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Karaté Magazine : numéro 8 - juin 2004 - Extraits
Karaté DO, Kyokushinkaï
L’école de l’ultime vérité
 
LE KARATÉ KYOKUSHINKAï RESTE CONFIDENTIEL EN FRANCE ET SA RÉPUTATION HISTORIQUE DE PREMIER KARATÉ DE PLEIN CONTACT LUI DONNE ENCORE PARFOIS UNE AURA MARGINALE.
C’EST POURTANT UN ART MARTIAL AMBITIEUX, TANT SUR LE PLAN TECHNIQUE QUE SPIRITUEL.
 
C’EST SÛR, QUAND ON VOIT DEUX PRATIQUANTS DE KARATÉ DO KYOKUSHiNKAï ÉCHANGER DES COUPS, on a mal pour eux! Les torses rougis, les jambes bleuies, c’est un peu la marque du style… mais les pratiquants assument. « Quand j’ai commencé à m’entraîner, j’ai boité pendant deux ans !, explique en riant Fabrice Fourment, l’un des meilleurs pratiquants français actuels, mais j’étais heureux comme tout. On ne fait pas de kyokushinkaï si on n’aime pas se frotter à la réalité des coups ». Cette forme de pratique, c’est l’illustre Masutatsu Oyama, qui l’a édifiée. Ce Coréen – de son vrai nom Hyung Yee – né en 1923 et débarqué au Japon en 1938 avec déjà un bagage martial, aurait reçu, comme c’est l’usage en Asie, sa révélation d’une longue méditation (18 mois !) dans la montagne.
Combattant confirmé –au Japon, il aurait commencé par faire aussi bien de la boxe et de la lutte, que du judo et du jujitsu– et réputé pour sa force, il a travaillé longtemps avec les maîtres du goju-ryu et même avec Gichin Funakoshi, le créateur du style shotokan…
 
Mais guère longtemps, car le colosse coréen avait plutôt un faible pour le type d’esprit d’un autre Okinawaien installé à Tokyo, Motobu Choki, qui se faisait connaître en défiant victorieusement d’autres combattants ! Une influence plus secrète mais considérable fut celle du mystérieux Kenichi Sawai, fondateur du taikiken, un art inspiré des styles internes chinois, mais pratiqué dans une perspective beaucoup plus martiale. À l’origine, il fallait être 1er dan de judo ou de ïaido pour travailler avec Maître Oyama, et 2e dan de kyokushinkaï pour travailler avec maître Sawai.
 
Ecole [kai] de l’efficacité [kyoku] de l’esprit [shin]
 
C’est de cet art autant que de celui du gojuryu que le karaté do kyokushinkaï tire sa forme plus circulaire et plus souple que l’on pourrait le penser au premier abord. Pas de blocage en kyokushinkaï, mais des déviations, des esquives… Ce qui explique aussi le symbole de l’école : le poing et le cercle.
«Mas» Oyama s’exila aux États-Unis pour onze mois de démonstrations et de défis victorieux.
 
Le plus hasardeux d’entre eux: celui qu’il organisa en 1953 à Chicago… contre un taureau ! Une audace qu’il réalisa près de cinquante fois, tuant trois d’entre eux et écornant les autres, et qui lui valut une renommée internationale.
Revenu au Japon, il ouvrit son dojo et n’eut de cesse de faire accepter son idée : pour garder son sens, à la fois sur le plan de l’efficacité et de la spiritualité, le karaté-do devait rester une discipline de combat réaliste, orientée vers la victoire effective. « L’essence du karaté, c’est le combat » disait-il. Il avait retenu aussi de sa pratique qu’une école de vie doit forcément être une école de courage. La plus belle vertu d’un homme: ne jamais baisser les bras.
La force morale, le stoïcisme que l’on puise dans la pratique des arts martiaux peuvent et doivent s’appliquer à la vie quotidienne.
Pour Oyama, cela ne pouvait se faire qu’en travaillant durement à l’entraînement et en organisant un système de compétition capable de déterminer qui frappe le plus fort et qui encaisse le mieux, sans discussion possible!
En 1969, il parvenait à monter un championnat national toutes catégories et tous styles, au Japon, dans les règles qu’il avait édifiées : frappes réelles pieds et mains nues sur tout le corps, sauf avec des poings au visage, pour éviter la facilité (mais les pieds, les coudes et les genoux, oui…).
 
Près de trois tonnes au cm2 !
 
En 1975, c’était le premier championnat du monde avec trente-six pays représentés. C’est Hitoshi Kiyama qui a gagné en 2003 le huitième, le Brésilien Francisco Filho étant le seul non Japonais à avoir emporté ce titre en 2001.
Il était pourtant opposé au fameux Hadjime Kazumi, dont la puissance d’impact sur un mawashi avait été mesurée à deux tonnes sept au cm2…
 
Fabrice Fourment – «Braveheart» pour les
Japonais ! – est l’un des meilleurs combattants
du monde… mais cultive aussi la
modestie et l’ouverture aux autres, tout
en étant un érudit du karaté. Les jambes,
la tête et le cœur.
Officiel Karaté Magazine est une publication de la Fédération Française de Karaté et Disciplines Associées.
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