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Francis Didier « Il ne faut rien lâcher »

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Dans cette période où la crise sanitaire continue de contraindre très fortement la vie des clubs et la dynamique du karaté français, le président de la FFK évoque l’état d’esprit avec lequel il aborde la période, les combats du moment, notamment la bataille pour garder le TQO, le dernier tournoi de qualification olympique à Paris.

Comment abordez-vous la période actuelle ? Êtes-vous optimiste ?
Je suis optimiste, bien sûr, mais c’est par tempérament. Je regarde les actualités internationales et je vois que tout le monde est dans le même bain, certains plus rapides pour aller vers la sortie de crise, d’autres dans la queue du train… En France, on nous parle du 15 mai comme d’une date d’ouverture potentielle, mais il ne faut pas trop se faire d’illusions en ce qui nous concerne. Si tout va bien, on aura peut-être une ouverture des terrasses, et pour le sport, les terrains extérieurs toujours accessibles où beaucoup de nos clubs continuent de pratiquer peu importe la météo, mais pour les salles, je ne vois rien venir avant juin au mieux. On voit bien, aussi, que si certains « non essentiels », comme la culture et la restauration, arrivent un peu à se faire entendre, d’autres sont plus « non essentiels » encore, puisqu’ils ne sont jamais cités dans les médias ni par les responsables du gouvernement. C’est le cas d’une grande partie du monde associatif, et notamment du sport. A priori, nous ne pesons pas comme un acteur économique…

Ce n’est pas le cas ?
Il y a une ambiguïté, une complexité du sport, qui empêche de voir l’évidence. Nous avons différents interlocuteurs, le Ministère, le Comité National Olympique (CNOSF), mais aussi les élus régionaux. Pour le président de club, par exemple, il doit écouter les directives du gouvernement, mais aussi ce que lui dit son maire, lequel doit comprendre que l’activité sportive est un enjeu majeur : non pas la révélation du prochain champion, mais la qualité de vie, l’épanouissement individuel et collectif de ses administrés. Le sport associatif représente une économie, bien sûr. Il y a environ un million cinq cent mille associations en France, dont un quart consacrées au sport. Cela représente près de deux millions d’emplois et plus de cent milliards de budget, ce qui est déjà énorme mais, au fond, l’essentiel n’est pas là. Il me semble que ce devrait être aussi le rôle d’une institution comme le CNOSF de rappeler aux élus nationaux l’importance cruciale du sport dans l’équilibre physique et mental des gens, de la façon dont les salles de sport sont le meilleur creuset pour créer un esprit citoyen, notamment dans cette période où l’état général de la population inspire de l’inquiétude. Toute seule, chaque fédération ne représente pas grand-chose, d’autant qu’il est difficile d’avoir accès aux interlocuteurs, tout le monde est en en chômage partiel et en télétravail, tout se fait en visio. Alors, il serait vraiment temps que le rôle réel de l’activité physique et sportive sous toutes ses formes soit reconnu. Mais, pour l’instant, aucune instance ne parle vraiment de ce que nous représentons dans le corps social alors que presque un Français sur deux est membre d’une association, essentielle à son équilibre et à son bien-être.

Qu’attendez-vous du Ministère aujourd’hui ?
Idéalement, une vision du futur, ce serait bien. On rêve d’avoir un calendrier clair, mais on sait bien que toutes les annonces fortes à ce niveau n’ont jamais été tenues. En attendant que les règles s’assouplissent et que la vie des clubs soit libérée, nous continuons à travailler. Nous déterminons le calendrier de l’année prochaine avec le ferme espoir que nous serons sur le tapis en septembre. On va lancer un appel aux ligues pour leur permettre de candidater à l’organisation d’une compétition nationale, avec l’idée d’une décentralisation qui va permettre de redynamiser la pratique dans les régions. On prépare une application pour les coaches qui leur offre la possibilité de suivre les tableaux, les scores de chaque combat, et même d’avoir les images avec une minute de décalage, une banque de données à la disposition des clubs qui représentera un énorme progrès. Nous préparons la reprise. Au fond, on fait à la fédération comme dans les clubs, on cherche des solutions, on regarde à long terme. Le pire de cette situation, c’est d’en être anesthésié. Il y a les injonctions, les limitations, le télétravail, le chômage partiel… au départ on se débat, après on s’habitue. Il ne faut pas !

