Y. Baillon, directeur des équipes de France
Haut-Niveau

Y. Baillon, directeur des équipes de France

4 octobre 2017 - FFK / Haut Niveau / Karaté

A l’issue du Conseil d’Administration du vendredi 8 septembre dernier, Yann Baillon a été officiellement nommé Directeur des équipes de France de karaté. Alors que le karaté sera pour la première fois aux Jeux Olympiques à Tokyo en 2020,  le champion du Monde 2002 nous explique les projets en cours et les attentes que suscitent cette perspective.

Yann, vous avez été nommé Directeur des équipes de France, que représente ce poste et ces nouvelles fonctions ?

Yann Baillon : Cette nomination, devenir Directeur des Equipes de France, est un réel plaisir ! Ayant grandi dans cette Fédération, en passant par toutes les étapes imaginables : pratiquant, athlète de Haut Niveau, cadre du Ministère des Sports, entraîneur, manager et aujourd’hui Directeur… Ce n’est que du bonheur ! Je suis bien sûr reconnaissant de la confiance qui m’est donnée depuis toutes ces années, et ce poste représente selon moi, plus une étape qu’un aboutissement. Le travail continue. Je remercie M. Dominique Charré, Directeur Technique National, à l’initiative de cette nomination, mais aussi M. Francis Didier, Président de la FFK, de m’accorder une nouvelle fois sa confiance en renforçant le travail engagé lorsqu’il m’a nommé manager en décembre 2016.

Aujourd’hui je considère que le poste de directeur n’est pas simplement une fonction hiérarchique. Ma mission reste la même, à savoir manager les équipes, échanger et optimiser les performances du clan tricolore. Au-delà du fait que désormais il y aura une partie administrative et logistique plus importante, mon rôle sera avant tout de coordonner les actions des entraîneurs et du staff de l’Equipe de France, en assurant évidemment, le suivi sportif. En termes d’objectifs, il faut savoir qu’ils sont définis par le DTN. Nous sommes régulièrement amenés à échanger sur l’ensemble des sujets, et ma mission est de mettre en œuvre une planification et une organisation pour atteindre ces objectifs.

Enfin, je suis réellement enthousiaste et satisfait de travailler avec des entraîneurs de qualité, que je connais depuis très longtemps, et dont l’objectif commun est de faire briller la France et la FFK à l’international. Le tout dans une ambiance de partage et de cohésion, visant à nous challenger en permanence les uns les autres.

yannbaillon2Cette nomination intervient à un moment historique dans l’histoire de la Fédération et de la discipline …

Effectivement, ces deux échéances olympiques sont pleines d’enjeux. Le karaté est enfin entré dans la cour des grands, et il va falloir agir en conséquence. Cela implique une anticipation et une vision large de notre part, car certes, il va falloir préparer les sportifs actuels, mais aussi les potentiels en devenir. Aujourd’hui la FFK est déjà importante, de par son nombre de licenciés, son organisation et sa structuration, et cet aspect olympique va lui permettre de franchir de nouveaux paliers. Il nous appartient de mettre en place des stratégies efficaces et d’avoir une réflexion différente sur le Haut Niveau. La charge de travail s’annonce très dense, mais le challenge est vraiment stimulant. Ce qui est drôle, c’est que nous n’avons pas eu les Jeux lorsque nous étions nous-mêmes sportifs, mais aujourd’hui on nous donne la chance de pouvoir aider les plus jeunes à atteindre leur rêve. Cet enjeu doit devenir notre principale source de motivation.

Qu’implique ce poste de Directeur des équipes de France, et quel va être votre rôle ?

YB : Selon moi, un bon directeur est un chef de projet, mais avant tout un bon manager, qui communique, partage et échange avec ses équipes. Chacun doit avoir des responsabilités. Mon rôle n’est pas uniquement de motiver les sportifs, mais c’est également de fédérer les entraîneurs, en leur fixant de nouveaux challenges et défis auxquels je sais qu’ils répondront efficacement, car nous avons la chance d’avoir parmi nous d’anciens grands champions, qui ont toujours cette flamme de sportifs de Haut Niveau qui les anime.

