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Yann Baillon : « Repositionner l’équipe de France comme un collectif »

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Après le confinement, le déconfinement avec ses gestes barrières et son avenir encore mal défini. Le directeur des équipes de France fait le point sur cette époque particulière et les difficultés qu’elle pose.

 

Yann, quel est le bilan de la période dont nous sortons pour l’équipe de France ?
Dans les premiers temps du confinement, l’urgence était de mettre tout le monde dans une optique de travail. Dépasser l’anxiété générale, permettre à chacun de trouver ses marques dans leurs situations particulières – certains seuls, d’autres non, chacun dans des surfaces différentes – et de les aider à surmonter ce choc brutal. Les athlètes avaient en effet un emploi du temps serré, avec cinq à six heures d’entraînement dans la journée et des objectifs précis qui engageaient leur vie. Ils se retrouvent soudain livrés à eux-mêmes, privés de repères, et notamment de ces objectifs si importants pour eux, notamment des Jeux olympiques en ligne de mire pour lesquels ils avaient tout donné. C’est pourquoi nous avons fait en sorte de ne pas les lâcher d’une semelle, non seulement sur le plan sportif, mais aussi sur le plan social si l’on peut dire, en organisant même des cours d’anglais pour ne laisser personne livré à lui-même. De sorte que, même si ce que je vais dire peut surprendre, ils abordent la fin de cette période bien préparés.

Avez-vous d’ores et déjà commencé des entraînements collectifs en extérieur ?
En fait, ils ont besoin d’un peu de temps pour digérer cette étape nouvelle. Ils avaient aussi besoin de récupérer. Il y a aussi pour eux la nécessité de retrouver leurs liens sociaux habituels, à commencer par le club. Certains ont en effet pu renouer avec des entraînements collectifs – bien sûr en petit comité et en respectant les gestes barrières – mais après deux mois de « shadow » solitaire, c’est plus sympa et dynamisant de le faire avec des proches. Il ne faut pas se précipiter. Il est probable que les championnats du monde de Dubaï vont être annulés. Il va falloir se recentrer sur le calendrier national pour en faire un objectif de reprise dès que ce sera possible. La fédération se montre volontariste en prévoyant la reprise des compétitions vers octobre-novembre. Il faut fermement espérer que nous puissions rester sur ce calendrier.

Et vous-même, quel est votre état d’esprit ?
Je veux que les athlètes comprennent qu’on fera tout pour eux, c’est l’essentiel. Mon sentiment profond, même si c’est difficile à dire comme ça, est qu’on a passé le plus dur pour l’instant. Nous sommes responsables, nous pouvons organiser le travail. Nous faisons d’ailleurs beaucoup de réunions pratiques, avec le médical notamment, pour que chaque détail de la logistique à venir, en fonction des possibilités que nous aurons, soit pensé. Combien de temps pour une éventuelle désinfection ? Comment on s’organise pour manger ? On ne pourra pas se permettre d’improviser. Nous ferons des regroupements cet été. Ferons-nous des entraînements individuels ? En petits groupes ou en groupes plus larges ? On s’adaptera en fonction de ce qui nous sera dit. Mais nous organiserons des choses.

Quelle leçon tirez-vous de cette épreuve ?
Comme on le dit souvent, il faut trouver du positif dans les crises. Il y a toujours un profit à tirer. Je ne peux m’empêcher de penser que les exigences exorbitantes de la course aux Jeux avaient fragilisé la dimension du groupe dans notre discipline, un ressenti partagé aussi par beaucoup d’autres pays. Ce délai, cette mise en pointillé de cet enjeu nous offre la possibilité de repositionner l’équipe de France comme un collectif fort. Cela a toujours été notre culture ! Nous ne sommes pas l’athlétisme ou le tennis. On se rappelle chez nous plus précisément ceux qui composaient les grandes équipes championnes du monde que les champions individuels. C’est un temps de prise de conscience. L’équipe de France doit se renforcer autour de sélections plus larges et réinvestir la culture des stages, où la règle est de montrer sa valeur et son engagement. Chez nous, l’individu s’épanouit à travers le groupe. C’est un projet pour la reprise.

Vous êtes directeur des équipes nationales, mais karatéka avant tout. Que ressentez-vous pour les clubs dans la situation actuelle ?
Je suis inquiet et concerné. Le haut niveau, la compétition elle-même, tout cela n’est que la pointe de l’iceberg. L’essentiel est le travail des professeurs et la transmission à travers le temps de notre discipline. Ils souffrent déjà économiquement. Je veux d’ailleurs dire mon admiration pour la façon dont certains clubs ont réagi en utilisant tous les moyens à leur disposition pour rester au contact de leurs membres. Il y a eu beaucoup d’investissement et la fédération a alimenté tout cela. C’était une belle façon de tirer notre épingle du jeu. Maintenant, comme tout le monde, je forme des vœux pour que tout puisse démarrer en septembre. Je ne peux pas imaginer que cela ne soit pas le cas.

Emmanuel Charlot / Sen No Sen
Photos : Denis Boulanger / FFK

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