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Sato, le prince de Monaco

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Il cache un esprit guerrier acéré derrière une bonne humeur constante. Cultiver la simplicité, serait-ce son secret de longévité ? On lui donne à peine quarante ans alors qu’il est né en 1954 ! À la découverte de Yuichi Sato, le Prince de Monaco.

Avez-vous commencé par le style shotokan que vous enseignez ?

J’avais quinze ans à l’époque de mes débuts. J’étais jeune et bagarreur, et intéressé par la boxe thaï qui était déjà bien développée au Japon et dans ma ville d’Akita. Mais j’ai croisé le karaté et j’y suis allé. Ce n’était pas un projet familial ! La réputation du karaté n’était pas bonne et je payais mes cours tout seul. C’était une école shotokan, effectivement. J’ai fait ma première compétition à l’âge de seize ans. En kata, j’étais nul, je me suis même trompé dans l’enchaînement, mais en combat, j’ai fini second de la région. À ce moment-là, on faisait toujours les deux en tournoi et c’était une formation beaucoup plus riche. Je l’avoue, jeune, j’avais du mal à le comprendre. Maintenant, je le conseille à mes élèves.

Ensuite je suis parti à Tokyo pour le travail et j’ai demandé conseil à mon sensei, qui m’a envoyé vers un professeur extraordinaire, Masahiko Tanaka, un compétiteur qui avait été deux fois champion du monde. Je suis arrivé là avec une énorme motivation. Tout le monde travaillait à fond et aimait ça ! Ça a beaucoup contribué à développer mon kokoro.

Et comment êtes-vous finalement arrivé à Monaco ?

Mon sempai, Morita, était en France et voulait rentrer. C’était l’occasion de partir, de faire une belle expérience. Mais j’étais l’aîné de la famille et c’est une responsabilité. Plus tard, on reprend la maison, on s’occupe des anciens… J’ai demandé l’autorisation et ils ont accepté contre leur gré. J’ai débarqué à Bordeaux où tout s’est bien passé grâce au karaté. Ma femme m’a rejoint. Étant JKA, je suis allé me présenter à Kase sensei et j’ai reçu un peu plus tard une lettre de lui – pas de téléphone ou d’internet à l’époque – qui m’informait qu’ils cherchaient un professeur à Monaco. J’ai dit oui, et là encore le contact a été excellent. Les élèves étaient gentils et heureux d’avoir un professeur japonais, et moi j’étais content de découvrir une nouvelle mentalité qui me convenait bien. Cela a duré un an, avant de devoir rentrer sous l’insistance de me parents qui souhaitaient que nous nous mariions au Japon. Nous sommes restés trois ans… et puis j’ai eu l’information que Monaco cherchait un nouveau professeur. C’était comme une fatalité. Ma femme était d’accord. Mes parents n’en étaient pas heureux, mais c’était notre vie. C’est grâce au karaté que j’existe.

Emmanuel Charlot / Sen No Sen

Vous avez apprécié la culture française…

Notre vie ici n’a pas toujours été facile et continue à parfois être compliquée, notamment sur le plan financier. La vie est chère à Monaco ! Mais, comme je l’ai dit, j’ai tout de suite aimé la culture française, si différente. Bien sûr, on est parfois surpris quand on est japonais. La première fois que l’on va à la Poste par exemple, ou quand, dans un TGV, on se retrouve arrêté une heure sans explication claire. Au Japon c’est impossible ! Mais, grâce au karaté, j’ai eu un contact direct avec les gens, I shin den shin, (« d’esprit à esprit », NDLR) qui a construit ma relation aux autres et m’a permis d’approcher votre façon de vivre. Je peux dire que je ne suis plus totalement de culture japonaise même si, dans mon dojo, on a fondé une sorte de grande famille qui respecte aussi, globalement, ce qui me tient à cœur. Parfois, il faut parler, ce que vous savez faire, évoquer les incompréhensions. Ces deux cultures se respectent dans leurs différences, et je ne comprends pas très bien pourquoi ! Je me dis qu’il faudrait avancer à moitié de part et d’autre et que ce serait parfait. Quant à moi, en arrivant ici, j’ai goûté la liberté à la française et, pour la première fois à l’absence d’obligation, qui est la base de la culture japonaise, et à l’indépendance. J’avais cet esprit-là en moi et je n’ai pas pu revenir en arrière.

Emmanuel Charlot / Sen No Sen

Votre forme physique est impressionnante, quel est le secret ?

Il y en a sûrement un ! Jeune, j’ai travaillé à la japonaise, j’ai fait beaucoup de renforcement, jusqu’à épuisement. Et je continue… mais à mon rythme. Je dois l’avouer, quand j’ai senti que ma force commençait à diminuer, j’ai détesté ça et c’est une motivation pour moi. Je ne souhaite pas montrer de la faiblesse. La différence aujourd’hui c’est que je ne cherche plus un résultat immédiat. Je cherche les progrès techniques, la mobilité des hanches, le placement des épaules, quel endroit, quel muscle. Je cherche toujours à gagner en vitesse, en puissance, en stabilité, la meilleure utilisation de mon corps, et j’ai de la marge pour faire des progrès car je commence tout juste à analyser. Quand je vois les démonstrations de mes collègues japonais, je suis toujours passionné, j’essaie de percevoir ce qui leur paraît important, comment le traduire dans mon karaté. Je n’y arrive pas toujours ! Mochizuki sensei, cela fait des années que je le vois démontrer et j’ai l’impression de tout juste commencer à comprendre. Oshiro sensei, ce qu’il arrive à produire m’impressionne et sa présence est toujours positive. Avant le covid, je faisais aussi les stages internationaux, un peu comme un check-up. Pour moi, il est encore trop tôt pour juste profiter du soleil. Je n’ai pas envie de ça. À la plage, je nage. Je vais faire du vélo dès que j’ai un peu de temps, du golf parce que c’est comme le budo : c’est simple, mais très difficile. Le secret, c’est peut-être les enfants. J’aime descendre à leur niveau. Ils courent vers moi, cela me donne de l’énergie. Avec eux, je ne reste surtout pas sur le bord. Je bouge comme eux.

Quel serait pour vous le message du budo le plus important ?

Ce qui est important pour moi, ce que je comprends, c’est « Shu-Ha-Ri ». D’abord on copie, ensuite on quitte, enfin on trouve sa propre forme. Devenir Mochizuki sensei, sans toute la somme d’expériences que l’on fait dès ses débuts, ce n’est pas possible. Moi, j’ai copié très longtemps. Je sens que maintenant, c’est le début pour moi d’aborder d’autres étapes.

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