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Saïd Idri, mille vies

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Il est de ceux qui ont vu, développé et participé au développement du yoseikan budo en France. Fils du Nord, septième dan de karaté, expert fédéral et depuis peu responsable des grades au sein de la ligue des Hauts-de-France, Saïd Idri nous conte à travers sa passion immuable de la discipline un parcours de découvertes et d’expériences indélébiles. Mais aussi une évolution personnelle admirable.

Langage soutenu, mots ciselés. Converser avec Said Idri, c’est apprendre, découvrir, sourire aux anecdotes et aux souvenirs innombrables d’une figure incontournable du yoseikan budo « français ». À la fois témoin, acteur et passeur, débordant encore et toujours de passion, ce fils de mineur voit sa vie de pratiquant naître en 1965, du côté d’Oignies (Pas-de-Calais). « J’ai quinze ans lorsque je débute l’aïkido Mochizuki, comme cela s’appelait à l’époque, au sein du club de Roland Hiolle, se remémore-t-il. Ce dernier, est devenu depuis un père spirituel et que j’aime avoir auprès de moi, aujourd’hui encore lors de mes cours. À l’époque je suis un gosse solitaire, d’une timidité maladive. Pourquoi les arts martiaux ? C’était un monde secret, que je voulais découvrir, d’autant que j’avais eu, à mon corps défendant, une altercation avec un plus grand en colonie de vacances. Un choix fait contre l’avis de mon père, qui voyait ce sport comme une pratique pour les voyous. Du coup, Roland Hiolle venait à la maison pour le persuader que j’avais des aptitudes et que, côté discipline, il n’aurait rien à craindre, quitte d’ailleurs à venir me chercher à la maison avant les entraînements. »

« Hiroo Mochizuki m’a appris à marcher »

En 1971, le voilà deuxième dan d’aïkido Mochizuki mais également de judo. Cette même année a lieu la rencontre d’une vie lors d’un stage organisé par Minoru Mochizuki et son fils Hiroo. Au programme : aïkido, judo… mais surtout yoseikan, créé deux ans auparavant. « Une image me revient en mémoire : celle d’avoir voulu immédiatement et instinctivement faire comme Hiroo Mochizuki. S’il ne parlait pas un mot de français à l’époque, j’ai été fasciné devant ses démonstrations. Et avec le recul, je n’ai aucune pudeur à reconnaître qu’il m’a façonné physiquement – il m’a par exemple appris à marcher correctement sur un tatami ! – et moralement. » L’année suivante, le voilà qui ouvre son premier club, à Séclin (Nord). De tous les stages, Saïd Idri se fait remarquer à Montbrison (Loire) en 1977 par le fondateur de la discipline. Va naître alors une relation indéfectible entre le fils de mineur du Nord et celui de l’île d’Honshu. Très vite il va devenir l’un des rouages indispensables du développement et de la structuration du yoseikan budo hexagonal et mondial. « Vers les années 1981-1982, nous avons travaillé sur la règlementation arbitrale. En 1985, à Vichy, un stage est organisé pour sa mise en place effective. Nous avions deux séances quotidiennes : de huit heures à midi et de quatorze-heures à dix-huit heures. Un soir, Hiroo se montre insatisfait du travail réalisé. À peine le dîner terminé qu’il exige de nous voir sur le tatami. Nous avons travaillé jusqu’à minuit…» (il rit aux éclats).

Promu au grade de quatrième dan à cette occasion, Saïd Idri devient en 1988 directeur technique de la discipline, arpentant l’Hexagone afin, encore et toujours, de structurer la discipline « Ma stratégie a été la suivante : organiser des stages afin de rencontrer professeurs et pratiquants, sans relâche. Parmi eux, mon idée était de repérer les gens compétents, prêts à s’investir techniquement et administrativement. Puis, s’ils acceptaient, de leur donner des responsabilités, en tant que membre d’un bureau directeur par exemple.»

Championnats du monde à Carvin

Aux débuts des années 1990, débute la mission de développement du yoseikan pour la Belgique, les Pays-Bas et le Luxembourg et le Nord de la France. En 1999, le voilà à l’orchestration du championnat du monde de la discipline, organisé dans sa région natale, à Carvin (Pas-de-Calais). « Il y a eu dix-sept nations présentes ! Des Canadiens, des Japonais, des Sénégalais, des Algériens. J’ai pris l’organisation de cet événement comme un devoir envers Hiroo Mochizuki. Il avait accepté que ce rendez-vous majeur se déroule dans la région dont j’étais issu et dans laquelle je me suis tant investi. »

Encore professeur dans deux clubs, Courcelles-lès-Lens et Hénin-Beaumont – il y dispense sept heures de cours hebdomadaires, Saïd Idri a choisi de caler sa vie professionnelle sur sa passion. En 1987, il crée sa propre société de gardiennage/sécurité. « J’y ai vu deux avantages : le premier, pouvoir recruter ou former mes salariés aux techniques et valeurs du yoseikan. Le second, m’offrir une certaine indépendance et liberté dans mon emploi du temps. L’un des avantages à être son propre patron », explique celui qui, avec un large sourire, s’est alors vu affublé du surnom de « Bodyguard » dans le milieu.

Ne pas être la copie d’un autre

Désormais retraité, cet expert fédéral depuis 2003, qui soufflera bientôt ses soixante-treize bougies, jette un regard sage mais enthousiaste sur son art : « D’enfant bégayant devenu homme confiant en ses qualités, le yoseikan a transformé ma vie. Patron de ma propre entreprise, j’ai parcouru le monde et ses richesses auprès de Hiroo Mochizuki. Le yoseikan budo est d’abord pour moi une hygiène mentale, morale, alimentaire et physique. Aucune ne dépasse l’autre. Elles se combinent, s’entremêlent, se conjuguent. J’ai aussi compris grâce au yoseikan que quand l’esprit veut, alors le corps suit. Quel que soit le chemin, le temps, la volonté mentale peuvent vous faire arriver en des destinations insoupçonnées. Enfin, j’ai aussi acquis la conviction profonde que chacun doit trouver sa voie. Voilà pourquoi lors des stages que j’anime, je répète toujours : ne soyez pas la copie de quelqu’un. Trouvez votre propre forme de corps dans le respect du geste juste. Alors vous serez un pratiquant de yoseikan complet, plein, véritable. »

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