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Chuong Quan Khi Dao, une insatiable quête de vérité

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Créée en 1995 par six passionnés, l’école Chuong Quan Khi Dao n’a pas oublié d’où elle vient, mais sait aussi pertinemment où elle veut aller.

Jacqueline et Jacques Goavec-Mevel, Robert Gramondi, Michel Audiffren, Jacques Tadeuszak, Marc Martin… De cette courageuse équipe décidée voilà maintenant un quart de siècle à se soustraire de l’autorité de Pham Xuan Tong sans renier tout ce que le fondateur du Qwan Ki Do leur avait appris, ils sont encore deux aujourd’hui à présider aux destinées de leur école. « Avec Marc, nous sommes comme un vieux couple, sourit Jacques Tadeuszak. Nous débattons souvent tous les deux, mais nous sommes extrêmement complémentaires. Et puis nous ne travaillons qu’avec des gens qui ont envie de bien pratiquer, ce qui nous aide à tracer notre chemin sur des bases les plus solides possible. Maître Tong disait que s’il n’existe qu’un seul sommet par montagne, il y avait trente-six chemins différents pour y parvenir. Nous suivons donc le nôtre, avec humilité et simplicité. » Avec une dizaine de clubs et près de quatre cents élèves en France, le Chuong Quan Khi Dao – « la voie du contrôle de l’énergie » – mise avant tout sur la transmission de la tradition de cet art martial sino-vietnamien, « sans être polluée par les effets de mode ».

Revenir à la source
Sans maître à suivre lors de la scission de 1995, l’école a pu compter sur l’expérience de ses six fondateurs, à commencer par Robert Gramondi, parmi les tout premiers élèves du maître à la fin des années 1960, et Michel Audiffren, responsable de la commission des enseignants dans la structure précédente et à l’origine de toute la terminologie de la discipline. « Nous avions les compétences et, d’emblée, nous ne nous sommes jamais interdit de faire appel à des experts qui nous paraissaient intéressants et pertinents, resitue Marc Martin, partenaire très régulier de Pham Xuan Tong lors de ses démonstrations – « l’homme sous l’ananas, c’était moi ! » – à travers toute la France. L’idée n’était pas du tout de créer un nouveau style, nous voulions juste continuer à puiser notre source du Qwan Ki Do, mais en démêlant le vrai du faux dans tout ce que pouvait raconter notre ancien maître. » Au gré des rencontres, les origines s’éclaircirent peu à peu. L’une des sœurs de Pham Xuan Tong et son mari, retrouvés au Vietnam, confirmèrent par exemple l’existence de Chau Qwan Ky, celui qui avait tout enseigné à son frère avant son arrivée en France en 1968 (et de qui est tiré le nom du Qwan Ki Do). Les échanges multiples avec Éric Bauer, expert fédéral à la FFKDA et parfait connaisseur des arts martiaux vietnamiens et chinois pour avoir régulièrement séjourné à Saïgon auprès de différents maîtres, se révélèrent elles aussi fondatrices, comme ce quyen proposé par le 7e dang AMV à Marc Martin et dont le début et la fin sont en tout point similaires à ce qu’il avait connu dans son apprentissage. « Il y avait trop d’éléments, comme le salut ou le nom de ce quyen, qui corroboraient le fait que notre Qwan Ki Do était parent de ce style non issu de Chau Qwan Ky, souligne ce dernier. Ce déclic amena la direction collégiale de l’école, passée sous le giron de la FFKDA après plusieurs revirements de situations, à partir en Asie, dans l’idée d’avoir un accès complet au cursus de ce courant qui leur semblait si familier. « C’est ainsi que notre école a pris tout son sens, en s’enrichissant de ce qui avait engendré la naissance du Qwan Ki Do, pour proposer aujourd’hui une dizaine de quyen en plus de la vingtaine initiale. Au début pour les haut-gradés, mais rapidement pour toute la communauté puisqu’ils constituent la base des mouvements de l’école. « Ces ajouts nous ont permis de mieux comprendre ce que nous enseignait maître Tong, et de peaufiner notre compréhension des techniques et des postures, pour plus d’efficacité et de pertinence martiale, apprécie Marc Martin. Jeune, je me suis mis au Qwan Ki Do parce que c’était beau à voir avec les armés, les pirouettes et les coupes. Là, nous avons ajouté la richesse et l’originalité de nos racines. »

S’ouvrir à l’international
Une dimension qui a largement vu son aura dépasser les frontières françaises, pour un développement en Afrique et en Europe qui se poursuit encore aujourd’hui. « C’est en organisant des stages, en Italie notamment, que nous nous sommes tous retrouvés derrière le même état d’esprit, précise Jacques, content de voir que son exigence – « je promets toujours du sang, des larmes et de la sueur, car les arts martiaux doivent préparer à la vie, qui n’est pas toujours facile ! » – plaît autant ailleurs que dans son club de Miramas. « Il y a désormais une dizaine de clubs au Maroc, six très dynamiques du côté de Venise, des relais au Gabon et une structure qui se remonte en Autriche, liste Marc. Tout ce que l’on sait, nous le délivrons lors de nos rassemblements, car il n’est pas concevable pour nous de chercher à détenir seul la vérité. » En plus des stages, ces clubs amis se retrouvent également depuis quelques années pour une coupe internationale, temps fort de la saison avec la coupe de France ou le dog fight du CQKD Miramas, ouvert à tous les licenciés de la FFKDA et qui propose, pour les enfants comme les adultes, une compétition en trois épreuves, mêlant technique, combat pied-poing et combat avec armes traditionnelles (sabre et bouclier, bâton).

Penser à demain
Sans songer pour le moment à rendre leur tablier, les deux compères ont tout de même amorcé l’avenir en réfléchissant sérieusement à la question depuis la remarque pertinente du représentant de l’école au Maroc lors d’un stage dirigé par Marc Martin. « Il avait fait venir la presse sur le rassemblement en annonçant ma venue, se rappelle le président administratif. Sauf que, sur le tapis, aucun signe ne leur permettait de me différencier des stagiaires. Il m’a donc dit qu’il faudrait penser à une distinction visuelle pour les prochains rendez-vous. Et si ni Jacques ni moi ne goûtons l’idée de hiérarchie, avec un maître à suivre contre vents et marées, nous avons imaginé un système de grades symbolisant l’ancienneté et l’engagement dans notre organisation. » C’est ainsi que Robert Gramondi, maître de cérémonie du haut de son 6e dang, reçut une ceinture blanche, de même que Marc et Jacques, tous deux 5e dang, tandis qu’une quinzaine de pratiquants fidèles furent promus ceinture rouge. « Parmi ces ceintures rouges ne figurent pas forcément tous les haut-gradés de notre école, mais bien ceux qui le méritent, précise Jacques en sa qualité de DTN. C’est dans ce groupe que nous cherchons des relais pour la pérennité du Chuong Quan Khi Dao, avec l’espoir de voir arriver aux affaires une nouvelle direction collégiale, comme fut la nôtre dès le début de l’aventure. » Avec une seule préoccupation : que les nouveaux responsables poursuivent le travail mené depuis 1995, avec le même état esprit et le même souci d’une pratique sincère et enracinée.

Antoine Frandeboeuf / Sen No Sen

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