Le wado-ryu au coeur des montagnes

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Niché au coeur des Hautes-Alpes, le club fait vivre le karaté, et le style wado-ryu, depuis près de vingt-cinq ans. Une histoire d’amis et de passion à l’ombre des sommets, dans un village où l’esprit famille est une formule qui prend tout son sens.

La route s’écarte du centre du village. Elle passe sous la voie ferrée et s’enfonce vers les racines de la montagne. C’est au bout du chemin que trône le gymnase régional, long et imposant vaisseau de bois échoué au pied des premières pentes comme s’il venait de dévaler des sommets. Suivre les kiaï qui résonnent, comme un lointain écho aux ballons de volley qui rebondissent, vous conduira à l’étage, au dojo. C’est ici que prospère le Stéphane Karaté Club de Veynes. Un vaste espace, avec 170 m² de tatamis baignés de lumière, s’étalent au pied d’une grande baie vitrée triangulaire, où s’ébrouent une vingtaine de pratiquants. Ce lieu, le club l’a investi il y a huit ans, ce qui lui a permis de progresser « sportivement parlant », explique le professeur Gilles Valliere. Car le confort n’a pas toujours été là. « Avant, on travaillait dans un petit dojo où il faisait froid, se souvient le maître des lieux. Il n’y avait pas de vestiaire, c’était une pièce partagée en deux par une planche pour séparer hommes et femmes. »

Le karaté s’est installé à Veynes, commune de 3 000 habitants à 25km à l’ouest de Gap, au milieu des années 1990. Sa naissance s’est jouée entre un shampoing et quelques coups de ciseaux, dans le salon de coiffure de l’actuel professeur. Un certain Stéphane Mosca y avait alors ses habitudes. « Stéphane était un client, retrace Gilles Valliere. Il venait d’obtenir son premier dan et moi je pratiquais le full contact. Quand il venait au salon, on échangeait sur nos disciplines et, un jour, on s’est dit que ce serait cool de se faire un petit entraînement ensemble au village. » Quelques amis se joignent aux premiers essais dans la salle des fêtes. Stéphane prépare un diplôme d’instructeur fédéral, puis le club ouvre en 1995 sous le nom de Sporting Karaté Club. Il ne prendra son nom actuel que deux ans plus tard, en hommage à son co-fondateur, décédé dans un accident.

L’esprit village
De ces débuts aussi improvisés que conviviaux, l’association, qui compte une cinquantaine de licenciés, a conservé l’esprit de famille. Une « famille » qui a vu grandir quelques-uns de ses membres, comme Jennifer Dall’agnola, arrivée en 1997 à l’âge de six ans. « Je ne voulais pas faire un sport réservé aux petites filles comme la danse, se remémore la jeune femme, vingt-huit ans aujourd’hui. Le club était près de la maison. La section enfants venait d’ouvrir, j’étais l’une des premières filles et j’ai tout de suite accroché. » L’attachement est si fort que Jennifer est toujours là vingt-deux ans plus tard. Les études à Marseille ne l’ont éloignée que temporairement d’un club et d’un village où revenir vivre était une évidence. Pompier volontaire à Veynes depuis son adolescence, elle y a fondé une famille. Désormais, c’est elle qui encadre les petits lors des compétitions le week-end.

« On habite tous à peu près dans le même rayon, donc cela renforce l’excellente ambiance en dehors des cours, c’est naturel », développe-elle. « Dans un petit village, on se connaît tous, les liens sont peut-être plus serrés que dans les villes », renchérit Gilles. C’est ce même esprit qui a conduit Catherine Pizzorni dans ce village longé par le Petit Buëch, dont les eaux filent jusqu’à la Durance avant de rejoindre le puissant Rhône. « C’était une histoire de cœur, détaille celle que tout le monde surnomme affectueusement “Cathy”, cinquante-huit ans, arbitre nationale et prof à Veynes depuis six ans. Avec Gilles, c’est une amitié qui est née lors des stages. Je cherchais un club qui me corresponde et j’ai trouvé un endroit convivial où il y a autre chose que le karaté. » Un esprit qui l’a séduite au point de faire la route depuis Gap, où elle vit. Au point surtout de se frotter à un nouveau style, elle la 4e dan shotokan.

La souplesse et l’exigence
Car les portraits des maîtres, impassibles dans leurs cadres en bois, qui observent la troupe des licenciés, veillent au respect de leur discipline : ici, on pratique le wado-ryu, le courant créé par Hironori Otsuka. « J’ai eu beaucoup de mal à m’adapter car c’est un style assez différent de ce que je pratiquais depuis trente ans, confie Cathy. Mais ça a enrichi ma pratique. Le wado, c’est basé sur beaucoup d’enroulements, ça m’oblige à travailler bien plus en souplesse. » Ici, on le pratique avec fierté mais sans rien revendiquer. « Je ne suis absolument pas dans la guerre des styles, désamorce Gille. Notre premier professeur était wado, alors on a suivi cette voie. Au fur et à mesure, j’ai appris à en apprécier les particularités. L’esprit, c’est l’esquive basée sur l’aspiration des techniques du partenaire. J’aime aussi beaucoup la place accordée aux clés et aux projections. Mais je ne suis pas fermé pour autant. Si j’ai l’occasion de travailler avec un expert shotokan, goju-ryu ou shito-ryu, j’y vais volontiers et j’encourage les adhérents à faire de même : c’est ainsi qu’on s’enrichit les uns les autres. »

Dans ce coin des Hautes-Alpes « où l’on se sent parfois un peu loin de tout » selon Cathy, le club met un point d’honneur à participer aux compétitions. « C’est la moindre des choses, ça fait vivre le comité, sourit Jennifer, tout en regrettant qu’il n’y ait pas plus de participants dans certaines catégories. Et puis, Gilles nous y incite fortement », glisse-t-elle avec malice. « Pour ceux qui préparent un passage de grade, le simple fait de se présenter devant un jury en compétition va permettre de dédramatiser le moment. Et le jour où l’on effectue son kata pour le premier dan, on est moins stressé », confirme le professeur. « Notre grande fierté, c’est d’amener nos licenciés au passage de grade sans précipiter les choses, complète Cathy. Mais quand ils le passent, ils réussissent brillamment leur examen. Ici, on prend le temps de faire les choses de manière carrée, dans le respect de notre art martial. » Ce que confirme Jennifer, qui a récemment obtenu son deuxième dan. « Avec l’exigence et l’accompagnement de nos professeurs, on se sent mieux préparés que les autres. » Et à sa sortie des tapis, à peine diplômée, on lui demandait si elle voulait intégrer le jury des premiers dan pour la saison à venir. « Glorifiant », pouvait-elle savourer.

Gaëtan Delafolie / Sen No Sen

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