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Kyokushinkai, dojo de l’exigence

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Compétiteur reconnu, Djema Belkhodja a créé le Spirit Dojo Paris il y a six ans. Il y enseigne le kyokushinkai à sa manière : pas de zone de confort, discours accessible et strict respect des valeurs martiales. Un dojo de l’exigence.

L’antre se situe au rez-de-chaussée d’une barre d’immeuble, dans le XXe arrondissement de Paris. L’affichage surmontant la porte d’entrée ne laisse d’ailleurs aucune place au doute : nous sommes bien au Skarbowsky Gym, qui se définit comme étant le « premier camp de boxe thaï en Europe. » Mais les Nak Muay ne sont pas les seuls à y avoir droit de cité. Il y a le ring, les sacs de frappe. Et une autre salle, plus petite. « Ici, il fait chaud, très humide et nous n’avons pas énormément d’espace. En fait, personne ne peut y trouver sa zone de confort, et c’est tant mieux, » sourit Djema Belkhodja. Trois fois par semaine, c’est dans cet espace confiné que ce professeur de kyokushinkai met ses élèves du Spirit Dojo Paris à rude épreuve.

Coup de projecteur
Avant d’adopter la posture de l’enseignant, Djema s’est forgé, grâce à ses résultats au plus haut niveau, une solide réputation dans le milieu. Douze titres consécutifs de champion de France, un sacre européen en 2012, de multiples podiums internationaux… Le disciple de Jean Chateau dispose d’un palmarès impressionnant. Au mitan des années 2010, ce compétiteur chevronné se rend cependant compte qu’il n’est pas totalement comblé. « J’avais envie de renouer avec l’essence de la discipline, en alliant quête de la performance et esprit martial, explique-t-il. J’avais ma propre vision des choses, et j’ai senti qu’il était temps que je crée mon club. » Une rencontre – tout à fait fortuite – avec Jean-Charles Skarbowsky permet ainsi de signer l’acte de naissance du Spirit Dojo Paris. Nous sommes en 2014.

Les premiers pas du club sont timides, mais la notoriété de son fondateur va lui servir de tremplin idéal. Pendant que la vidéo le montrant en train de mettre KO Alejandro Navarro connaît un réel succès sur la toile, Djema se hisse en finale des championnats du monde toutes catégories organisés à Tokyo, en 2015. Il n’en fallait pas plus pour inciter un nombre croissant de curieux à franchir la porte du dojo.

« Ses mots ont un poids »
Parmi eux se trouve notamment David Mertens qui, guidé par un ami, a délaissé le taekwondo pour se tourner vers le kyoku. « Malgré son palmarès, Djema reste très accessible, affirme le steward de 47 ans. Il a du vécu, ses mots ont un poids. Il se met juste au-dessus de notre niveau et, de cette façon, les exercices proposés ne nous paraissent pas irréalisables. Chacun se sent progresser et y trouve son bien-être. » Le champion n’est donc pas resté dans sa bulle et a su, au contraire, trouver la bonne approche pour séduire les novices, les accompagner et les garder. « Je dois avouer que, la première fois, j’ai eu un peu peur qu’il me prenne de haut, d’autant que je n’avais strictement aucune base, reconnaît Mathieu Fabra, qui fêtera ses vingt ans à la fin du mois. Mais ça n’a pas du tout été le cas. Il ne met aucune barrière entre les débutants et les pratiquants confirmés, ce qui est particulièrement motivant et m’a sans cesse poussé à progresser. »

Même si la compétition représente une part évidente de l’ADN du club, le professeur de 35 ans n’oblige personne à emprunter cette voie. Ce qui convient parfaitement à Maëlle Camus-Ginger, 33 ans, revenue sur les tapis après une parenthèse nécessaire en raison de sa grossesse. « Djema est un coach très bienveillant, assure-t-elle. Il sait aussi donner de précieux conseils à ceux qui, comme moi, ont pour seul objectif de dépasser leurs limites personnelles. » Les qualités pédagogiques de l’intéressé semblent unanimement reconnues. Tout sauf une surprise aux yeux de Cyr Zoungrana, 51 ans, qui le connaît depuis de longues années et l’assiste lors des séances. « Même quand il préparait de grosses compétitions, Djema prenait certains entraînements en charge et mettait son expérience en pratique, narre celui qui a aussi été formé par Jean Chateau au Cercle Kibukan. Je pense aussi que son expérience au Japon lui a été extrêmement bénéfique. » Après avoir décroché sa médaille d’argent mondiale en 2015, le combattant super-lourds est en effet resté quelques mois à Tokyo, afin de s’imprégner des méthodes d’enseignement nippones.

Règles à respecter, limites à repousser
Et le moins que l’on puisse dire, c’est que les séances que le prof Belkhodja met en place sont particulièrement éprouvantes. « Pratiquer le kyoku nécessite d’être en excellente condition physique, témoigne Mathieu Fabra. Il faut avoir du cardio, des appuis solides, être capable de beaucoup encaisser. C’est pour ça que les séances concoctées par Djema sont très intenses. Il n’y a pas de répit, c’est 1h30 à bloc ! ». « Ceux qui ne viennent que pour la castagne ne sont pas les bienvenus pour autant, prévient toutefois Djema. C’est une chose d’avoir de la force, c’en est une autre de savoir la canaliser. Tout doit être fait dans le respect de l’adversaire, comme l’exige n’importe quel art martial. »

Du plein contact et un esprit martial, voici la recette du succès du kyoku dans cette rue du XXe arrondissement de la capitale. À tel point que Djema est contraint, à chaque intersaison, de limiter l’afflux des nouveaux arrivants. « J’ai l’impression que les gens cherchent un sport de combat qui se rapproche de la réalité et dans lequel ils ne peuvent pas tricher, analyse Cyr Zoungrana. En kyoku, impossible de faire semblant, que ce soit lors des séances de préparation physique ou en combat. Nos pratiquants veulent se tester, savoir où sont leurs limites. » Ces limites, justement, les élèves de Djema ont souvent l’occasion d’y être confrontés. Et ils ont pour ambition de les repousser.

Raphaël Brosse / Sen No Sen

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