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Championnats de France kata, le débrief

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Des leaders qui s’affirment, des « jeunes loups » qui marquent des points dans leur transition vers les catégories d’âge supérieures, le championnat de France kata 2024 montre l’image stable en apparence d’une élite qui confirme, mais dans la dynamique d’une jeune classe du kata français en plein rush pour les batailles à venir, notamment des championnats d’Europe seniors en mai et des championnats du monde jeunes début octobre.

La première information positive de ce week-end technique et bruyant à Lille – la jeunesse française, des minimes aux seniors, s’étalonnant au championnat de France kata 2024 – c’était le nombre impressionnant de prétendants, qui dit déjà quelque chose de la santé du kata français. Fouillant dans ses papiers, l’indispensable Laurence Ormancey à la table centrale, annonçait un chiffre frôlant les quatre cents participants rien que pour la journée du samedi, à comparer avec les trois cent trente de l’année précédente. Chiffre encore renforcé par une inhabituelle baisse des forfaits, comme nous l’expliquait le grand ordonnateur de cet événement national depuis six ans, Bruno Verfaillie, assurant l’organisation avec les bénévoles de son club l’ASPTT Lille : « Plus on avance, plus nous avons de compétiteurs. En plus, on table généralement sur cinq à dix pour cent de forfaits et nous sommes largement en-dessous ! Nous étions donc soumis à une équation simple : si nous voulions finir à une heure raisonnable, il fallait que les cinq tapis tournent en permanence, avec une certaine pression sur tout l’encadrement et les arbitres pour perdre le moins de temps possible. Et même si j’ai tendance à préférer l’option des finales à la fin de la journée, nous avons gagné beaucoup de temps en les enchaînant, sans perdre en mise en valeur ».

©Denis Boulanger – Bruno Verfaillie et son équipe de bénévoles

De cette innovation, les finales effectuées au cœur de la journée, le secrétaire général de la fédération, Philippe Dherbecourt, s’en félicitait plutôt, en y voyant une belle mise en avant. « Cette année, la compétition est particulièrement animée et attractive. La décision de faire des finales isolées a donné une ambiance assez extraordinaire. On a des athlètes seniors et juniors qui sont au niveau international. Ils sont exemplaires au niveau technique et c’est très bien que les plus jeunes puissent bien les voir. C’est inspirant pour eux ».

Des confirmations et des transitions
« C’est un championnat de France entre la transition et la confirmation. De manière générale, ceux qui restent dans leur catégorie d’âge confirment leur leadership. Et en transition parce que certains, en train de changer de catégorie en France ou à l’international, ont cherché à se créer un chemin dans la catégorie d’âge au-dessus. Il est bon d’avoir vu des leaders capables de réaffirmer qu’ils sont bien installés et à leur place. Mais c’est très porteur d’avenir aussi de voir l’impatience des plus jeunes à tenter de bousculer la hiérarchie. Nous avons des espoirs d’excellent niveau » analyse Ayoub Neghliz, le patron du kata français. Des confirmations donc, avec, en premier lieu, les victoires attendues des deux meilleurs seniors du moment, Franck Ngoan chez les garçons et Helvetia Taily chez les féminines, mais non sans que la contestation la plus forte soit venue des jeunes les plus remuants, le néo-senior Lucas Hoffmann et la junior Maï-Linh Bui en tête. Cette contestation de la jeunesse en transition s’est enchaînée en cascade d’une catégorie d’âge à l’autre.