A titre personnel, je me suis toujours inspiré des personnes que j’ai pu rencontrer dans ma carrière, que ce soit en tant que sportif, entraîneur, manager ou maintenant directeur. Je me souviens, lorsque j’étais gamin, je m’inspirais des techniques de tous les champions que je pouvais observer, et cela m’a permis d’étoffer mon karaté. Cela fonctionne pareil dans ma carrière d’aujourd’hui. J’ai appris des nombreuses personnes que j’ai pu côtoyer à la FFK, et je continue de m’en inspirer. Je m’inspire toujours des plus anciens, avec l’optique de façonner une manière de manager qui me soit propre, tout en étant la plus efficiente possible.

En ce qui concerne mon rôle, je pense que la mission numéro une, est de maintenir une ligne de conduite sur la durée. Un fil conducteur avec la patte tricolore. Le karaté français a toujours brillé par son efficacité technique, et j’ai à cœur de pérenniser cela. En second lieu, je pense à l’olympisme et l’émergence inévitable d’autres nations. Cela va nous amener à davantage de professionnalisme et nous allons devoir avoir un cadre rigoureux, une organisation parfaite et une préparation efficace. Les règles devront être claires pour les athlètes comme leurs entraîneurs, et l’engagement doit être honnête et total.

Enfin, les athlètes doivent être au cœur du projet, tout doit être mis en œuvre pour optimiser leurs performances. Cela implique l’entraînement, le suivi scolaire, universitaire et socioprofessionnel.

L’enjeu de réussir les Jeux Olympiques …

YB : Un gros enjeu ! Il y a deux types de profils : ceux qui vont se dire qu’il y a beaucoup de pression, et que si ça se passe mal, ils prendront tout sur les épaules, et ceux qui ne vivent qu’avec les défis et les challenges. Je suis plutôt dans cette seconde catégorie.

Ayant moi-même été sportif de Haut Niveau, champion d’Europe et du Monde, je connais la pression, car je l’ai vécue toute ma carrière. Pour ma part cela m’a animé positivement. J’ai perdu, gagné, puis reperdu, mais je me suis toujours battu. Je pense que le stress est un élément positif, il permet d’être en alerte, dans l’attention constante, donc cette pression, il faut s’en servir. Si tu as peur de prendre des responsabilités, des risques ou de faire des choix, tu ne prends pas le poste. A chacun de savoir où il veut aller. Pour moi, cela doit être le cas de tous. Le karaté est un sport, et la compétition est un jeu. Pour gagner, il faut savoir jouer. Tu perds, tu gagnes, tu construis ta propre performance. C’est cette pression et ces objectifs qui donne du sens à ce que nous faisons, et qui doit nous pousser à nous dépasser !

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Comment est organisé dorénavant le Haut-Niveau ?

YB : Eh bien, avec ce nouveau rôle, je suis en lien direct avec le DTN. En second lieu, il y a deux axes majeurs, à savoir les Equipes de France, jeunes et seniors, mais aussi les pôles, jeunes et seniors. Nous avons récemment fermé le pôle de Montpellier, afin de centraliser l’ensemble des jeunes à Chatenay-Malabry, et nous avons également ouvert un pôle à destination exclusive des potentiels olympiques.

Sur le plan humain, nous avons désormais une organisation différente. Tous les entraîneurs vont tourner sur les pôles, avec l’objectif que tous participent à l’élaboration de ce projet olympique. Nous n’avons plus d’un côté les entraîneurs seniors et de l’autre les entraîneurs jeunes, qui restent ainsi cantonnés sur une catégorie d’âge, mais bel et bien un seul et même groupe d’encadrement, dans lequel chacun apporte sa pierre à l’édifice.

Quelles vont-être les grandes étapes jusqu’à Tokyo 2020 ?

YB : Il y aura trois grandes étapes. La première concerne le ranking mondial. Il faudra être dans les 4 meilleurs pour se qualifier pour Tokyo 2020, c’est-à-dire, être régulier et performant sur une longue période de qualification. Selon moi, cette étape est la plus difficile et la plus incertaine.

