fbpx

Bruno Houriez, l’évolution dans la tradition

Partagez cette page

Paroles de profs – Parmi les premiers élèves d’Hiroji Fukazawa dont il deviendra ensuite l’assistant, Bruno Houriez a fait du wado-ryu la pierre angulaire de son parcours martial, tout en s’ouvrant depuis plus de quarante ans aux autres disciplines pour affiner ses perspectives. Aujourd’hui 7e dan, l’apprentissage demeure réciproque avec ses élèves du Ryookai Wado de Gouvieux (Oise).

Pour comprendre l’entrée de Bruno Houriez dans le monde du karaté, le recours à la règle des trois unités – unité de temps, unité de lieu et unité d’action – chère au théâtre classique français s’impose. Alors judoka du côté d’Ézanville-Ecouen, c’est en observant Jean-Claude Cornu, nul autre que l’assistant d’Hiroo Mochizuki, dispenser dans le même dojo son cours de karaté que le déclic s’opère en 1974. Deux saisons d’initiation au collège pour s’assurer que cette nouvelle pratique colle davantage à son petit gabarit et le voilà à treize ans à côtoyer le pionnier japonais et son acolyte français. « À la fin de ma première séance au club, on me demande une démonstration du premier kata, que j’exécute sans problème, avant de me proposer deux combats contre des ceintures de couleur, resitue le natif de Saint-Denis. J’avance mon pied et me fais faucher directement ! J’ai pris ce que j’avais mérité, et cela ne m’a pas découragé du tout, bien au contraire… (rires) » Ceinture verte à l’issue de sa première année à l’USEE, promu assistant de Jean-Claude Cornu en 1978, avec des premières séances à gérer auprès d’adultes souvent plus expérimentés. « J’ai très vite su que je voulais enseigner et, en faisant mes preuves sur des compétitions qui mixaient alors kata et combat, et alors que je n’avais pas encore l’âge requis, j’ai aussitôt été accepté par les gens. »

Prise de hauteur aux côtés de Fukazawa
Soucieux d’être toujours au fait de sa pratique pour mieux la transmettre, les stages succèdent aux tournois qui répondent à un volume d’entraînement toujours croissant. Jusqu’à ce rassemblement organisé pour les pratiquants de wado-ryu franciliens par Gérard Chemama… « J’ai vu débarquer un petit Japonais sur le tatami, et tout ce qu’il a démontré collait avec ce que j’avais pu apprendre auprès d’Hiroo Mochizuki. C’était véritablement ce qu’il me fallait, et tant pis pour les trois heures de trajet pour rallier son dojo de la porte de Clignancourt quatre à cinq fois par semaine… Car comme me le rappelait souvent Hiroji Fukazawa, c’est l’accumulation de petits détails qui allait faire la richesse de mon travail. » Piochés aussi bien dans le wado-ryu que dans l’atemi-jujitsu, le yoseikan budo, l’aïkibudo, le kobudo ou le chanbara… « Ne pas tout voir par le petit bout de la lorgnette vous offre une compréhension des choses plus fine et, en se mettant dans la peau de l’éternel débutant, vous ne pouvez que progresser humblement. » Un besogneux salué par Christian Ducoin, à la fois partenaire, élève et ami de Bruno Houriez. « C’est quelqu’un d’opiniâtre dans ses idées, et qui va tout mettre en œuvre pour maîtriser le sujet qu’il aborde. J’ai eu la chance de relire ses écrits pour le passage de ses sixième et septième dan, il faut voir le travail abattu pour puiser dans tout ce qu’il avait perçu auprès de ses prestigieux professeurs ! Une exigence qu’il réclame également au quotidien à ses élèves, à qui il propose une lignée traditionnelle du wado-ryu, dans la veine du fondateur Hironori Otsuka et de Sensei Fukazawa. »

Une affaire de sensations
Sans préférence quant aux publics auprès desquels il intervient, ce sont avant tout les relations humaines qui motivent comme au premier jour le quart-de-finaliste des championnats de France combats seniors 1981. « Entre passionnés, nous nous devons d’être pointilleux sur chaque aspect de notre pratique, avec l’idée que tout ce qui se conçoit bien se pratique aisément, dans le respect de notre corps et de notre esprit. Il faut simplement croire en ce que l’on fait. » Des considérations héritées entre autres de Tatsuo Suzuki, représentant de l’école wado-ryu en Europe durant de longues années qui avait vu lors d’un stage à Sète que ce « petit gars à lunettes avait bien compris l’essence du wado-ryu ». « Alors que nous nous exercions avec Fukazawa Sensei avant une démonstration en 2004 lors de championnats d’Europe disputés en Espagne, il m’a pris à part pour me corriger : pas tant sur la technique, mais sur la sensation. Il fallait que ça gicle naturellement, et il répétait avec moi en marchant pour trouver le bon équilibre sur chaque geste. C’était impressionnant de le voir évoluer, comme ça l’avait été, quelques années plus tôt, d’affronter en combat Hiroo Mochizuki. Sa finesse tactique et sa justesse dans le placement faisaient que, malgré mes heures d’entraînement au compteur, je me retrouvais toujours hors distance, comme pris dans une bulle sans aucune solution. »

Un soutien indéfectible
Conscient d’avoir pu évoluer aux côtés de tous ces grands noms du wado-ryu et du karaté, Bruno Houriez n’en a pas oublié de faire à son tour bénéficier de cette expérience des générations de karatékas de tous horizons. En multipliant les casquettes aux échelons départemental et régional, mais aussi et surtout en rendant contagieux ce goût du travail. « Dès que j’ai voulu me lancer dans les diplômes et les hauts grades, j’ai trouvé en Bruno une aide précieuse, note par exemple Étienne Alcaraz, dont les parcours d’enseignants s’entrecroisent depuis plus d’un quart de siècle. Par sa connaissance des arts martiaux bien sûr, mais aussi par la confiance qu’il distille afin de ne jamais baisser les bras, même en cas de doutes. » L’histoire du club de Gouvieux en est également une parfaite illustration d’après Christian Ducoin. « En emménageant dans cette commune, le hasard fait que ma voisine me parle d’un créneau disponible dans le gymnase. J’en touche deux mots à Bruno, qui m’exhorte illico à fonder un club alors que nous travaillions ensemble dans une autre association sur Montsoult qui se développait alors vraiment bien. Les années ont ensuite passé et, à mon départ en retraite, qui de mieux que Bruno pouvait reprendre les cours du club ? Personne ! » Une unité de lieu, de temps et d’action (!), mais aussi d’amitié et de sincérité qui continue de guider Bruno Houriez.

Antoine Frandeboeuf / Sen No Sen
Denis Boulanger / FFK

Articles relatifs

05 Août 2020 Clubs : le plaisir retrouvé (épisode 4) Découvrir
29 Juil 2020 « Avant ou après, il y a l’équipe de France » Découvrir
16 Juil 2020 Clubs : le plaisir retrouvé (Épisode 3) Découvrir
07 Juil 2020 Clubs : le plaisir retrouvé (Épisode 2) Découvrir