Patrick Roudot, le phare breton

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Premier karatéka finistérien élevé au grade de 7e dan, Patrick Roudot fait preuve de beaucoup d’humilité au moment d’ouvrir son armoire à souvenirs. Avec pour seule conviction l’amour véritable de la discipline, qu’il continue de promouvoir sans relâche depuis plus quarante-cinq ans.

Un mois et demi aura suffi
Si aujourd’hui, à soixante-trois ans, le karaté n’a plus guère de secrets pour Patrick Roudot, sa première rencontre avec les arts martiaux s’est faite par le biais du judo, avant que « la voie de la main vide » ne croise son chemin par hasard. « Je connaissais seulement de nom – Bruce Lee arrivera après – quand j’ai suivi, à dix-sept ans, un copain sur l’un de ses entraînements, se remémore le natif de Pont-L’Abbé. Nous étions en septembre 1973, et, au bout d’un mois et demi, à l’approche de la Toussaint, je savais que je serai un jour professeur de karaté. Je ne savais pas vraiment pourquoi, mais ça m’est tombé dessus, de façon irrationnelle, et je n’avais plus le choix dans mon esprit. Autant dire que tout le monde me prenait pour un hurluberlu quand je disais ça… (rires) » Son apprentissage en pâtisserie résistera un an à cette lubie, pas plus que son paternel, guère convaincu de la nouvelle destinée que s’apprête à tracer son fils.

« En 1974, je décide de tout quitter pour rallier Paris et pouvoir suivre l’enseignement de Taiji Kase, poursuit celui qui s’était également essayé à l’athlétisme et au tennis de table par le passé. Mon professeur m’en avait parlé plusieurs fois et, comme je voulais vraiment y arriver, je ne voyais rien de mieux que d’apprendre avec un Japonais vu que je ne connaissais encore rien. C’était peut-être naïf comme façon de voir les choses, mais j’ai foncé rue Daguerre à Paris sans aucun a priori, pour apprendre, pour moi mais aussi, déjà, pour les autres. Là encore, c’était évident de tout mettre en œuvre pour parvenir à mes fins. » Son service militaire d’un an en 1975 à Metz comme maître-chien ne le déviera pas de ses convictions, à peine entamées lorsque le maître japonais ferme son dojo en juin 1976 pour lancer son périple de promotion du karaté à l’international. « Nous nous sommes tous retrouvés orphelins à son départ, mais aussi extrêmement soudés entre nous, ce qui nous a permis de continuer de nous entraîner un peu partout, chez Jean-Pierre Lavorato, Kenji Tokitsu ou Michel Rousseau en France, mais aussi Satoshi Miyazaki en Belgique… »

« Que devons-nous laisser ? »
Les « sauts de puce de dojo en dojo pour voir ce qui se faisait chez le voisin » se multiplient ainsi sur la capitale jusqu’en 1981, année de l’obtention de son premier dan et de son diplôme d’État. L’appel de la Bretagne se fait alors trop fort et le retour au pays est inéluctable. « Il fallait que je revienne, pour transmettre tout ce que j’avais engrangé comme expérience, analyse le sexagénaire. Aujourd’hui, je me dis que cela aurait pu se faire dans une grande ville pour attirer davantage de monde mais, à l’époque, j’avais vraiment ce besoin d’être chez moi. » La Maison pour Tous de Pont-L’Abbé l’accueille pendant cinq ans – avant la sortie de terre d’un dojo de 380m2 – dès son retour, mais aussi Quimper, où il officie encore aujourd’hui, puis Concarneau, où il fonde une antenne qu’il laissera au bout de cinq années à un élève 1er dan, ou Pontivy dans le Morbihan voisin.

Partout, il préfère une approche universelle, mêlant à la fois tradition et modernité dans ses séances, qui rend ses athlètes identifiables lorsqu’ils s’alignent en kumité ou en kata. « Avant toute chose, je milite pour un travail naturel, fluide et respectueux du corps afin d’éviter les blessures, préconise l’enfant de Cornouaille. C’est afin de ne pas trop user mes articulations que j’ai d’ailleurs quitté le groupe Kase en 1983, et que j’ai progressivement délaissé le pendant sportif, trop saccadé à mon goût. Et puis, avec les jeunes qui délaissent nos petites communes pour les études, c’est devenu compliqué de fédérer autour de la compétition.

Je me suis donc réorienté vers le karaté pour tous, davantage axé sur le loisir. Pour autant, je tire mon chapeau à tous ceux qui décrochent des titres et des médailles. En tant que sport olympique à Tokyo, nous sommes d’ailleurs à la croisée des chemins pour créer de l’engouement, faire mieux face à l’importante offre en matière de sport, et accéder, on y revient, à une pratique qui défend une tradition martiale tout en se voulant moderne. » La modernité qui fut au cœur de son sujet de mémoire pour l’obtention de son 7e dan. « La véritable question que l’on doit se poser est “Que devons-nous laisser derrière nous ?” La réponse n’est pas un style en particulier, mais le karaté dans son entièreté, afin de poursuivre son développement et préparer le terrain pour assurer son avenir. »

La valeur de la précision
À titre personnel, l’avenir de Patrick Roudot n’est encore pas près de s’écrire loin des tapis. « Je ne peux me résoudre à regarder les autres pratiquer, alors je continue de faire avec tout le monde, pose l’adepte des assouplissements et du gainage. À mon niveau, ça me suffit. Et tant que j’aurai la condition physique et que les gens continueront de me faire confiance, pas question d’arrêter. Bien sûr, je me suis souvent demandé pourquoi j’étais allé m’empêtrer dans cette “galère”, mais j’ai constamment eu cette petite lumière qui m’assurait que tout allait bien se passer. Je regrette que cette foi et cette envie, courantes dans les années 1970, n’habitent plus les nouvelles générations. Partout je perçois ce problème de relève dans les clubs, et il va falloir trouver de nouvelles propositions pour amener de jeunes karatékas à devenir enseignants. Le bénévolat a beau être un modèle dépassé aujourd’hui, il y a matière à faire évoluer les choses en fédérant autour de la pratique. »

Expert fédéral délégué aux grades, Patrick Roudot connaît l’importance de « propager le geste juste et précis » pour reprendre les termes d’un courrier de la CSDGE reçu dernièrement. « Les grades touchent tout le monde, et permettent de défendre notre école », précise « Le p’tit gars de Pont-L’Abbé », comme il aime à se présenter. « En me retournant sur mon parcours, si on m’en avait parlé quand j’étais jeune, je ne l’aurais pas cru et, surtout, je n’aurais pas su comment faire tout ça ! Mon parcours est ce qu’il est, il aurait pu être mieux certainement, mais il aurait aussi pu être pire je pense. En tout cas, il me satisfait. » Un « p’tit gars » qui a su creuser son sillon dans le karaté finistérien et breton, insatiablement excité par ses différentes missions.

Antoine Frandeboeuf / Sen No Sen
Photos DR

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