Europe jeunes, le bilan
Neuf médailles dont quatre finales pour un titre continental : les championnats d’Europe cadets-juniors-espoirs organisé à Chypre ont apporté leur lot de joies mais aussi de frustrations. Entraîneurs kata et combat mais aussi DTN livrent leur analyse de cette édition.
Kata : un niveau très élevé
Avec quatre médailles dont le titre de l’équipe féminine cadettes/juniors, le groupe kata a fait briller la France, avec des prestations de grande qualité dans le cadre, il faut le souligner, d’un nouveau règlement très exigeant sur le souffle, les frappes sur le kimono… Lucas Jeannot, qui coachait Anaïs Cayla en cadettes, Thomas Klemz en juniors et Lucas Hoffmann en espoirs en dresse le bilan. « Il est plutôt positif avec trois finales dont une médaille d’or ainsi qu’une médaille de bronze. Ce que je retiens, au-delà du bilan comptable, c’est l’attitude des athlètes, tous engagés quel que soit leur résultat, qui ont montré une belle image de la France, de leur karaté. Ils ont réussi à se faire plaisir et à prendre la mesure de l’événement tout en étant eux-mêmes. Alors, oui, il y a forcément eu des petites erreurs, des prises de risques, mais cela fait partie du jeu de la compétition et c’est comme ça qu’ils se construisent en tant qu’athlètes. »
Pour Thomas Klemz notamment, qui déroche le bronze chez les juniors. « Pour Thomas, il est important de restituer un petit peu le contexte. Il n’a pas participé aux derniers stages de préparation parce qu’il avait des examens. Et que c’est une année importante pour lui sur le plan scolaire. Il est arrivé sur ces championnats d’Europe, peut-être avec un tout petit peu moins de repères que ce qu’il a pu avoir sur les compétitions précédentes. À l’entraînement et même à l’échauffement, il était très en forme, très impliqué, très bon. Après, la sobriété de travail qu’il s’est imposé vis-à-vis du nouveau règlement lui a été défavorable et il s’est bloqué. Ça a été un peu mieux sur la demi-finale, mais, à mon sens, ça manquait de précision. Il avait aussi dépensé tellement d’énergie pour se contenir qu’il n’a pas réussi à se sublimer comme il est capable de le faire. Il revient tout de même médaillé, ce qui n’est pas rien, même si lui le voit sûrement comme une frustration. »
Une équipe féminine en or
Autre médaille, en or celle-ci, pour l’équipe cadettes-juniors tenante du titre. « Elles ont été à la hauteur du rendez-vous, en rendant une copie très propre avec beaucoup de constance dans leur travail, de clarté. Elles collent vraiment parfaitement aux exigences arbitrales, que ce soit sur le point athlétique, technique et sportif. Les 5-0 des deux premiers tours sont clairs… Je trouve qu’elles ont su relever le défi avec beaucoup de panache et de force de caractère et, en même temps, beaucoup d’humilité. En finale, sur le bunkai, elles ont quand même fait quelques erreurs, qui font basculer deux drapeaux dans le sens des Espagnoles, mais sur le kata, elles ont été très précises, avec le rythme qu’il fallait. Elles peuvent être très satisfaites de ce nouveau titre apporté à l’équipe de France. C’est une belle récompense aussi pour des filles qui ont un talent immense tout en travaillant beaucoup. »

