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Kata, chemin et volonté

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Avant la coupe de France les 4 et 5 décembre prochains à Orléans, quatre professeurs reviennent sur les spécificités du kata français, les points fondamentaux de son enseignement et son positionnement au niveau mondial.

Ils ont fait du kata, d’abord de son apprentissage, puis de son exécution au plus haut niveau national, continental et mondial, et désormais de son enseignement, leur quotidien. Échanges avec Sonia Fiuza, Ahmed Zemouri, Jean-Marc Phommavong et Marc Ruelle, observateurs éclairés et pertinents, pour mieux comprendre qui sont les techniciens et l’ancrage du kata dans le karaté français.

Une pratique liée au caractère

« Lorsque j’étais en équipe de France de 2003 à 2012, j’ai remarqué que les tempéraments étaient assez marqués entre compétiteurs kata et combat. Les premiers m’ont souvent paru plus calmes, plus posés. Peut-être plus « scolaires », plus individuels, sans être individualistes. Car un kata peut se travailler seul. Alors que le combat nécessite un partenaire. C’est une différence fondamentale », pose Sonia Fiuza, vice championne du monde 2008 et championne d’Europe par équipe 2012, désormais enseignante dans sa ville d’origine de Nice. Une lecture partagée par Marc Ruelle, 4e dan et professeur au CKS en Pays Créçois karaté (Seine-et-Marne). « Depuis dix-huit ans que j’enseigne, il y a des invariants au niveau du caractère des pratiquants. Ils sont souvent plus introvertis. Lorsqu’on leur explique qu’ils vont devoir travailler et répéter la même chose pendant des années, ils adhèrent à cela parce qu’ils y trouvent du sens. Dans une société du zapping permanent, ce n’est pas la norme ! On repère donc immédiatement ce type de pratiquant. »

Pluralité pédagogique

Quid, du coup, de l’enseignement à ces élèves, prêts à assumer une répétitivité obligatoire pour la performance, voire pour progresser, tout simplement ? Ahmed Zemouri, vice champion du monde par équipes en 2016 et professeur à l’AASS Karaté Sarcelles explique se détacher de sa propre pratique. « Mon objectif est de donner tous les outils à mes élèves pour qu’ils s’approprient ce qui leur convient le mieux. De les autonomiser plutôt que d’en faire des disciples. Il y a au moins deux manières de faire un yoko geri pour le kata. Soit sur l’avant du pied, soit sur le talon. Et bien je veux qu’ils sachent faire les deux. En clair, leur kata c’est 80 % eux, 20 % moi. » Les points clés pour Jean-Marc Phommavong, 5e dan et enseignant au Karaté Club de Lure, en Haute-Saône ? Ce technicien l’exprime sous forme d’un triptyque : explosivité, ancrage et puissance. Et s’appuie énormément sur le kihon. « Cela permet de travailler la précision des positions et la répétition des gestes. » Jean-Marc Ruelle, de son côté, plaide pour une approche plus contextualisée à l’évolution de la discipline et de la société. « À notre époque, nous étions dans la répétition pure et dure, avec un enseignement très vertical. Là, les nouvelles générations veulent donner du sens à ce qu’elles font. Les interactions avec nous, les professeurs, ne sont plus les mêmes. Voilà pourquoi je privilégie la diversité des exercices, y compris à deux, avec un aspect ludique assumé. Le début de l’apprentissage débute par la compréhension technique via le bunkaï pour passer ensuite au kata en lui-même. Mais varier les approches pédagogiques permet de faire répéter, sans installer de routines qui peuvent conduire à de la lassitude. »

Prime à la technique

Mais existe-t-il alors un kata « à la française », une « French Touch » ? Sonia Fiuza évoque « la priorité donnée à la technique, au côté traditionnel en ajoutant un atout de puissance. » Une primauté à la finesse technique confirmée par les autres experts interrogés, qui y voient l’empreinte du lien privilégié entre la France et le pays fondateur de la discipline, ainsi que les nombreux experts japonais présents sur notre territoire. Un nom revient également dans les propos de chacun : Mickaël Milon. LA référence. « Il a réussi l’exploit d’aller chercher les Japonais sur leur terrain, analyse Jean-Marc Ruelle. Il est décédé il y a près de vingt ans (en 2002, NDLR), mais il reste l’exemple inspirant du kata français. Il a marqué sa génération, qui en a parlé à la suivante… »

Phase de transition

À l’international, le Japon, l’Italie, l’Espagne possèdent une véritable culture du kata, on l’a encore vu lors des derniers championnats du monde. Avec, c’est un constat unanime, une place croissante donnée à la dimension physique et à une « domination du style shito-ryu qui débuta à mon époque » souligne Sonia Fiuza. « Chaque pays a son style : robotique pour l’Espagne, très physique pour l’Italie, intégral pour le Japon qui sait toujours mettre ce qu’il faut de sens du combat dans ses kata et minimaliste pour la Turquie. Un pays qui a su épurer ses prestations pour coller aux exigences arbitrales. » Quelle place pour la France dans ce contexte ? « Je pense que nous sommes dans une phase de transition générationnelle » explique la professeure niçoise. « Il y a une prise de conscience que le karaté français commençait à prendre un certain retard, ajoute Jean-Marc Phommavong. La mise en place d’entraîneurs régionaux mais également d’entraîneurs pour les zones Nord et Sud depuis le début de saison est une excellente chose. La détection de haut niveau va être plus précoce. Et où il y a une volonté, il y a un chemin.» Son expression sera à suivre dans quelques jours lors de la coupe de France.

Thomas Rouquette / Sen No Sen

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