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Sylvie Lagrange, femme et combattante

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En 1974, elle devenait, à quinze ans, la plus jeune ceinture noire de France. Professeure accomplie, Sylvie Lagrange, qui prépare son 7e dan, est devenue, à son tour, garante d’un enseignement exigeant.

Châteauneuf-lès-Martigues, 1971. Sa sœur ainée, Liliane, lui demande de l’accompagner au dojo Léo Lagrange, pour son tout premier cours de karaté. « Elle ne voulait pas être la seule fille et j’étais naturellement là pour l’épauler. Mais, quand nous sommes arrivées là-bas, elle a pris peur… C’est vrai que c’était assez impressionnant. Le karaté ? Je ne savais pas ce que c’était » pose Sylvie Lagrange. Le professeur, c’est Laurent Saïdane, ancien capitaine de l’équipe de France combat. « Ses cours étaient très intensifs, c’est une époque où l’on portait plus les coups qu’on ne le ferait aujourd’hui. Savoir encaisser, ne pas abandonner, c’était aussi le rite de passage, le chemin de la progression. C’était rugueux, mais sain. C’était apprendre à devenir un combattant. » Si sa sœur ne se passionnera pas pour la discipline, faisant d’elle la seule fille du groupe à quinze ans, Sylvie fait sa place. « Il faut le dire, ce n’était pas simple dans ce milieu masculin, mais j’ai résisté prouvant ainsi qu’une fille était capable de suivre. » Trois années plus tard, elle sera ceinture noire… avant tous les autres élèves. « Ce fut une belle satisfaction, une marque de respect et de confiance de mon professeur, et cela a aussi permis aux femmes de venir s’inscrire en toute confiance. » En récompense de son engagement, Laurent Saidane lui confie d’ailleurs les cours adultes de ses quatre clubs pendant les vacances – « il partait notamment faire des stages à l’étranger » – alors qu’elle n’a que quinze ans. « Une autre époque, formatrice ». À 17 ans, elle ouvre, dans son club d’origine, une section enfants avant de déménager sur Bordeaux en 1981 puis d’ouvrir, après un petit break, un nouveau club à Gradignan.

Avec Yoshinao Nanbu en 2008

S’imposer

« En tant que femme, on est forcément testée. Sur l’autorité, sur les capacités physiques aussi. Heureusement, j’avais été à bonne école lors de mes dix années chez Laurent Saïdane. Cela m’avait permis d’acquérir une forme physique et mentale à toute épreuve. Je me suis fait une réputation. » La même année, en 1984, et pour faire plaisir à ses élèves qui le lui réclamaient, elle participe aux compétitions combat et kata. Une épreuve face aux autres qui la révèle encore un peu pus à elle-même. Avec ses nombreux podiums, elle rentre même en équipe de France jusqu’en 1994. C’est une évidence, le karaté lui a fait prendre conscience de son potentiel personnel. « J’ai enfin eu confiance en moi. J’ai alors quitté le carcan de cette enfant timide, introvertie, remplie de doutes. Ce passage en équipe de France m’a aussi beaucoup aidée pour entraîner mes élèves, être juste, précise, montrer où se situait l’exigence aussi » analyse-t-elle. Avec son compagnon, Noël Carrère, elle a ensuite repris le club du Sport athlétique Mérignacais qui compte alors dix-sept élèves. Club dans lequel elle enseigne toujours en plus de l’école de karaté-do de Gradigan. « Depuis, nous avons formé plus de trois cents ceintures noires et une trentaine de professeurs ». Plusieurs de ces jeunes qui trouvent à leur tour leur voie se feront même remarquer sur les podiums départementaux, régionaux puis nationaux. « La saison dernière en 2020 nous avons eu dix podiums nationaux ». Pas une fin en soi, mais le signe d’une dynamique et d’une efficacité pour celle qui parle avec des mots simples mais puissants de son plaisir d’enseigner.  « Transmettre ma passion et mon énergie me nourrit au quotidien. Ma plus grande satisfaction, c’est d’enseigner le plus honnêtement possible le karaté en respectant ses valeurs, ses fondamentaux. Parce que je vois qu’il y a de la noblesse dans tout cela. Le karaté, art martial, c’est dans ces deux mots que l’on doit aller chercher l’excellence. » Parce qu’elle a su déceler ce qui lui semblait précieux pour elle-même aussi. Avec près de cinquante ans d’entraînement derrière elle, Sylvie aime ainsi rappeler qu’elle a « eu la chance de faire des stages avec les plus grands experts de la discipline : Yoshinao Nanbu, Taiji Kase, Hidetoshi Nakahashi ou encore Kenei Mabuni. Je garde précieusement en moi leur enseignement et, au-delà, leur vision, l’esprit dans lequel ils dispensaient leurs conseils et leurs connaissances. Ainsi, à notre tour, nous devons être ces passeurs, garants du cap, des racines. » C’est avec cet état d’esprit qu’elle présentera son 7e dan en janvier prochain. Une nouvelle étape.

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