Une équipe masculine qui aura tout donné
Ils n’ont pas été totalement payés de leur travail avec l’argent au bout du parcours, mais l’équipe masculine espoirs dont Pascal Poitevin a eu la responsabilité de la préparation et de la sélection a donné beaucoup d’émotions à ceux qui ont pu voir leur finale, qui restera gravée. « Ils ont réussi une prestation de très très haut niveau, explique Lucas Jeannot. Certes avec un tableau favorable, mais avec cette demi-finale remportée sans contestation possible. Leur finale a ensuite récompensé le travail déjà engagé chez les seniors, leur degré de maturité et d’adaptation. Il faut mesurer que les Italiens ont été vraiment très forts en finale. Ils étaient d’ailleurs favoris. Cela s’est sans doute joué sur le bunkai où ils ont pu, je pense, manquer un petit peu de rythme, au milieu du bunkai notamment, alors que les Italiens ont maintenu un niveau de constance assez impressionnant. Reste qu’ils ont fait une magnifique finale. Franchement, c’était un plaisir d’assister à ça ! »
Stéphanie Bel Lahsen quant à elle, accompagnait notamment Maï-Linh Bui. La technicienne espoirs a fait une compétition très solide, « relâchée et concentré sur le moment présent. Le défi était de travailler avec sobriété en prenant en compte les attentes en termes d’arbitrage. C’est vraiment une belle performance, avec un kata pour le bronze pas forcément prévu longtemps à l’avance. Elle l’a très bien réalisé pour une performance technique au-delà de la médaille. Un choix assumé dont elle peut être fière. »

Combat : Morgane Scarfone finaliste, 4 médailles de bronze
En combat, il a forcément manqué de médailles avec le bronze des espoirs Silya Abdesselem (-55kg), Monica Arzumian (-61kg), de la cadette Meryem Essabar (+61kg) et du junior Anis Taklit (-68kg) et la seule finale de la junior Morgane Scarfone. Lonni Boulesnane qui l’accompagnait sur la journée, ne souhaite toutefois pas banaliser la nouvelle belle médaille de la combattante de Brignoles. « Morgane, qui arrivait en tant que championne d’Europe en titre, a fait quatre tours où elle a vraiment réussi à se mettre tout de suite au niveau de l’événement et de l’enjeu. Elle a vraiment déroulé et été magistrale. En demi-finale, elle menait 2-0 avant qu’un petit relâchement ne la fasse gagner au senshu. Elle était sans doute un petit peu plus tendue le lendemain pour la finale, la seule finale combat. J’imagine que dans sa tête, ça a dû un peu trotter. Elle avait l’enjeu du second titre d’affilée de championne d’Europe juniors. Elle a abordé le combat de la bonne façon, en plaçant deux balayages qui manquaient de précision. Deux opportunités manquées puis une petite erreur et elle prend une jambe en contre. Dès lors, elle n’a pas su s’adapter à l’autre. Elle finit vice championne d’Europe. C’est quand même un bilan très positif. »

« Mieux gérer les instants décisifs »
Et Alexandre Biamonti, directeur technique national par intérim, de conclure. « Ces championnats d’Europe jeunes laissent un sentiment mitigé. Nous sortions de deux éditions très positives pour le karaté français : première nation en 2024, puis deuxième nation en 2025. Cette année, nous terminons onzième au classement des médailles. Ce n’est pas le rang auquel l’équipe de France doit s’habituer. En revanche, en volume, nous sommes cinquième nation avec neuf médailles : une en or, trois en argent et cinq en bronze. Cela montre que le potentiel est bien présent. Je note aussi comme point positif important une vraie régularité en kata. Les résultats se stabilisent à haut niveau, et c’est rassurant pour la continuité et le travail engagé. Concernant les combattants, en revanche, les résultats ne sont pas à la hauteur de nos ambitions. » Ce qu’il a manqué ? « De l’efficacité dans les moments clés. À ce niveau, la différence se joue dans la gestion des instants décisifs. Avec une meilleure maîtrise de ces temps forts, nous pouvions prétendre à figurer dans le top 3 européen. Le constat est simple : nous avons la densité et le niveau, mais nous devons gagner en précision et en maturité dans les moments qui comptent vraiment. Ce championnat n’est pas un échec. C’est un signal. Le haut niveau demande constance, lucidité et exigence collective. À nous d’en tirer les enseignements pour revenir plus forts. »

Olivier Remy / Agence Sen No Sen