La FFKaraté renforce ses liens avec « Fight for Dignity »

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Laurence Fischer, désormais « ambassadrice », en lien avec les ministères des affaires étrangères et du sport, doit prendre un peu de distance avec l’opérationnel de l’association « Fight for Dignity ». C’est l’occasion pour les nouveaux acteurs en charge de l’avenir de ce projet de faire le bilan et d’annoncer les orientations nouvelles d’un mouvement devenu à la fois international et transversal dans le sport français.
Dans le milieu du karaté, Laurence Fischer est connue pour ses titres mondiaux, un peu moins peut-être pour son engagement social. Tout commence pour elle en 2013 lors de sa rencontre avec le gynécologue congolais Denis Mukwege surnommé « l’homme qui répare les femmes », qu’elle rejoint en 2014 sur les rives du lac Kivu en République Démocratique du Congo, pour soigner, par le karaté, les blessures psychologiques et physiques des victimes de viols de masse utilisés comme arme de guerre. En 2017, elle fonde « Fight for Dignity » qui lui permet d’approfondir et de pérenniser cette approche d’un processus de résilience par une pratique adaptée du karaté, d’abord au Congo, puis bientôt en France à la « Maison des Femmes » de Seine-Saint-Denis. En deux ans, sous son impulsion, Fight for Dignity a travaillé sur un protocole d’approche des victimes avec l’Université de Strasbourg, parce qu’il était nécessaire de parfaitement comprendre l’état post-traumatique, de valider le travail sur le tapis avec un comité scientifique, pour le rendre plus pertinent encore.

Photo : Géraldine Aresteanu

« Les clubs doivent s’emparer du projet »
Emmenée par la convaincante Laurence Fischer, la structure a muri, a fédéré en son sein et autour d’elle. Elle s’est renforcée notamment avec l’arrivée de la psychologue clinicienne Samantha Vigne et souhaite désormais aller plus loin, comme l’expliquent Béatrice Avignon, présidente depuis quelques mois, et la directrice Sabine Salmon. « Il s’agit désormais pour nous de dupliquer le projet – en cela, l’ouverture de « Citadelle » à Nantes est une étape importante – et de travailler aussi avec des lieux d’accueil moins médicalisés. Par ailleurs, nous faisons le constat que peu de choses sont faites en France pour le sport adapté. Il est difficile par exemple pour ces femmes de retourner vers un club sans une sensibilisation des professeurs. Accompagnez les femmes blessées est une étape, mais il faut vraiment tenter aussi désormais de contribuer à permettre à la société d’anticiper les drames en commençant par rendre le milieu sportif plus conscient. Le sport est à la fois un espace commun et un espace sensible. Nous travaillons sur des formations pour aider les enseignants à percevoir les enjeux et à se doter d’outils ». Laurence Fischer insiste pour préciser qu’il s’agit d’un accompagnement. « Il faut s’adapter aux situations, travailler avec les acteurs de terrain sans lesquels il n’y a rien. C’est aux professeurs, aux clubs, de s’emparer du projet à leur façon ».

Photo : Géraldine Aresteanu

Florentin et Bouderbane ambassadrices
Même si l’Association a désormais vocation à dépasser son terreau originel, comme le prouvent l’intérêt des fédérations de football, de tennis, entre autres, et l’arrivée de Norma Bastidas, Mexicaine installée au Canada à l’aura internationale pour son parcours spectaculaire et poignant, ancienne esclave sexuelle devenue ultra-triathlète alignant les records, la FFKaraté reste le partenaire privilégié. En amies et admiratrices de la première heure de la fondatrice Laurence Fischer, les athlètes Anne-Laure Florentin et Sophia Bouderbane ont accepté de se faire ambassadrices du projet. Sophia Bouderbane, émouvante, expliquant qu’elle savait par son propre parcours à quel point le karaté pouvait être positif et rédempteur, sur un plan personnel comme au niveau d’une famille entière. Loin de sous-estimer sa responsabilité, la maison-mère de Laurence Fischer, par l’intermédiaire de son directeur Gilles Cherdieu, membre de la DTN, affirme la constance de son intérêt et de son soutien, rappelant le pourcentage de 40% de femmes licenciées et le chiffre en augmentation du nombre de professeurs et de hauts-gradées féminines. « Il y a une information à faire passer au niveau des diplômes et il faut même réfléchir à intégrer ces formations dans les nôtres. Je pense sincèrement que ce genre de projet ne peut que nous faire du bien. Les fédérations sont un peu le nez dans le guidon à gérer des filières sportives, mais nous avons besoin de retrouver la dimension humaine, de reconnecter à une sensibilité, une attention à l’autre qui nous fait parfois défaut ». Une expérience et un constat sans doute largement partagés à la base, dans les clubs, qui savent que leur projet quotidien est d’abord celui du respect partagé et de l’ouverture aux autres, avec délicatesse et empathie, dans un engagement au long cours. Le projet « Fight for Dignity » est désormais source de réflexion et de progrès pour les karatékas français qui sauront l’intégrer à leur corpus de formation et à leur conscience.

Emmanuel Charlot / Sen No Sen

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