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Le karaté en première ligne

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Depuis plus de deux mois, ces trois pratiquantes assidues, infirmières dans le civil, ont vu leur quotidien chamboulé par la crise du Covid-19. Une expérience à nulle autre pareille vécue à la lumière de leur vécu de karatékas, avec calme et engagement.

« En alerte permanente »

Émeline Pernot (ASPTT Charleville-Mézières), 28 ans, 1er dan de kyokushinkai, finaliste de la coupe de France 2019

« De la même manière que je suis passée au kyokushinkai après dix ans de shito-ryu, c’est en adéquation avec mon caractère et mon éducation que je suis devenue infirmière en réanimation il y a six ans, alors que personne dans ma famille ne travaillait jusque-là dans le médical. Dans mon service, forcément très exposé avec le coronavirus, nous avons rapidement pris conscience de l’ampleur de la crise, mais sans pour autant en être effrayé.
Être en alerte permanente, vigilante et exigeante sur chaque geste, c’est aussi mon quotidien en kyokushinkai, où la moindre erreur peut être fatale en combat. Cette rigueur, je sais que je la dois en grande partie à mon professeur Kadir Maizi, à Shihan Legrée et aux experts que j’ai eu la chance de rencontrer sur les différents stages nationaux, dont on ne sort pas indifférent. À l’image de la volonté de partager et transmettre leur savoir qu’ils insufflent à chaque rassemblement, j’essaie à mon humble niveau d’avoir ce rôle dans mon équipe. Pourtant, même si je suis dure au mal, je reste l’une des plus sensibles au travail (sourire) ! Je me suis préparée aux séjours allongés des patients, à l’afflux soudain que l’on peut connaître à n’importe quel moment, en fonctionnant échéance après échéance pour prendre les journées comme elles viennent. La sensation d’être utile aux autres, constante en réanimation, m’a aussi aidée durant cette période pour ne pas me décourager face à la pression, et valider le choix de carrière que j’avais fait à la sortie de mon école. »

 

« Se faire confiance sans repère »

May-Ly Picard (ASBTP Nice), 23 ans, 3e dan de karaté contact, vice championne de France seniors 2018

« Jusqu’à présent, c’est vraiment le karaté qui figurait au premier plan dans mon quotidien. Quand j’ai obtenu mon diplôme en 2018, je me suis orientée vers la consultation cardiaque pour pouvoir avoir des journées de travail de huit heures qui me permettaient d’aller m’entraîner le soir. Là, quand le plan blanc (dispositif de crise qui permet aux établissements de santé de mobiliser immédiatement les moyens de toute nature en cas d’afflux de patients, NDLR) a été décrété début mars, c’est le travail qui a naturellement pris le dessus. Je me suis retrouvée en unité Covid-19, avec de nouveaux équipiers venus d’horizons différents. Pour mettre en place les protocoles avec les informations et le matériel qui sont arrivés progressivement, il a fallu se serrer les coudes et apprendre à se connaître très vite, Pas le temps de tergiverser, il a fallu s’adapter au mieux à la situation, en se faisant confiance malgré le manque de repères. Sur ce point-là, le parallèle avec la compétition est évident, et mon parcours de karatéka m’est bien utile actuellement. Avec mon coach mental, on a insisté sur le fait de relativiser les événements et de profiter du moment présent, notamment lors de mes temps de repos après plusieurs jours consécutifs en rotation de douze heures. Finalement, j’ai aussi appris à travers cette crise que je pouvais m’entraîner différemment, comme j’ai pu le faire avec des visios ou mon vélo d’appartement. Et si la compétition me manque évidemment, je me considère comme en intersaison, à équilibrer ma reprise avec mon entraîneur Anthony Perez pour ne pas risquer de blessure. Et pour pouvoir un jour reprendre normalement au club, il va falloir que tout le monde reste vigilant quant aux procédures d’hygiène. C’est fatiguant bien sûr, mais rien n’est encore gagné pour le moment. »

 

« Un patient, un combat »

Nada Al Ayoubi (COM argenteuil), 24 ans, 1er dan shotokan, victorieuse de la coupe de France shito-ryu 2020

« Partante pour découvrir une nouvelle facette de mon métier, j’ai accepté de passer en service Covid au début de la crise, sans vraiment trop savoir à quoi m’attendre au départ. Et puis nous avons commencé à compter nos masques, les patients se sont multipliés, et le stress avec. Mes collègues m’ont alors rapidement fait remarquer que je ne m’énerve jamais, que je sais garder mon calme en toutes circonstances. Cette discipline, elle me vient naturellement du karaté que je pratique depuis vingt ans maintenant, et notamment de Sidali Chaouadi qui m’a transmis cet état d’esprit. Un patient, une étape, un combat : pour chaque cas, il faut tout analyser, accepter de ne pas tout maîtriser et contrôler ce que l’on peut. C’est une affaire de concentration constante, de remise en question et d’auto-analyse aussi. Les deux premières semaines ont été dures car c’était vraiment pénible de ne jamais voir le bout de ses gardes et de sans cesse voir de nouveaux malades. Surtout que je n’avais plus le karaté pour extérioriser en fin de journée comme d’ordinaire. Je rentrais donc aigrie chez moi, jusqu’à ce que je trouve d’autres solutions pour évacuer. Moi qui ne suis pas une grande technicienne, je me suis mise à travailler Kanku Dai. Aujourd’hui, je suis de retour dans mon service hématologie cancérologie, et je peux affirmer que, après m’avoir construite et éduquée, le karaté fut un pilier pour tenir le coup. Des séances au personnel soignant, cela ne pourrait qu’être une bonne idée d’ailleurs ! »

Antoine Frandeboeuf / Sen No Sen

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