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Kali Eskrima, le champ des possibles

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« L’optimisme est la foi des révolutions. » Si cette pensée est signée de l’Académicien Jacques Bainville (1879-1936), dont aucun lien n’est connu à ce jour avec les Philippines, elle témoigne d’un état d’esprit qui doit accompagner l’évolution (sans r) tranquille des Arts Martiaux du Sud Est Asiatiques (AMSEA). L’enthousiasme, c’est en effet ce que met en avant Didier Garcia, le référent national, à l’heure de la reprise dans le contexte exceptionnel de cette année 2020. « C’est notre responsabilité que de passer ce message, dans le cadre d’une pratique très riche qui permet notamment cette distanciation grâce au travail avec armes. C’est la sérénité et l’ouverture qui doivent nous permettre de faire connaître les AMSEA, le kali eskrima comme le pencak silat. Il existe environ cent vingt clubs aujourd’hui sur le territoire, avec notamment une forte implantation à Paris et dans l’Ouest de la France où, historiquement, de nombreux professeurs se sont installés en enseignant le jeet kune do » pose Didier Garcia, appliqué à apporter un soutien technique et pédagogique aux professeurs.

Un travail sur le contenu technique
« Nous gardons le cap, avec un soutien de la fédération qui a encore été très concret au cours de la saison écoulée : six moments forts avec les stages de rentrée, de novembre et de janvier, un open international, les championnats de France, le stage prévu en mars… poursuit Didier Garcia. Pour moi, cela répond très clairement à la question de savoir à quoi sert une licence dans une grande fédération structurée comme la FFKaraté. » Et les projets ne manquent pas. « Nous prévoyons de former des instructeurs régionaux pour épaissir le maillage, soit une douzaine en tout, d’identifier trois à quatre nouveaux experts aussi. Nous allons mettre en place une plateforme, sans doute sur YouTube, avec des vidéos éducatives, en distance largo notamment (avec des bâtons de 70 cm, les plus longs, en comparaison avec les distances corto et medio de ces disciplines, NDLR) pour proposer un bagage technique et un soutien aux enseignants qui en ont besoin. De quoi atteindre le potentiel des cinq mille licenciés auquel, je crois, peuvent prétendre les AMSEA. »

Pratique sécuritaire grâce au travail à distance
À Montpellier, Stéphane Valleix sort d’un été au cours duquel il aura proposé en continu un cours au parc de la Lironde, au sud-est de la ville. « De quoi rester en contact avec les élèves qui en avaient au moins autant besoin que moi, sourit celui qui a découvert les arts martiaux à quinze ans, a longuement pratiqué le viet vo dao qu’il enseigna aussi, allant chercher au fil des années dans l’aïkido, le jeet kune do, la boxe française, le wing chun kung-fu, le yoseikan budo, le tai chi… Me retrouver à pratiquer les arts martiaux philippins, ce fut donc un peu la rencontre avec moi-même, avec ce que je cherchais, explique ce quatrième dan de 46 ans, de l’école FCS Kali. Notre discipline souffre encore de la méconnaissance du grand public et c’est aussi pour cela que sortir de nos lieux de pratiques habituels est un enjeu. Pas pour des démonstrations que je n’apprécie guère car elles ne proposent pas de participer, mais pour des cours ouverts. J’enseigne dans une perspective de mobilité, c’est la porte d’entrée, plus que dans une recherche de martialité que les gens découvrent souvent après. Les arts martiaux philippins sont exigeants sur le plan du mouvement et de la technique. Il s’agit souvent d’une recherche personnelle. Le public est donc éclectique. Mon idée, c’est de travailler avec le sentiment de creuser un sillon, en mettant la qualité et l’engagement au centre. » Une logique positive en somme.

Authenticité
Laurent Hit, de l’école Modern Arnis – l’une des vingt-cinq de la discipline, a repris le club de son professeur au décès de ce dernier en 1996 à Montévrain, en Seine-et-Marne. Historiquement fréquenté par des représentants des forces de l’ordre, son club accueille les enfants depuis deux ans. Une proposition nouvelle. « À mains nues ou avec armes, c’est d’abord de la diversité que chacun trouve au club, y compris dans le travail seul dit “karenza”. Les gens cherchent quelque chose de différent, une forme d’authenticité aussi sans doute, tout cela désormais avec un maximum de précautions sanitaires. Notre pratique répond à tous ces critères, c’est sans doute une opportunité. L’occasion aussi, je l’appelle de mes vœux, au rassemblement des styles pour construire une unité, dans le respect de la diversité de chacun. Nous devons passer ce cap pour transmettre demain quelque chose de précieux. »

Avant le confinement, les effectifs AMSEA pointaient à +30 % par rapport à la saison précédente. Avec un esprit d’ouverture sincère, un champ technique large et cette capacité concrète à répondre à la distanciation désormais nécessaire, les arts martiaux philippins ont une carte à jouer.

 

 

Olivier Remy / Sen No Sen

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