Seniors masculins – Franck Ngoan surfe la vague jeune
C’est contre le leader du Mabushi Veigne Sorey Morassi que Franck Ngoan gagnait son accession en finale, pour une décision sans appel des juges de 5-0. Sorey Morassi avait écarté au tour précédent l’ancien champion Enzo Montarello, victime d’un déséquilibre. Mais dans l’autre tableau, c’est bien le jeune Lucas Hoffmann qui s’offrait la finale après sa troisième place à la coupe de France – battu à cette occasion d’un petit 3-2 serré par Franck Ngoan. Lui-même avait dû sortir le grand jeu en demi-finale pour dominer par 3-2 le médaillé de bronze de l’année dernière, Fabien Tran, après avoir affirmé sa supériorité du jour sur son ancien rival en junior Lorick Nour Mauris et sur son camarade d’équipe pour le club de Sarcelles, Mahel Stassiaux. En finale, c’est Franck Ngoan qui sortait victorieux de leur affrontement avec son Unsu, face au Gankaku bien incarné de Lucas Hoffmann. Les arbitres lui donnaient quatre drapeaux qui valorisaient son habituelle élégance et sa spectaculaire vivacité. « En décembre, j’ai terminé deuxième de la xoupe de France, et en janvier 2024 lors du Paris Open Karaté, j’ai perdu pendant mes tours éliminatoires face au champion du monde en titre. J’ai analysé ces compétitions, je me suis beaucoup entraîné pour arriver sur ce championnat de France dans les meilleures conditions pour renouer avec la victoire. Ça n’est jamais facile, mais à chaque tour, j’ai essayé de faire vibrer les gens, de leur faire plaisir comme ils me font plaisir en m’encourageant. Mon club de l’ASEC Karaté était là pour me soutenir, les supporters dans les tribunes aussi. La finale, c’était un beau moment. J’ai senti beaucoup de ferveur. Maintenant, je vais me préparer pour les championnats d’Europe », se félicitait le jeune champion d’Évry-Courcouronnes, désormais vingt-trois ans, champion d’Europe espoirs en 2020 à Budapest. Mais le drapeau en faveur du jeune prétendant montre que ce dernier est toujours sur une vague positive, même s’il ne renverse pas la table ce week-end, au sortir de son excellente médaille de bronze aux très relevés championnats d’Europe espoirs de Tbilissi en février dernier. Impatient lui aussi, le champion de France juniors Lorick Nour Mauris termine troisième de cette catégorie seniors et aurait même pu être rejoint sur le podium par Tom Peltier et ses dix-sept ans, mais le médaillé mondial et européen par équipes perdait toutes chances en place de trois face à Sorey Morassi pour un fort déséquilibre. Il n’empêche : chez les seniors, les espoirs ont de l’avenir.

©Denis Boulanger – Franck Ngoan en demi-finale

Seniors féminines – L’aube d’une rivalité nouvelle
Le débat attendu en seniors chez les féminines a bien eu lieu, entre la vice championne d’Europe 2023 du SKB d’Épinay Helvétia Taily et l’Ajacienne médaillée de bronze mondiale seniors 2019 et olympienne 2021 Alexandra Feracci. La domination actuelle d’Helvétia Taily est confirmée par un clair 5-0, son Gankaku tout en ampleur parvenant à éclipser le Chibana-no-kushanku choisi par Alexandra Feracci, excellente ce samedi, et qui partait très fort sur sa finale, mais gardait peut-être un peu moins de constance jusqu’au bout de ce kata long et complexe. Helvétia Taily analysait sa prestation : « Sur les tours, au début j’étais un peu stressée, le temps de me mettre dans ma bulle, et finalement je me suis bien sentie comparée à la coupe de France. En finale, le fait d’avoir un public qui m’a encouragée m’a permis de me donner à fond. J’avais La Réunion derrière moi, j’avais ma famille aussi, et mon club qui est là pour m’encourager à fond. Ça joue beaucoup surtout quand on rentre sur le tatami et quand on est dans le kata. C’est une effervescence qui me pousse. »
Là encore, c’est en demi-finale que la rivalité du futur semblait s’esquisser, avec une défaite très étroite de la vice championne d’Europe juniors Maï-Linh Bui par 3-2 contre la championne du moment Helvétia Taily. La leader du Annecy Dojo opposait son fougueux Gojushiho dai au Gankaku d’Helvetia Taily, sans parvenir à déstabiliser dans l’esprit des juges le bel ancrage de la championne en titre. Mais le défi est d’autant mieux lancé que la jeune Bui s’imposait par 5-0 à son aînée Feracci pour le bronze. À ses côtés sur le podium, l’étonnante Yvon Sydney, dix-sept ans et… championne d’Europe juniors des -59kg combat à Tbilissi, annonce là aussi la couleur.

