27 mai 2026

Francfort 2026 / Ludovic Cacheux : « Maintenir cette dynamique et la faire grandir »

ActualitésFrance Karaté

2e nation au nombre de médailles (7), 8e au classement par faute d’or (5 argents, 2 bronzes), trois équipes qualifiées sur quatre pour la Coupe du Monde, cette jeune équipe de France a plutôt séduit aux Championnats d’Europe à Francfort (20-24 mai), par son état d’esprit et son karaté. Mais il reste du chemin à parcourir, comme l’explique Ludovic Cacheux, le directeur des équipes de France, dans son style, sans concession, avec franchise.

 

Contrairement à la météo, l’équipe de France est passée du chaud au froid lors de ces 61e Championnats d’Europe disputés à Francfort (20-24 mai). Le chaud, c’était pour les trois premiers jours. Dix qualifiés pour les finales ! Quasi inespéré au regard de l’histoire : un nouveau staff à peine installé, beaucoup de nouvelles jeunes têtes dans l’équipe. Le froid, c’était pour le week-end. Cinq finales, cinq défaites. Cinq chances de bronze, trois défaites. Toutes avec un storytelling différent qu’analyse Ludovic Cacheux. Mention spéciale à Nohan Dudon (kata déficient visuel), médaillé d’or pour la 3e fois d’affilée, et Virginie Boyer (kata fauteuil), médaillée de bronze pour la 5e fois, qui complètent le palmarès de l’équipe de France.

À froid, que vous vient-il à l’esprit en premier ?

Finalement pas la frustration, plutôt l’aventure humaine, avec toute cette réussite sur les trois premiers jours, cette dynamique enclenchée, toutes les ondes positives qui en sont ressorties, la performance des athlètes, cette capacité qu’on a eue à être performant. Cela reste le gros point positif. Ça n’enlève pas les déceptions malgré tout mais, à froid, le bilan est quand même très positif.

Quelles sont ces déceptions ?

De ne pas avoir « finalisé les finales ». Dans celles-ci, il y a un peu de tout. Celles perdues par Kylian (Cizo) et Clémence (Péa) sont liées à une défaillance, notamment psychologique. Ils sont rattrapés par la peur de mal faire, ils ont plus la peur de perdre que l’envie de gagner.

Thalya (Sombe), c’est autre chose. On avait mis en place un game plan avec Kenji (Grillon), validé aussi bien par lui, par moi que par elle. Et elle fait tout ce qu’il ne faut pas faire ! C’est une vraie déception parce qu’on n’a peut-être pas trouver le bon ressort, ou pas eu le temps, pour qu’elle ait une entière confiance en nous. Tout est nouveau aussi pour elle.

Concernant Younesse, il y a une forme de rage. Je suis rageux ! Ce qui s’est passé n’est pas normal. Le gamin perd 6 points dans la partie. On ne lui donne pas un balayage qui est juste magnifique. Et, derrière, on donne un Ura à l’Italien. Vidéo et photo à l’appui, le Ura, il n’est jamais dedans ! C’est scandaleux, franchement.

 

« Avec un peu de stratégie et de malice, dans un an, elles sont intouchables »

 

Votre regard sur la finale des combattantes, si brillantes en ½ finale ?

Il y a de la déception. Là, c’est plus personnel parce que, d’habitude, moi qui suis plutôt sur le plan stratégique, je me suis laissé emmener dans l’audace. Je l’assume pleinement et je ne le regrette pas. Le résultat et la dynamique des filles nous donnent raison. Avec Stéphanie (Bel-Lahsen Duperret), notre mot d’ordre depuis le départ, c’est : « soyez audacieuses, n’ayez peur de personne, faites votre karaté et on gagnera ».

Mais une finale, ça se gagne… Le placement est bon, sauf qu’on aurait dû dire à Zera Jade (Ozserttas) que l’idée était de fermer le combat, de ne pas s’exposer. Je ne l’ai pas fait, j’ai manqué de lucidité dans mon management et dans mon accompagnement de l’équipe et de Stéphanie. J’aurais dû revenir sur ce que je sais faire. Une finale, ça se gagne aussi avec de la stratégie.

Mais cela me donne beaucoup d’espoir en cette équipe. Avec un peu de stratégie et de malice, dans un an, elles sont intouchables.

 

« La performance se joue aussi beaucoup dans l’humain »

 

Avez-vous le sentiment que quelque chose qui va au-delà de la simple performance sportive s’est créé à Francfort ?

Je vais dire un oui ferme. Je ne pensais pas que les athlètes et le staff adhéreraient aussi rapidement à ma vision d’une équipe de France, à ma vision du haut niveau.