La seconde étape, c’est le Tournoi de Qualification Olympique à Paris au printemps 2020 ! Ce format de compétition, c’est quelque chose que nous maîtrisons davantage. Un « one shot », qui plus est à Paris ! Ce sera certes difficile, car on n’aura pas le droit à l’erreur, mais cela reste malgré tout dans le format d’un championnat du Monde. La dernière, sera d’aller chercher les médailles olympiques à Tokyo. Cette dernière étape est notre objectif absolu !

Avez-vous des incertitudes ?

YB : Des incertitudes… J’en ai tous les jours (rires) et j’en aurais certainement encore beaucoup, c’est pour cela que je m’appuie sur le DTN et mes collègues pour être en capacité de faire les bons choix. Sur les chances de qualification ou de médailles ? Des doutes oui, et cela est normal, mais nous pouvons très bien qualifier tout le monde et ne rien gagner aux Jeux ou bien qualifier deux athlètes et remporter un titre Olympique. A quoi cela sert de faire des plans sur la comète aujourd’hui ? La route est longue et sera difficile. Notre objectif est de faire le mieux possible, d’anticiper les problèmes, de s’adapter au contexte et d’avancer, le reste on verra…

Sinon, je dois admettre que je me pose actuellement quelques questions au sujet des épreuves par équipe, qui ont lieu lors des championnats du Monde et d’Europe, mais qui ne seront pas présentes aux JO. Culturellement, en France, et pour la Fédération, la compétition par équipe est très importante. Les athlètes se sont nourris, de générations en générations, des succès glanés en équipe. En France, les athlètes veulent tirer en équipe, au contraire d’autres nations qui placent la performance individuelle comme une priorité. Actuellement, le système de qualification pour les jeux ne prend pas en compte ces épreuves. Lors d’un championnat du Monde, qui aura certainement un coefficient 12, si un athlète se qualifie pour la finale individuelle du samedi, faudra-t-il le préserver des éliminatoires par équipe qui se dérouleront la veille ? En gagnant un championnat du Monde en individuel, un athlète est presque certains de se qualifier pour les Jeux Olympiques. L’enjeu sera donc énorme.

En France, nous avons cette chance d’avoir un niveau très intéressant, avec des jeunes qui performent. Faudra-t-il les intégrer aux équipes plus rapidement ? Faudra-t-il aligner les leaders ? Les entraîneurs et les athlètes connaissent cette réflexion, nous prendrons les décisions qui nous semblent justes et appropriées en perspective des jeux. Le karaté avance, se transforme et c’est notre travail de s’adapter à ces évolutions.

Serez-vous toujours sur la chaise pour coacher ?

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YB : Aujourd’hui, il m’est difficile de répondre. J’entraîne et je coach, ça se passe bien, mais j’ai besoin d’un temps plus important sur toute l’organisation, les jeunes, les seniors, les pôles, les katas… J’ai été clair avec les athlètes que je suis depuis plusieurs années, en leur disant qu’il était possible que je me retire à un moment, si cela impacte négativement ma fonction de Directeur. Je privilégierai avant tout la réussite collective. Je laisse la place au temps, je vais me centrer davantage sur l’entraînement personnalisé et je vais laisser les rennes aux entraîneurs sur l’animation du pôle olympique.

Un mot dernier mot sur l’actualité … Paris 2024 ! 

YB : La première réaction, c’est bien évidemment d’être heureux d’accueillir les Jeux Olympiques à Paris ! Il y a eu dans le passé quelques désillusions par rapport à cette candidature puisque le CIO n’avait pas retenu Paris. Pour cette candidature, on sentait qu’il y avait un dossier solide avec un soutien populaire, un gros travail a été fait pour ne pas reproduire les erreurs du passé. Je trouve que le CIO a été également très intelligent avec cette double attribution pour 2024 et 2028. Ce qui vient tout de suite en tête, ce sont forcément les perspectives d’y voir le karaté. C’est une autre opportunité de rester discipline olympique, de perdurer sur une deuxième olympiade. La perspective de remporter des médailles olympiques à Paris, en 2024 … Cela doit être un objectif pour tout karatéka !