©Denis Boulanger – Helvétia Taily en finale

Juniors masculins – Le temps de Lorick Nour Mauris
En toute logique, les performances juniors en seniors annonçaient une belle supériorité des jeunes leaders dans leur catégorie d’âge. Mais, là encore, une dynamique jeune était enclenchée et ne laissait à personne la possibilité de s’endormir sur ses lauriers. Lucas Hoffmann engagé désormais en seniors, on attendait les deux finalistes de la coupe de France de décembre 2023 en finale, Lorick Nour Mauris du Karaté Club de Lure et Tom Peltier du Mabushi Veigne. Ils y sont, avec la victoire de l’un des hommes forts de ce week-end, Lorick Nour Mauris, finaliste l’année dernière face à Lucas Hoffmann, dont le Suparinpei bien travaillé lui valait quatre drapeaux contre un Tom Peltier, impétueux sur son Gankaku. Pour arriver en finale, Lorick Nour Mauris avait dû repousser, en demie, un Tom Courtois en pleine progression depuis sa médaille de bronze par équipes jeunes à Tbilissi. Quant à Tom Peltier, lui aussi en bronze en équipes à Tbilissi, c’est face au vice champion d’Europe cadets Thomas Klemz, seize ans, qu’il avait dû s’employer pour en arriver là. Il était passé d’un drapeau, sa puissance de frappe et sa maturité repoussant la vivacité et l’intensité du jeune franco-britannique. Les deux demi-finalistes déçus plantaient chacun un 5-0 pour monter ensemble sur le podium. Le futur proche peut compter sur leur active présence.

©Denis Boulanger – Lorick Nour Mauris en finale

Juniors féminines – Maï-Linh et les cadettes
La même dynamique est engagée chez les juniors avec une belle opposition finale de la princesse d’Annecy Maï-Linh Bui, dix-sept ans, face à celle qui règne depuis deux ans sur les cadettes, Ines Ordonez, quinze ans. Tout en vivacité et en changement de rythme, Ines Ordonez était parvenu à prendre un drapeau de plus en demi-finale à sa rivale du même âge, Ninon Vaucelle-Spelle, championne d’Europe jeune par équipes avec Maï-Linh Bui et la très jeune Julia Vilanova, pour se hisser en finale. Quant à Maï-Linh Bui, elle avait dû laisser un drapeau à l’excellente technicienne Noémie Géraud. La finale allait être à son avantage par cinq drapeaux à zéro, le droit d’ainesse étant respecté. Impressionnant d’énergie et de maîtrise, son Suparinpei version shotokan ne laissait aucune place au Papuren de sa cadette. En place de trois, Ninon Vaucelle-Pelle ne se laissait pas distancer en accrochant le bronze aux côtés de Manon Ros et ses dix-sept ans. La chef de file de cette jeunesse indocile était satisfaite de son championnat, avec deux podiums individuels sur le même week-end : « Une victoire en juniors comme l’année dernière, c’est très positif. Je suis très contente de ce que j’ai produit en seniors, parce que j’avais un tableau plutôt difficile et que je me suis bien exprimée. Mon Suparinpei ? On va dire que c’est mon kata signature, un kata que je me suis approprié. Il y a beaucoup de positifs à prendre de plusieurs styles ».

