-Chantal, elle aussi de la partie pour « travailler toutes les parties du corps et prendre confiance en soi » malgré les kilomètres à avaler pour rallier le dojo.
Un frein aussitôt effacé par Stéphane et Muriel, quand cette dernière fut vite sollicitée pour remplir sa voiture alors qu’elle acheminait ses enfants depuis leur école. « Pour faciliter l’accès au club, on a mis en place un ramassage avec un minibus, qui me permet de prendre en charge jusqu’à huit enfants à la fin de la classe, précise Muriel. Ce sont de bons moments à vivre pour les enfants, dans le même esprit que les déplacements pour les compétitions, sur lesquelles nous convions toujours les parents et les copains pour venir supporter les engagés. » Ils étaient ainsi une quinzaine à avoir rallié le Grand Dôme de Villebon-sur-Yvette l’an passé, pour soutenir leurs trois compétiteurs, pour un voyage intégralement financé par le club et ses sponsors et immortalisé au pied de la tour Eiffel.

Amorcer le virage
En attaquant sa huitième année d’existence, la structure sait que sa pérennité n’est pas pour autant acquise et que l’abnégation et le temps passé ne doivent pas faiblir. « On est là pour rendre service et faire plaisir, sans rien attendre en retour, confirme Stéphane, conscient de la nécessité de dépersonnaliser son école pour assurer l’avenir, notamment grâce à l’appui de ses deux DAF. À nous de redéfinir le projet pour la suite, étant donné que nos objectifs initiaux sont désormais atteints. »
Pas d’inquiétude, les idées sont là, nombreuses et constructives, comme les séjours multi-sports qui offriraient, pendant les vacances scolaires, à la fois du karaté mais aussi des activités de la vallée – canyoning, VTT, escalade, ski, l’ajout de nouveaux créneaux en fonction de la demande ou des interventions dans le milieu scolaire pour démocratiser encore un peu plus le karaté dans le secteur. « Si ça prend bien, on pourra essayer de proposer toutes ces initiatives à l’échelle départementale », conclut Stéphane. Et ainsi définitivement désenclaver la vallée de la Barousse, à même de devenir un haut lieu du karaté haut-pyrénéen.

Antoine Frandeboeuf / Sen No Sen

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