La performance se joue aussi beaucoup dans l’humain. Il ne faut pas oublier qu’on a de jeunes adultes, des adultes en construction qui ne sont pas professionnels, qui font le choix de s’engager et que la bienveillance doit être de rigueur même si, dans ton équipe, tu as potentiellement des champions.

Le mot d’ordre c’était : « on gagne ensemble, on perd ensemble ». Si des individualités doivent sortir, elles doivent sortir d’un collectif fort et uni avec, à l’esprit, les termes que j’ai employés lors notre première réunion le 21 mars : un, bienveillance, deux, communication, trois, respect et quatre, engagement. Quand ces quatre valeurs ressortent, on peut déplacer des montagnes.

 

« La vraie priorité est de maintenir cette dynamique et de la faire grandir »

 

Transformer l’argent en or est-il la priorité du travail à venir ?

Non, c’est une des priorités. La vraie priorité est de maintenir cette dynamique et de la faire grandir. Si on y parvient, les médailles en argent se transformeront en or. On pourra potentiellement faire comme les Italiens (1ère nation avec 7 médailles d’or).

Pour ces Championnats, on a travaillé dans l’urgence complète. Je suis arrivé début février en intérim, le staff a été mis en place il y à peine deux mois. Ce qu’on a réussi à faire, ce n’est pas inespéré, mais quand même.

On vise à vouloir être les meilleurs mais, je suis désolé de le dire, on en est encore loin. On n’est pas en capacité de faire comme les Italiens ou les Égyptiens. Avec beaucoup de travail et de solidarité, l’objectif final sera de transformer ces finales en médaille d’or.

Je m’inscris dans un projet à moyen-long terme. Dans ma tête, j’ai trois ans devant moi. Ces championnats d’Europe, comme la Coupe du Monde en novembre, ne sont que des étapes même si, dans celles-ci, il y a des objectifs.

Le premier objectif prioritaire, ce seront les Championnats d’Europe à Marseille dans un an. Le deuxième, les championnats du monde individuels dans un an et huit mois et le troisième, la Coupe du Monde dans 2 ans et 8 mois. Je veux construire un projet qui soit viable et qui tienne dans le temps.

 

« Je suis hyper déçu pour les garçons en kata… Tu te poses forcément des questions »

 

Léa Séveran, Mai Linh Bui, Julia Vilanova et Louise Capet (absente sur la photo), médaillées de bronze et qualifiées pour la Coupe du Monde.

Trois des quatre équipes sont qualifiées pour la Coupe du Monde à Hangzhou (20-22 novembre). Satisfait ?

Mitigé. Être satisfait signifie avoir rempli le contrat, donc avoir qualifié les quatre équipes. Je ne peux pas être satisfait qu’une équipe reste sur le côté quand on est l’équipe de France.

Je suis hyper déçu pour les garçons en kata et leur entraîneur Pascal Poitevin. De nouvelles règles sont tombées en février. Le nouveau mot d’ordre, c’est : on ne tape plus sur le kimono, on respire beaucoup moins, on est moins dans le sportif et le musculaire.

J’envoie les deux équipes à la Séries A de La Corogne (24-26 avril). Les garçons vont jusqu’en finale en proposant un karaté adapté aux nouveautés, l’équipe fille se fait disqualifier dès le 1er tour soi-disant parce qu’elles ont tapé deux fois du pied.

On arrive à Francfort. Dès les individuels, Stéphanie et Pascal me disent qu’il y a un truc bizarre, qu’il semblerait que des athlètes soient revenus en arrière. Effectivement ! Par exemple, tu vois l’Espagnole qui bat Helvetia (Taily) respirer fort, remettre un peu de tap’ sur le kim’ et aller en finale.

Que fait-on ? On reste sur la ligne de conduite prônée par l’arbitrage mondial ou on prend plus de risques et on voit ? On est resté sur notre dynamique.

Est-ce qu’ils auraient dû mettre plus d’intensité ? Peut-être. Par contre, en termes de synchronisation, personne ne fait aussi bien. En termes techniques, c’est propre, net, il n’y a pas de fioritures, on est dans ce qui est voulu.

Tu te poses forcément des questions. Tu passes de 2e de la Séries A à défaite au 1er tour parce que c’était propre, synchro, mais que ça manquait d’engagement, c’était trop timoré. Et tu vois les autres équipes revenir à l’ancien règlement. Attendez les gars ! C’est humain de se dire qu’on n’a pas eu les mêmes informations. Il faut être factuel quand même.

 

Ludovic Mauchien

Photos : Denis Boulanger / FFK

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