©Denis Boulanger – Maï-Linh Bui en finale

Cadets – Klemz et Ordonez, non sans combattre !
Comme il fallait s’y attendre, l’autorité des leaders cadets, remuants en juniors, était respectée dans leur catégorie. Tom Klemz du CKS Pays Créçois dominait en quart par 5-0 l’un de ses grands rivaux, Haroun Ramdani Mohammed et perdait même un drapeau en demi-finale contre Zadig Eyquem. Mais son Ohan-dai tout en intensité et en maturité physique surpassait par cinq drapeaux celui de Camil Perini du Gojuryu Kenkyukai de France en finale. Les deux cadets première année Zadig Eyquem et Thomas Huyet Dumong arrachaient les troisièmes places.
Chez les féminines, la technicienne de l’Institut de Gojuryu Kenkyukai de France à Vanves, désormais à l’Horizon Karaté Club du Quai Saint Bernard à Paris, Inez Ordonez, gardait son invincible autorité sur sa catégorie d’âge dans une finale de très haut niveau où elle était poussée jusqu’au bout par Ninon Vaucelle-Spelle, d’Annecy Karaté-Club. La dimension esthétique du karaté d’Ines Ordonez avec son Papuren, face à l’impact athlétique et à la détermination du gojushiho-dai de Ninon Vaucelle-Spelle… et c’était Ines Ordonez, la championne de France en titre, qui en sortait avec un drapeau de plus. Déjà, la bataille avait été âpre en demi-finale où Ordonez avait dû lâcher un drapeau à la cadette première année Aurore Despujol, troisième cette année à la très relevée Youth League de Fujairah, et Ninon Vaucelle-Spelle deux drapeaux à l’intenable et brillante Julia Vilanova. Deux techniciennes de quatorze ans que l’on retrouvait finalement en embuscade sur le podium à la troisième place.

Minimes – La surprise Bassoumba
C’était la victoire inattendue de ce samedi. Joshua Bassoumba de l’AS Évry-Courcouronnes prenait en défaut d’un drapeau en finale le Réunionnais Metis Pillant du Karaté-Club Léo de Saint-Gilles les Hauts à Saint-Paul, déjà finaliste déçu l’année dernière.

©Denis Boulanger – Joshua Bassoumba

Chez les féminines, la technicienne du SKB Épinay, Justine Kirsten, déjà victorieuse de la coupe de France, l’emportait par cinq drapeaux sur la médaillée de bronze des championnats de France 2023, Mélodie Lefebvre-Vella.

Par équipes – Un trio au-dessus du lot
Le défi était bien difficile à relever contre la triplette féminine « jeune » de l’Annecy Karaté Club, championne d’Europe de sa catégorie, regroupant les espoirs brillants du karaté féminin français, Maï-Linh Bui, Ninon Vaucelle-Spelle et Julia Vilanova. Les filles du SKB Épinay, Cassandre Guillaume, Maelle Drujon et Iliana Voratovic relevaient le gant, mais ne pouvaient échapper au 5-0. Une belle ovation accompagnait les championnes à leur sortie du tapis, et la troisième médaille du week-end pour Maï-Linh Bui, dont deux d’or. Chez les seniors, c’était du sérieux aussi du côté du SKB avec la leader actuelle Helvétia Taily, flanquée de Romane Leitao et de Manon Ros. Elles s’imposaient aux Parisiennes du SIK victorieuses de la coupe de France en décembre.
Pour les garçons, l’équipe jeune du Fontenay KC emmenée par Tom Courtois, avec ses camarades Samuel Grondin et Eddy Samoreau, s’imposait à l’équipe d’Épinay-sous-Sénart.
La bataille de prestige se jouait chez les seniors avec une opposition sérieuse et serrée entre deux équipes pleines de répondant : l’impressionnante équipe de Sarcelles, Maël Stassiaux, Lucas Hoffmann et Enzo Montarello, face aux garçons du Mabushi Veigne Karaté Club, Sorey Morassi, Gaëtan Coutière et Tom Peltier, en remake de la coupe de France. Mais les compétitions se suivent et ne se ressemblent pas toujours. Embarquée dans un dépassement de temps qui menaçait, l’équipe de Sarcelles devait interrompre avec un peu de précipitation son bunkaï, ce qui lui coûtait sans doute plusieurs drapeaux. Elle devait s’incliner par 4-1.

 

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