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Impermanence et pertinence

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Quand Liqin Yang retrace un parcours à nul autre pareil…
Le qi-gong est particulièrement bien adapté aux Français parce que c’est une discipline simple qu’on peut pratiquer à la maison, au jardin ou au bureau. C’est une sorte de d’automédication quotidienne, un trésor chinois à partager avec vous. Un peu de douceur adapté à la vie telle que nous la vivons.
Si le ton de Liqin Yang ne s’élève jamais au-dessus de la mêlée, sa parole porte dans le monde des arts martiaux chinois, dans lequel il baigne depuis sa prime enfance. Kung-fu, qi-gong, tai-chi, yoga chinois,.. Rencontre avec un polythéiste passionné adopté en Normandie depuis plus de trente ans qui nous donne un peu de douceur…

Cet article a été publié sur le Mag’Karaté en juillet 2018

La lutte, la clé

J’ai commencé l’étude de la lutte du chin-na et du sanda vers sept ans, du côté de Nankin en Chine. Mon professeur était très sévère et je peux dire que j’en ai bavé. On sous-estime l’importance de la lutte quand on pense aux arts martiaux chinois. Y compris l’intérêt que nous portons à la lutte occidentale. Les experts chinois ont bien compris, avec notamment l’expérience du MMA, à quel point les styles de lutte étaient efficaces. Et la rudesse de ce style correspond bien à une certaine vision de l’exigence chez nous. Même à Shaolin, ils font trois ans de taolu, mais aussi un an de lutte. Si tu ne connais pas bien la lutte, tu ne sors pas du Temple.

L’amour à la française

J’adorais le sport et j’ai pu intégrer une sorte de « Sport Études » en Chine, sous la direction de Monsieur Liu Qi Bin. J’ai beaucoup pratiqué la lutte et la boxe, au point qu’à dix-huit ans, j’ai commencé à enseigner la lutte dans l’établissement. En 1977, j’ai passé un concours pour entrer à l’Université des Sports de Pékin, une sorte d’INSEP. J’ai été élève pendant quatre ans en lutte et en judo – nous étions la première génération à nous y consacrer, mais aussi en wushu et tai-chi. Finalement, là encore, je suis resté comme professeur de lutte et de judo. J’avais notamment la responsabilité de l’équipe féminine de lutte, la meilleure de Chine, celle qui sortait à l’extérieur du pays. Le travail commençait dès le matin, à 5h30… Au bout de six ans, j’ai rencontré une judokate française ! Je suis venu pour voir le pays, je suis resté pour l’amour… J’ai pu passer un CAPES, qui m’a permis de travailler. En France, j’ai combattu en lutte, en judo – j’ai été champion d’Isère — et en sambo ou je suis même devenu champion de France en 1989. Mais je n’ai pas souhaité continuer dans cette voie. Le sport de haut niveau abîme le corps et j’avais déjà beaucoup donné.

Se taire pour avancer

Depuis 1989, j’enseigne le kung-fu et le tai chi, l’expression de notre culture, de nos coutumes et de notre vision du monde. C’est bon pour la santé et la longévité, c’est aussi une certaine expression corporelle. Les gens sont trop raides ici ! En Chine, les judokas, même les lutteurs, doivent faire du tai-chi, pour équilibrer le Yin et le Yang. Nous considérons que cela va les aider à devenir plus rapides et finalement plus forts. En karaté, c’est pareil. Le Yang est très fort, et si on complète par l’étude du tai-chi et du qi-gong, c’est mieux. En France, les gens me demandaient beaucoup, voulaient profiter de mon expérience. Progressivement, j’ai fini par dire que je ne savais pas faire. Sur un plan personnel, j’avais décidé de me consacrer à une seule pratique et je ne pouvais pas me disperser, rester en arrière sur mon propre chemin. J’en étais venu à la conviction qu’il faut se consacrer profondément à une seule chose. Je devais retrouver mes fondements culturels, d’abord pour moi et aussi pour développer la possibilité offerte par les arts martiaux chinois en France. J’ai tout de même travaillé pendant neuf ans avec la famille Legrand* en judo et en lutte. Bien sûr, j’ai adapté mon enseignement au public que je découvrais. Si j’avais enseigné à la chinoise, il n’y aurait eu plus personne au bout de trois cours !

Le qi-gong dès 2006

J’ai fini par comprendre que je n’aimais plus les blessures. Un long chemin rigoureux pour en arriver à cette conviction qu’il faut tenter de vivre bien, de vivre mieux, et que le kung-fu et le tai-chi le permettaient. Dans les années 1980, à Pékin, j’avais étudié avec Zhang Guang Te, un expert très respecté. J’ai été le premier à proposer le qi-gong santé en France en 2006, au sein de la FFKaraté, une discipline qui connaît désormais une expansion mondiale et qui bénéficie grâce à l’organisation fédérale du karaté d’un système par grade, avec des examens sur les taolu et la théorie de la médecine chinoise. Je suis d’ailleurs membre de la fédération internationale de qi-gong, avec le grade de 6e dan.

Des corps à réformer

La société française est très stressée ! De nombreuses maladies de notre époque viennent de là. Nous proposons les pratiques simples de la culture chinoise conçues pour apaiser les tensions de l’esprit et du corps. Concrètement, il s’agit d’étudier trois bases posturales, quatre taolu de qi-gong pour étirer les muscles et les tendons, qui viennent des campagnes chinoises et étaient pratiquées par nos paysans. Enfin l’étude des « Cinq animaux », le Tigre, le Cerf, l’Ours, l’Oiseau et le Singe. Sur un plan plus personnel, ce que je propose, au fond, c’est ma propre prise de conscience, mon parcours d’athlète arrivé à son terme. J’étais prisonnier de mes vieilles blessures, j’étais au bout, j’avais mal au dos. Le qi-gong m’a arraché à ça. Maintenant, je me sens parfaitement bien. Dix ans après, quel bilan puis-je tirer de mon expérience ? Sans doute que la société française est toujours très stressée ! C’est dû au fait que, si les Français sont francs et chaleureux, ils sont aussi très portés à la confrontation. Nous continuons à inviter ceux qui nous font confiance à d’abord se détendre avant de « réformer » leur corps de façon plus pertinente. Le qi-gong est particulièrement bien adapté aux Français parce que c’est une discipline simple qu’on peut pratiquer à la maison, au jardin ou au bureau. C’est une sorte de d’automédication quotidienne, un trésor chinois à partager avec vous. Un peu de douceur adapté à la vie telle que nous la vivons.

Texte et photos Emmanuel Charlot / Sen No Sen

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