Deux test-matches internationaux ont été organisés au CREPS de Châtenay-Malabry. Quel bilan en faites-vous ?
Je comprends que cela puisse être un peu frustrant pour certains, dans les clubs, condamnés à l’inactivité, de voir les athlètes en action. Mais, dans l’état actuel des choses, c’est dans cette sphère du haut niveau qu’il nous reste une certaine latitude d’action. Il faut se battre, mais on peut tout de même encore bouger. Ces test-matches, c’est pour permettre à nos athlètes de rester au contact de la compétition, parce que l’entraînement, ça ne suffit pas. Le premier a eu lieu le 6 et 7 mars, et une quarantaine d’étrangers étaient présents. Le second s’est tenu les 10 et 11 avril et une soixantaine d’athlètes étrangers avait fait le déplacement. Il a même fallu refuser du monde, parce que, bien sûr, nous mettons en place tous les moyens pour assurer la faisabilité d’un tel événement et la sécurité de chacun. Nous n’avions pas de gymnase disponible et c’est pourquoi nous avons fait ça au CREPS de Châtenay-Malabry – j’en profite pour remercier son directeur M. Godard pour son soutien indéfectible – dans une bulle totalement fermée, avec un test PCR à effectuer soixante-douze heures avant le départ, un test PCR pour entrer dans la bulle, l’impossibilité d’en sortir pendant les trois jours, et même tous les jours un test antigénique à réponse rapide. C’est grâce à ce travail sur un protocole sanitaire rigoureux que nous avons gardé la possibilité d’organiser le TQO à Paris.

Il était question que cet événement soit retiré à la France au vu de la situation sanitaire chez nous…
En effet, la Fédération mondiale (WKF) s’est inquiétée. Mais le plan que nous avons présenté au Ministère a permis d’obtenir le soutien clair de l’État et de la Ministre des Sports Roxana Maracineanu, ce qui a rassuré nos instances internationales. Nous allons pouvoir organiser la dernière compétition qualificative avant les Jeux Olympiques du 11 au 13 juin à Coubertin, un an après son report de l’année dernière, alors que nous avions Bercy. Nous aurions aimé pouvoir organiser l’événement avec le public, ou au moins avec une jauge seulement limitée, mais les directives de l’État sont formelles : pas de spectateurs. C’est encore susceptible de changer pour certains événements extérieurs, mais pas pour nous. En outre, nous avons déjà beaucoup d’accompagnateurs à gérer. Même si les quatre cents athlètes attendus ne sont pas dans la jauge, il y a au moins cinq cents autres personnes à prendre en compte. Dans ces conditions, nous ne pouvions pas conserver Bercy, évidemment trop cher pour un événement sans public. Il faut aussi gérer toute une organisation avec des bus spécialisés pour prendre les délégations à l’aéroport jusqu’à l’hôtel, puis vers la salle sur trois jours, avec les tests PCR sur place. C’est aussi tout le personnel de la fédération sur le pont et cent vingt bénévoles à intégrer dans cette logique de bulle. Nous allons toutefois permettre à chacun de suivre ce TQO en live et davantage d’informations seront à venir à ce sujet.

Où en est la vaccination des athlètes ?
L’information vient juste de nous arriver. Ils sont sollicités pour une première injection du 26 avril au 9 mai sous la responsabilité de l’Agence Régionale de la Santé. La deuxième injection aura lieu du 24 mai au 6 juin. Il n’y a pas trop à discuter. Si nous voulons sortir, il faut que nous nous fassions vacciner, non seulement les athlètes, mais aussi les dirigeants. J’ai reçu personnellement ma première dose il y a un mois, la deuxième devant avoir lieu le 28 avril.

Quel est votre état d’esprit ?
J’ai envie de dire à tous de ne rien lâcher. Ni l’entraînement autant que possible, ni la dynamique collective des clubs, des projets. Le karaté n’est pas mort, il reviendra, mais cela dépend de la volonté de chacun. Cela dépend de nous.

Propos recueillis par Emmanuel Charlot / Sen No Sen

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