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Manon Spennato, nouvelle énergie au service du para

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Pépite du kata français au cours de la dernière décennie, la Vendéenne a pris les rênes de l’équipe de France de para-karaté depuis quelques semaines.

« Au début de l’année, j’ai contacté Gilles Cherdieu et Yann Baillon afin de réaliser un stage avec l’équipe de France de para-karaté en parallèle de mes études. Finalement, huit mois plus tard, je m’apprête à en prendre les rênes ». Il y a des histoires qui ne s’inventent pas. Une réponse du directeur technique national et du directeur des équipes de France à sa demande de stage initiale, une nature enthousiaste, des compétences solides et la voici un premier pied dans la porte de l’équipe de France. Une manière de renouer avec elle, aussi.

De Fontenay-le-Comte à Jakarta

Originaire de Fontenay-le-Comte, à une cinquantaine de kilomètres au nord-est de La Rochelle, Manon Spennato a fait ses armes au renommé Fontenay Karaté Shotokan dès ses six ans. « Chaque année, une journée d’essais était consacrée aux proches des licenciés du club. Ayant de la famille et des amies qui le pratiquaient, j’ai forcément fini par tomber dedans », sourit-elle. Combinant combat et kata durant plusieurs saisons, elle opte exclusivement pour la technique au moment d’intégrer la catégorie minimes. Le choix paie vite puisque, dès 2013 la Vendéenne, décroche sa première médaille en championnats de France. L’année suivante, elle poursuit son ascension, et change la couleur du métal, faisant partie du kata féminin fontenaisien sacré lors des championnats de France espoirs. Une récompense au bout des sacrifices. « Cinq entraînements par semaine sans compter les compétitions, une alimentation toujours sous contrôle, et surtout un emploi du temps difficile à conjuguer avec une première économique et sociale, c’est l’exigence nécessaire pour parvenir à ce niveau », se souvient l’élève de Christophe Brondy. Mieux, ses efforts lui valent une intégration en équipe de France, et une sélection pour les championnats d’Europe à Zürich, en 2015. Aux côtés des Savoyardes Lila Bui et Perrine Mortreux, la lycéenne repart de Suisse avec le bronze autour du cou, et l’espoir de disputer les championnats du monde juniors. Ce sera chose faite, en novembre de la même année avec, en prime, Jakarta comme théâtre. Après avoir disposé de l’Égypte, de l’Indonésie, puis des techniciennes vietnamiennes, le trio français l’emporte 4-1 face à la Macédoine. Consécration pour la Fontenaisienne, qui ajoutera, entre autres, une seconde médaille européenne et une coupe de France espoirs à son palmarès.

Parenthèse gardoise

Si elle passe son diplôme d’entraîneur en 2019, Manon Spennato décide également de raccrocher le karategi de compétition cette année-là. « Je m’étais engagée dans des études de psychologie par défaut, après le lycée, avoue la championne du monde 2015. Mais au moment où j’imaginais me réorienter, j’ai découvert une spécialisation en “thérapie comportementale et cognitive”. Une révélation ! C’est comme ça que j’ai découvert le monde du handicap. À ce moment-là, j’ai préféré me concentrer pleinement sur mon master, et cela impliquait de mettre le karaté de côté pendant un certain temps. » Master en poche, elle décide ensuite de faire une licence en activités physiques adaptées. C’est dans ce cadre que l’étudiante contacte le responsable du kata français Ayoub Neghliz lors de la coupe de France 2021. Un mail à Gilles Cherdieu et Yann Baillon plus tard, l’ancienne karatéka se voit conviée à deux stages de l’équipe de France de para-karaté… avant que l’échange ne prenne une tournure inattendue. « Étant donné que je souhaitais me mettre en retrait pour me concentrer sur mes études (en médecine, NDLR), il a rapidement été envisagé que Manon prenne ma suite, sous réserve que les stages soient un succès », confie Ahmed Zemouri, entraîneur de l’équipe de France de para-karaté jusqu’à cet été. Un premier en mars suivi d’un second deux mois plus tard confirmeront l’intérêt réciproque. Accepter cette responsabilité si jeune, un risque pour la femme de vingt-quatre ans ? Elle répond avec sérénité : « Être en responsabilité aussi rapidement, sans doute pas, mais je poursuivais l’objectif de postuler si le poste se libérait après ma fin d’études, pose la Fontenaisienne. L’humain, les discussions durant les stages avec une direction technique nationale qui croit en moi, m’ont convaincue d’accepter. Le domaine du karaté et celui du haut niveau me connaissent, et celui du handicap correspond en tout point aux études que je viens de suivre, alors pourquoi refuser ? Je crois qu’il faut juste avancer avec humilité et croire en ce que l’on fait.»

Passage de témoin en douceur

Pour la nouvelle venue, hors de question pour autant de chambouler le quotidien de l’équipe de France. Manon Spennato compte d’abord poursuivre le travail de fond entrepris par Ahmed Zemouri. « Quatre athlètes s’entraînent dans le Var, et une en Bretagne, nous organiserons donc des rassemblements bimestriels, et une séance d’analyse vidéo personnalisée mensuelle. Pour rester en contact, nous échangeons par messages, et les athlètes filment leurs séances d’entraînement pour me les envoyer. Sans oublier le soutien d’Ayoub, avec qui nous effectuerons un premier stage en commun. Et je sais que je peux appeler Ahmed, qui s’est beaucoup investi, en cas de besoin ». Membre du collectif, Nohan Dudon, vice champion du monde et médaillé européen non-voyant, confirme : « le courant est très rapidement passé entre Manon et les différents athlètes. Nous avons déjà beaucoup échangé et son implication donne envie de travailler ensemble ». Si tout semble réuni pour que le passage de témoin soit un succès, un programme chargé attend toutefois la nouvelle entraîneure, qui débutera en parallèle sa carrière de psychologue et d’enseignante en activités physiques adaptées. Revenue dans sa ville natale, elle envisage même de renouer avec la pratique du kata dans son club de toujours…  « À condition de retrouver un certain niveau et que cela soit en équipe. Je n’ai jamais vraiment été meilleure que les autres, mais c’était cet esprit d’équipe, ce sentiment d’unité et d’alliage des qualités de chacune, qui nous portait, quelque chose que je peux sans doute apporter et retrouver dans mes nouvelles fonctions. » Et la Vendéenne ne manque pas d’ambition : « l’ensemble du groupe est en progression depuis deux ans, et tous les athlètes sélectionnés lors des derniers championnats d’Europe y ont décroché une médaille. L’objectif est que chacun monte d’une ou deux marches en mars, lors des prochains championnats d’Europe. » De belles perspectives pour le para-karaté français.

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