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Thierry Thia Tue King Yn : « Le kali eskrima, c’est le duel »

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Troisième dan, formateur et professeur de kali eskrima dans l’Essonne et à la Réunion, Thierry Thia Tue King Yn est l’une des références nationales de cet art martial philippin.

Quand et comment avez-vous découvert le kali eskrima ?

À mon adolescence. Je dis souvent que je suis un enfant des arts martiaux puisque dès mes cinq ans, j’ai débuté le judo, que j’ai pratiqué longtemps, y compris en compétition puisque j’atteindrai une cinquième place lors des championnats de France « jeunes ». Mais j’avais envie de plus. Je me suis donc essayé au karaté, au kung-fu et à la boxe thaïlandaise. J’ai quatorze ans lorsque je découvre le kali eskrima grâce… au cinéma. En 1978, sort le film « Le Jeu de la Mort » avec Bruce Lee, que je vais voir au cinéma avec les copains. Il y a bien sûr la fameuse scène avec le basketteur Kareem Abdul-Jabbar. Mais juste avant, Bruce Lee se bat contre un adversaire joué par Dani Inosanto, américain d’origine philippine et élève direct de Bruce Lee en Jeet Kune Do. Dans leur duel, qui est l’un des derniers combats du film, Bruce Lee et lui utilisent des bâtons courts et des nunchakus. Cela m’a intrigué et, en cherchant un peu, j’ai découvert que Dani Inosanto était une référence en kali eskrima. Cette discipline, je vais alors avoir la chance de la découvrir, de l’étudier et de pratiquer avec Fabien Ceus, dans son club situé au sud de l’île de la Réunion, d’où je suis originaire. J’ai d’ailleurs toujours mes deux premiers bâtons, la spécialité de Fabien Ceus, à qui je dois beaucoup. Ce sont des reliques (rires) mais ils sont très symboliques.

Qu’est-ce qui vous a attiré alors dans cette discipline peut-être plus que dans les autres ?

Son côté complet. Il y a à la fois de la percussion avec du pied/poing mais aussi du travail avec armes : au couteau, avec un ou deux bâtons, avec bâton court et bâton long… Le kali eskrima est d’origine philippine et il a à la particularité d’être un art martial qui s’apprend d’abord avec les armes. Son ADN est lié à l’idée du duel, importé par les Espagnols au XVIe siècle lorsqu’ils colonisèrent les Philippines. Il s’inspire donc de l’escrime avec des exercices codifiés, construits sur l’idée attaque/parade/riposte. L’apprentissage de cette discipline débute logiquement donc à distance, avec un bâton long par exemple. À mesure que l’on devient un pratiquant confirmé, on diminue la distance de combat pour arriver au combat à mains nues. Cette progression pédagogique possède une vraie logique selon moi : passer lors de l’apprentissage des armes aux mains nues provoque beaucoup moins d’appréhension chez les pratiquants, aux élèves, que l’inverse !

Justement, vous êtes devenu enseignant…

En 2012, j’ai eu l’opportunité de partir quinze jours aux Philippines, sur l’île de Mindanao. Je fus alors en immersion totale avec une qualité de travail individuelle exceptionnelle. Depuis, je continue à apprendre et à découvrir. Une phrase d’un ami ne me quitte jamais : « qui croit savoir n’apprend plus ! ». Ce chemin emprunté, l’envie de transmettre s’est faite de plus en plus forte. J’ai donc passé donc mes diplômes jusqu’au DEJEPS de karaté, je suis devenu jury pour des formations puis intervenant en 2016.

Avant d’ouvrir votre propre école en 2019…

Exactement. À Fleury-Mérogis, dans l’Essonne. Ma spécialité est ce qu’on appelle le bisaya eskrima. Ce style se caractérise par trois domaines distincts : combat longue distance (largo mano), travail au couteau (baraw) et le plus important dans cette école, le travail de moyenne et courte distance au bâton (corto serada). Pour ce qui est du mains nues, j’enseigne classiquement le filipino boxing dont le concept tient sur l’exécution de mouvements par rapport à l’apprentissage d’un assaut à thème. Actuellement, outre l’école de Fleury-Mérogis, j’en ai ouvert trois autres à la Réunion pour un total d’environ cent quatre-vingts licenciés cette saison. Avec la municipalité de Fleury-Mérogis, nous travaillons sur un voyage aux Philippines en 2024 avec une quinzaine de jeunes pratiquants mais aussi sur une section para afin d’initier des personnes à mobilité réduite.

Comment qualifierez-vous votre pédagogie ?

Rigoureuse (rires). L’influence des arts martiaux japonais, en particulier le judo, puis le karaté, dans ma vie de pratiquant m’ont forgé. Du coup, la discipline, la rigueur sont des valeurs cardinales qui irriguent mon enseignement. J’insiste également dans mon discours sur les valeurs d’exemplarité et d’entraide. La diversité technique du kali eskrima a l’avantage de ne pas rendre son apprentissage ennuyeux. Pour les enfants, je travaille en prenant comme référence la rose des vents : huit angles d’attaque, huit blocages, huit remises. C’est ludique, varié et pédagogique. Voilà pourquoi je commence toujours par cela. Enfin, je les habitue à toujours travailler en sécurité, mais aussi, à prendre en compte, en permanence, leur environnement. Avec le kali eskrima, nous avons un champ d’exploration presque infini pour développer la dextérité, la coordination et l’assurance de soi. La richesse de notre art martial fait parfois dire aux élèves débutants « que c’est comme un buffet à volonté » (rires). J’aime bien l’idée.

Photos : Jhonny Thiaw Woaye

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